22 juillet 1750
Texte de MARTIN Jean-François
Nous sommes sous le règne
de Louis XV. Un charroi d’ardoises venant de Rimogne, dans les
Ardennes, fait gîte à La Selve (02150), à destination de
Villers-Cotterêts. L’un des convoyeurs décède à La Selve.
Références :
- AD02, Registres état-civil de la commune de La Selve :
Page 339/ 341 (1)
- Microfilm :
titre : 5Mi0548 - (1673 1750)
Sujet : Baptême / Sépulture / Mariage
Lieu : Laon / Sissonne / La Selve (2)
- Bibliographie :
VILLERS-COTTERETS, un château royal en forêt de Retz de Christiane RIBOULLEAU. Cahier de l’inventaire n° 24. Editons A.G.I.R. Pic 1991. ISBN 2-906340-08-1. (3)
- Internet :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rimogne (4)

« L’an 1750 le 22è jour du mois de juillet est décédé d’une mort subite le nommé Noel MIGEOT âgé de 84 ans, veuf de défunte Jeanne PARUITTE sa femme, laboureur et voiturier de la paroisse de Rimogne le Chatelin, diocèse de Reims, conduisant une voiture d’ardoise pour Villers-Cotterêts, son corps a été inhumé le lendemain dans le cimetière de cette paroisse par moy prêtre et curé de cette paroisse avec toutes les cérémonies ordinaires en présence de Nicolas MIGEOT son fils, de Robert SANDRAS, voiturier demeurant aussi à Rimogne et Noël COURTIN, cabaretier demeurant audit La Selve qui ont signé avec moy à l’exception du dit Nicolas MIGEOT, son fils, qui m’a déclaré ne savoir écrire et n’y signer. De ces enquis et interpellé suivant l’ordonnance. » (1 et 2)
L’acte de décès étant rédigé de façon détaillée, il est possible de reconstituer ce fait avec précision.
Nous sommes en juillet, période de l’année ou les chemins sont sans doute le plus praticable.

Le chargement part de Rimogne (A) à destination de Villers-Cotterêts (C) pour un périple d’au moins 150 kilomètres.
Le tracé est purement théorique, sauf le passage à La Selve (B).

La maison de l’ardoise à Rimogne.
http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rimogne_(Ardennes)_Maison_de_l%27_Ardoise_(MH).JPG
L’ardoise est extraite à Rimogne, l’un des plus grands bassins ardoisiers français, depuis 1158. En 1702, Jean Baptiste Collart de Boutancourt succède à Charles d'Ambraine à la Hallevoye avant d'exploiter quelques années plus tard la Grande Fosse. À la mort de Jean Baptiste Collard, la Grande Fosse est alors la seule fosse exploitée. (4)
Au constat du décès, l’aubergiste est cité comme témoin, les voituriers sont sans doute descendus dans son auberge du village de La Selve.
Le château de Villers-Cotterêts pourrait être la destination finale.
« C’est sans doute à ce dernier (Louis-Philippe d’Orléans, fils de Louis d’Orléans) qu’il faut imputer quelques timides transformations vers 1750. Elles portent alors uniquement sur le cadre du château ». (3) page 123.
« Dans le courant des années 1750, la rénovation commence à affecter le logis. » (3), page 127.
Vers 1750, l’ardoise reste un produit de luxe. Beaucoup d’habitats sont recouverts simplement de chaume qui se trouve produit sur place et coute peu à mettre en œuvre.
Pour s’approvisionner en ardoise à partir de Villers-Cotterêts, il faut s’orienter vers Rimogne (08) au plus prêt, situé à 150 km, ensuite il faut se tourner vers les départements de la Mayenne (53) ou du Maine et Loire (49), distants d’environ 370 km. Il n’existe pas de gisements plus proches.
Le fait que le château soit en travaux à l’époque concernée et que l’emploi de l’ardoise soit relativement couteux, on peut conclure que la destination finale est bien le château de Villers-Cotterêts.
Je voudrais terminer en rendant hommage à Noël MIGEOT, veuf de 84 ans, parti sur des chemins incertains, avec son fils, pour un périple de plus de 300 kilomètres, avec sans doute un simple chariot tiré par des bœufs, qui ne reverra pas ses chères Ardennes.
MARTIN Jean-François