Texte de Pierre GOBEAUX

Essigny le Grand – 1990

Après une vie professionnelle bien remplie, Pierre GOBEAUX s’est tout d’abord attaché à établir l’arbre généalogique de sa famille du côté maternel, née COLLET-SEILLIER, originaire d’Essigny le Grand dont il a pu remonter la filière jusqu’en 1697, sous Louis XIV. Ensuite, il a mis par écrit ses souvenirs, les récits de son grand-père COLLET et effectué quelques recherches sur l’histoire locale. Quelques-uns de ses textes ont été publiés en leur temps dans le bulletin communal.

 

ESSIGNY – LE GRAND - LA FETE AU VILLAGE

Aussi loin qu’il soit possible de remonter dans le temps, dans les régions du nord de la France, et tout particulièrement en Picardie et en Flandres, la ducasse ou fête du village était le symbole de réjouissances populaires fort attendues. En règle générale, elle coïncidait avec le jour de la Fête du Saint de la paroisse. A Essigny, Saint-Saulve est fêté le 30 juin, la fête se plaçait donc le dernier dimanche du mois de juin ou le premier dimanche du mois suivant.

Les réjouissances étaient bien sûr immuables et débutaient par la Grand’messe le dimanche matin. Au cours de sa célébration, c’était l’occasion unique et annuelle pour la chorale de chanter le cantique, oh ! combien pompier, dédié à Saint Saulve (texte en annexe).

Le midi, repas familial un peu plus copieux que d’ordinaire, étant donné que bien souvent parents ou invités étaient venus « al fête ». Le clou du repas était l’arrivée du dessert composé d’une grande quantité de tartes fabrication maison. Chaque ménagère rivalisant de tour de mains et de recettes émanant de grand-mères, cela donnait un résultat de profusion de pâtisseries toutes plus belles les unes que les autres. Surtout, qu’en plus certains voisins étaient invités à « venir prendre le café ».

Réalisées dans des tourtières en tôle, à bords ondulés, une pâte à tarte levée, sablée ou sucrée était garnie de toutes sortes de fruits : pommes, poires, pêches, crises, abricots, framboises, rhubarbe ou flans au lait & aux œufs, la majorité des fruits ayant été mis en conserve préalablement en prévision de cette occasion.

L’après midi, c’est sur la place communale que se déroule la fête. Des jeux y étaient organisés pour petits et grands, chacun pouvait tenter sa chance, les lots étant offerts gratuitement.

Pour les hommes on trouvait :
  • La potence ou jeu de Bourelette
  • Le tir à l’arc, sur cible ou à l’oiseau, placé au sommet d’un mât
  • Le jeu du cuvier :un baquet plein d’eau est suspendu en équilibre sous un portique. Le joueur, à pied, les yeux bandés, est amené à quelques mètres et il est muni d’une longue perche en bois souple qu’il tient à 2 mains. Au signal donné, il avance doucement, guidé par les cris du public. Pour gagner un lot, il lui fallait introduire l’extrémité de sa perche dans un trou percé au travers d’une planche clouée sous le baquet.
  • Le jeu de palets ou jeu de l’écu (grosses rondelles de fer, lancées sur une plaque de plomb formant cible, posée au sol. Il fallait se rapprocher le plus près possible du centre de la plaque
  • La course à pied
  • La course au sac (petits et grands)
  • Le tir à la corde
  • Le jeu de quilles (quilles de bois)
  • Le jeu de boules (boules de bois cloutées)
  • Le jeu d’anneaux à lancer sur des goulots de bouteilles
  • Le mat de cocagne : Pivot de la fête villageoise, c’est un mât de bois dur, de 4 à 5 m de haut, bien lisse car il a été poli au tesson de verre afin d’éliminer tout risque d’écharde. Solidement planté dans le sol, un cercle de tonneau est suspendu à son sommet par des cordes. Sur ce cercle sont accrochés les lots destinés aux joueurs, principalement pièces de charcuterie : jambons, saucissons, cervelas, andouilles fumées, plus loin dans le temps un pain de sucre en forme de cône.

Le mat n’était pas enduit de graisse, étant rendu suffisamment lisse par le ponçage. Le joueur, par sa force musculaire, devait monter au sommet, l’enserrant des bras et des jambes pour se hisser par cascade. Arrivé à portée des lots, il essaye de décrocher ce qu’il peut atteindre (un seul par personne). Et là, bien souvent sa prise se relâchait et il retombait rapidement. Cet exercice difficile convenait aux jeunes et adolescents et le jeu en valait la chandelle.

 

 

Pour les garçonnets :

 

Pour les filles

 

Quarante huit heures avant la fête, les forains étaient arrivés et procédaient à l’installation de leurs baraques foraines. Contrairement à ceux d’aujourd’hui, ils arrivaient en roulottes tirées par des chevaux. On notait trois lettres à l’arrière des roulottes ; SDF = sans domicile fixe ! ils montaient ensuite leurs baraques :

 

 

 

Le dessus du cylindre était fermé par un couvercle amovible ; ce couvercle, divisé en 4 quartiers numérotés de 0 à 3, portait en son centre un axe sur lequel était fixée une flèche en vois. Ayant payé son écot, le joueur pouvait faire tourner la flèche (une seule fois) et il gagnait autant d’oublies que le chiffre indiqué ou rien si la flèche s’arrêtait sur le 0. le marchand soulevait alors le couvercle et puisait à l’intérieur le nombre d’oublies gagnées.

L’oublie est une pâtisserie fort mince, de forme ronde, cuite entre deux fers (sorte de gaufrier) et enroulée en cylindre ou en cornet.

Sur la fête, déambulaient des camelots, vendeurs de tout et de rien : fil, laine à tricoter, boutons, aiguilles, ceintures, bretelles, chaussettes et chaussons, bonnets de jour ou bonnets de nuit, sous-vêtements des deux sexes et de tous âges. Venaient aussi s’y adjoindre des marchands de sabots et de chapeaux (cuir, feutre, paille)

LE BAL

On dansait le samedi et dimanche soir de la fête. Jusqu’à une époque pas si lointaine, tous les villages ne possédaient pas de salle des fêtes. Il fallait donc monter une salle de bal pour la durée des festivités et la démonter ensuite.

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Longtemps avant, la municipalité faisait appel à un organisateur patenté qui venait installer son « Vauxhalle » L’entrepreneur arrivait environ 48 h avant la fête et avec ses aides montait la salle sur l’une des places du village. Cela ne traînait pas : au sol, un plancher de forts panneaux de bois, de forme rectangulaire. Etaient ensuite montés des panneaux de bois qui formaient les cloisons extérieures des 4 côtés. Chacun d’eux étant numéroté, le puzzle était vite terminé. Une faîtière longitudinale supportait l’ensemble des grosses bâches de toiles imperméables, formant toiture. Sur l’un des petits côtés, était montée l’estrade réservée aux musiciens.

Les musiciens arrivaient et prenaient place : une batterie, un saxo, un accordéon, l’ambiance était assurée. Quand, après avoir réglé l’entrée, le public arrivait, le bal pouvait commencer. Tout autour de la salle, on avait mis des bancs en bois où s’asseyaient les mères de familles accompagnant leurs filles.
Au début de chaque danse, le cavalier venait inviter une cavalière à danser. Les jeunes filles étaient étroitement surveillées par les mères, durant la danse. En cas de mauvaise tenue, au mépris de tout scandale, la mère rentrait sur la piste de danse, saisissait sa fille par un bras et la ramenait sèchement s’asseoir sur le ban. Et si le cavalier osait de nouveau inviter sa fille, il était vertement remis à sa place.

A la fin de chaque danse, qui était répétée 3 fois, tout le monde libérait le centre de la salle. Femmes et filles s’asseyaient sur les bancs, et à la reprise d’un nouveau morceau, on assistait à nouveau à une ruée des cavaliers vers le sexe opposé. Bien sur, il arrivait que certaines jeunes filles ne soient pas invitées. Elles restaient donc sur les bancs et leurs copines disaient alors, suprême injure, qu’elles faisaient banquette.

Il y avait deux entractes durant le bal, permettant aux danseurs d’aller se désaltérer en groupe au café du coin. Il n’existait pas de buvette dans la salle. Puis le bal se terminait à 2 heures du matin, l’autorisation municipale n’étant accordée que jusque là. Bien souvent la gendarmerie était présente pour vérifier l’horaire et faire en sorte qu’aucune violence entre jeunes gens des villages voisins ne se produise car il existait souvent de solides inimitiés entre paroissiens.

Le Petit Bal de Campagne
DE Anne Strasberg

Le Vauxhalle restait sur place toute une semaine, fermé, car le dimanche suivant il y avait le « requet » de la fête. Forains et baraques avaient disparu, mais il y avait bal le dimanche après midi et soir. Après on éteignait les lampions jusqu’à l’année suivante.

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« Chant à St-Saulve » – sur l’air de Gounod, Départ des jeunes soldats

Texte d’époque, conservé et prêté par Mme MASCRET.

 

Chez nos aïeux, Saint Saulve avec courage

Planta du Christ le bienfaisant drapeau

Fils Chrétiens d’Essigny pour ce saint héritage

Luttons jusqu’au tombeau.

1 - Prêtre zélé du pays d’Angoulême

Saulve soutient un bien rude combat

Il y conquiert une gloire suprême

Avec l’honneur d’un noble épiscopat

Puis en son cœur sent s’allumer les flammes

Qui chez l’apôtre éveillent le désir

De tout quitter pour voler vers les âmes

Que le démon voudrait ravir.

3- Valenciennes que le héros visite

Reçoit de lui de précieux bienfaits

Quand Winegard en mal déjà s’apprête

En ourdissant les plus sombres forfaits

Il voit briller un splendide calice

Il le convoite et fait mourir le Saint

Mais le martyr, après le sacrifice,

Règne dans le bonheur sans fin.

2 – Dans Essigny, Saulve près de nos pères

Sut bien plaider la cause de Jésus

Il fit briller les célestes lumières

Sur les débris des faux dieux abattus

Ainsi du Christ la sublime doctrine

Sur notre sol s’accrut avec vigueur

La Foi poussa la profonde racine

Qui défiera toute langueur.

4 – Le corps du Saint caché dans une étable

Est découvert grâce au bœuf vigilant

Et Dieu vengeur en Winegard coupable

Grave à jamais un stigmate sanglant

Mais Charlemagne exhume les reliques

Pour leur donner le culte des autels

Le peuple rend des honneurs magnifiques

Aux restes sacrés immortels.

Fils d’Essigny, là près de ces reliques

Disons au Christ, dans un élan pieux,

Règne toujours sur nous, nous sommes catholiques

A Toi nos cœurs, mon Dieu.