Document établi par le
Docteur Jean BOUDERLIQUE
Février 2004
« Faire L’EOUT »
La moisson, pour chaque village, est une époque importante de l’année. Elle s’échelonne sur juillet et août et quelquefois en septembre si l’été a été pluvieux et humide. Quoiqu'il en soit, après le 14 Juillet, quand les épis des céréales vont mûrissant, la préparation du matériel commence afin que tout soit prêt pour la grande récolte. Mais auparavant, vers la mi-juin, « termeine » trèfle, luzerne et sainfoin sont en fleurs et vont bientôt être coupés.
Avant la mécanisation, « en soyait
el récolte aveu ein feucille », « ein feuke », ou bien un
piquet. Le travail de la coupe fut ensuite effectué par une faucheuse à
verdure. Tractée par deux chevaux, une lame large, actionnée par une
démultiplication d’engrenages, effectuait un va et vient dans une glissière
conçue pour cela, la lame glissant entre des dents entre lesquelles pénétraient
les tiges de luzerne ou de trèfle. L’origine du mouvement était créée par une
roue dont le moyeu denté s’engrenait sur le dispositif de démultiplication. Une
barre spéciale mettait en endains la coupe réalisée.
Venait ensuite le fanage. Les endains
sont retournés au bout de quelques jours pour sécher la partie en contact avec
le sol avant de les mettre en « mofes ». Pour que le foin continue à
sécher, on peut utiliser un dispositif en trépied appelé perroquet.
De nos jours, on utilise une faneuse
mécanique, ensuite on le « ratèle » avec une « rateleuse »
en prenant plusieurs endains à la fois. Le foin bien séché est rentré en grange
en tas, où l’on saupoudre de sel avant de le tasser.
La moissonneuse-lieuse est prête. Les
toiles sont placées pour entraîner les épis vers la lieuse. Elle repose sur un
avant-train qui permet le déplacement jusqu’au champ à moissonner. Tout est
bien huilé, graissé, prêt à fonctionner.
Mais auparavant, et afin de ne pas
abîmer une partie de la moisson, il faut « détourer » le champ de
blé. L’opération se fait à l’aide d’un piquet, sorte de faux à manche
particulière, tenu par la main droite, la gauche maniant un crochet qui lui
permet de rassembler les épis en formant un « gavelot » ou javelle.
Le lien est fait avec de la paille de soile (seigle) sur lequel on dispose le
gavelot et on le lie à la main.
L’affûtage de la lame du piquet se fait
par martelage sur une petite enclume fichée en terre avec un petit marteau. On
passe ensuite la lame à la « quenche », c’est à dire une pierre
spéciale d’origine volcanique et qui repose dans un fourreau où la pierre est
tenue dans un milieu humide.
Le champ bien détouré peut être fauché.
La moissonneuse lieuse entre en action. Le blé couché sur le tablier et
transmis par des toiles en roulement qui le conduisent sur le lieu, où après une pression
suffisante, le nœud se forme automatiquement. Les bottes sont ramassées et mise
en dizeaux, et après séchage sont rentrées en grange pour être battues à
l’automne ou à l’hiver.
L’évolution a été telle que de nos
jours, tout est fait mécaniquement ,coupe, battage, enlèvement du grain
directement par bennes vers le silo entreposeur.
A la dernière voiture de blé, on
mettait une grande branche que l’on avait garnie avec des fleurs. C’est
« es’mai » qui marque la fin de la moisson.