SOUS CALAIS ET SOUS GUINES
AVEC LE DUC DE GUISE
Janvier 1558.
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u mois d’août 1557,
Les armés françaises
a vaient essuyé des
revers dont les con-
séquence étaient aussitôt apparues comme redoutables. De
Montmorency, attaqué par l’armée anglo-espagnole d’Emmanuel-Philibert de
Savoie, avait été mise, le dix, en déroute complète sous les murs de
Saint-Quentin. Blessé à l’aine, il était tombé lui-même au pouvoir des
vainqueurs. Le vingt-sept, l’amiral de Coligny, qui s’était enfermé dans la
cité picarde avec huit cents soldats, ne put empêcher les coalisés d’y pénétrer
par
Le pays connut un moment de stupeur, mais
il ne tarda pas à se ressaisir. Tandis que le Duc de Nevers s’efforçait de
retenir l’ennemi dans la région de Laon, une armée nouvelle fut rassemblée sous
le commandement du duc de Guise. Un projet audacieux fut alors mûri dans le
secret. Il s’agissait de frapper au cœur la puissance anglaise sur le continent
en lui enlevant cette place, si précieuse, de Calais occupait depuis deux
siècles.
Quelques temps auparavant,
un agent secret, François de Briquemault, avait remis un rapport à l’amiral de
Coligny touchant les moyens à l’employer pour se saisir de Calais par surprise.
La conclusion de ce travail pouvait se résumer en deux mots :
« Attaquez l’hiver ! » Durant l’été, les Anglais renforçaient en
effet la garnison, tandis qu’ils se fiaient surtout, pendant la mauvaise
saison, à la profondeur des fossés alors remplis d’eau. Ayant eu vent de ce
rapport, François de Guise obtint de Madame de Coligny qu’il lui fût
communiqué. De son côté, M. de Sénarpont, gouverneur du Boulonnais, avait
attiré, l’année précédente, l’attention du connétable de Montmorency sur la
possibilité qu’il y avait de prendre Calais. L’idée était donc dans l’air depuis
plusieurs mois. En l’absence de Coligny et de Montmorency, toujours
prisonniers, le duc s’appropria le projet, bien décidé à consacrer toutes ses
forces à son exécution.
Le dessein de ce siège,
présenté dans un Conseil de Guerre tenu
à Compiègne, fut bien accueilli par Henri II. De toute nécessité, il fallait
que le coup très dur que le Royaume avait reçu d’Emmanuel-Philibert fût vengé
par un coup plus dur encore porté à l’ennemi. Un des capitaines italiens passés
au service de la France, Pietro Strozzi, fut chargé d’aller reconnaître
secrètement
Cette reconnaissance avait
lieu au début de novembre, mais la manœuvre projetée ne put être immédiatement
exécutée. Il ne suffisait pas en effet de porter les troupes sous les remparts
de Calais ; il fallait qu’une escadre bloque en même temps le port,
Afin d’empêcher les
renforts et le ravitaillement d’y pénétrer. Plusieurs semaines furent
nécessaires pour qu’on pût réunir une quarantaine de transports dans la baie de
Somme. Cinq navires de guerre se trouvaient aux aguets à Boulogne. Pendant que
se poursuivaient ces préparatifs, nos troupes, dans le but de tromper l’ennemi,
battaient l’estrade aux environs de St-Quentin et certains corps poussaient
même, à travers l’Argonne, jusqu’à Stenay. Le bruit était répandu à dessein que
nous avions l’intention de marcher sur Luxembourg et Arlon. Mais dans les
derniers jours de décembre, tous les corps dispersés se concentraient à Amiens
et, tandis que la flotte gagnait Ambleuse, douze mille hommes entrèrent
délibérément dans le Boulonnais.
Le gouverneur de Calais, Lord Wentworth,
ne devina pas les intentions du duc de Guise. Notre cavalerie patrouillait en
forces dans la vallée de Licques, qu’il se demandait encore si l’objectif de
l’avance française était Guînes ou Ardes. Il ne tarda pas à être plus
exactement renseigné car, le 1er janvier 1558, nos troupes se présentaient au
Pont de Nieulay, distant seulement de quelques centaines de pas de
La nuit du 1er au 2 janvier se passa, de
notre côté, en reconnaissances et en préparatifs d’artillerie. Dés l’aube, un
feu intense fut dirigé d’une part sur Nieulay, d’autre par sur Risbank. Nieulay
se rendit assez rapidement et le Risbank, qui aurait dû, semblait-il, opposer
une résistance rigoureuse, capitula peu après. Afin d’empêcher tout secours
maritime, l’extrémité de la jetée fut occupée par de forts contingents :
vingt compagnies d’infanterie française, le régiment de Rhingrave, huit cents
chevaux allemands et trois cents gens d’armes commandés par le prince de la
Roche-sur-Yon. Calais était désormais coupé de
Dés l’aube, le duc fit de nouveau
reconnaître la brèche, afin de savoir si elle était vraiment praticable. S’en
étant assuré, il résolut d’employer de ce côté la meilleure partie de ses
forces. Grammont et ses arquebusiers, Strozzi et ses cuirassiers furent
désignés pour mener l’attaque. La rivière fut traversée, non sans encombre, les
nôtres ayant de l’eau jusqu'à
Lord Wentworth, visiblement surpris par ce
désastre, tenta aussitôt de réagir. Ayant dirigé contre la citadelle le feu de
quatre grosses pièces, il fit passer ses troupes à
Cet échec acheva de décourager le
gouverneur anglais. La perte de la citadelle, s’ajoutant au blocus désormais effectif,
ne lui laissait d’autre issue que
Calais, après avoir servi deux siècles
durant de têtes de pont à la puissance britannique sur le continent, venait
être reprise en huit jour, alors qu’après Crécy, Jean de Vienne assiége avait
réussi à tenir en échec pendant un année, sous ses murailles, les forces
d’Edouard III . Une fois de plus
La nouvelles de
l’entreprise de François de Guise
avait cependant inquiété l’Angleterre. Une escadre rassemblée en hâte fut
confiée aux amiraux Rolf Chamberlain et William Wood house. Trompant la
surveillance des navires de Ponsard de Fors ou bravant leur puissance
affaiblie, elle avais mis à la voile le 7 janvier, avec mission de débloquer
Calais coûte que coûte. Le huit, dix-huit navires de
Comprenant qu’il été trop
tard, ils s’éloignèrent.
Calais pris, François de
Guise résolût de chasser les Anglais de toutes les places qu’ils occupaient
encore dans le conté d’Oye. Il réunit un conseil de guerre afin de décider s’il
convenait de marcher sur Guînes ou sur Gravelines. Le premier parti l’emporta,
Guînes étant plus voisin de Calais et, par suite, d’une plus grande importance
pour la défense de cette dernière place. Le 13 janvier, l’armée française se
pressentait devant
Ici encore, notre artillerie fit
merveille. Le bastion qui défendait la porte fut si violemment battu qu’il ne
tarda pas à menacer ruine. Une brèche fut ouverte, assez large pour permettre
de tenter l’assaut, mais difficile à emporter en raison de la montée assez rude
qui
La présence du général ranima l’ardeur des
soldats qui se portèrent de nouveau à l’attaque. Cette fois, la brèche fut
occupée et les défenseurs, cruellement éprouvés, durent se retirer en hâte dans
la vieille citadelle, auprès du gouverneur. Trois cents hommes avait perdu la
vie en essayant de s’opposer aux progrès de nos troupes.
Pendant ce temps, un autre régiment
français s’emparait de deux petits bastions sur un point particulièrement
sensible pour
Les articles du traité de reddition furent
arrêts le lendemain. Milord Grey et son état-major demeurent prisonniers. Quant
à la garnison, elle obtint de sortir avec ses armes ,
mais en abandonnant la citadelle ses drapeaux et son artillerie. Huit cents
hommes --- Anglais, Espagnols, Flamands --- s’éloignèrent ainsi de Guînes , à jamais perdue pour eux.
Le comté d’Oye était entièrement
reconquis. Trois semaines avaient suffi pour effacer la honte du désastre de
Saint-Quentin.
Quelques mois plus tard, la reine
d’Angleterre, Marie Tudor, expirait en murmurant : « si l’on ouvrait
mon cœur, on y trouverait gravé le nom de Calais ».

Transcription par Jean Gape
d’après des documents de Jean-Luc Dumoulin