Cérémonie
Au Cimetière Saint-Martin
18 Octobre 1915
Discours de Monsieur l’Archiprêtre
Majesté,
Ministre du Dieu de paix qui est aussi le Dieu Tout-Puissant de qui relèvent les nations & les empires, je viens, en réponse à une courtoise attention, accomplir une fonction de chrétienne & patriotique charité, en bénissant cet important monument destiné à perpétuer la mémoire des soldats tombés au Champ d’Honneur. Mais auparavant, j’éprouve le besoin de me recueillir & d’oublier pour un instant les ardeurs de la lutte, le choie des batailles, les ruines accumulées, les flots de sang versé, nos tristesses, nos angoisses et nos souffrances pour ne plus voir que ces tombes qui recouvrent les restes des victimes d’une guerre cruelle, ici plus de bruit plus d’agitation, plus d’hostilité : c’est le calme, le silence, le repos, la paix.
Ils sont tombés tous ces vaillants, chacun de leur coté, également fideles au devoir. Et à présent que leur âme est parvenue dans ce séjour où il n’y a plus ni passion, ni discorde, ni frontière, il est légitime de les envelopper dans une prière commune.
Au nom de tous nos concitoyens,
je sollicite avec instance et d’un cœur ému
Ils n’ont pas eu, hélas ! Pour les consoler dans leurs derniers instants les soins & les caresses d’une mère, d’une épouse, ni les touchants adieux d’une famille en larmes ou d’amis dévoues, ni peut-être, pour quelques-uns,
Les secours de notre Religion, mais j’ai la confiance qu’alors la pensée de Dieu les aura fortifiés. Ils auront jeté vers Lui un cri de suprême appel, un regard d’espérance vers le Ciel avec des sentiments capables de racheter des oublis, des erreurs.
Le philosophe Joseph de Maistre n’a-t-il pas dit que <<la mort trouvée dans les combats a de grands privilèges. >> Et ces combattants en donnant héroïquement leur vie pour leur pays n’ont-ils pas offert un holocauste & un sacrifice agréable à Dieu ! – pro Deo et Patria-. N’est-ce pas là un privilège de nature à leur mériter soit une plus grande indulgence, soit une plus belle récompense.
Et Jésus-Christ qui a aimé sa patrie jusqu'à en pleurer sur elle ; Jésus-Christ qui a aimé l’humanité jusqu'à verser pour nous tous le sang de son cœur & de ses veines, qui a embrassé avec la croix toute les amertumes & les douleurs, n’aura-t-il pas été porté à se montrer plus indulgent, plus miséricordieux pour les braves qui s’immolent pour leur Patrie. Notre foi nous donne cette assurance & c’est dans ces sentiments que nous déposons sur leurs tombes l’hommage de notre vivant & reconnaissant souvenir, mêlé à tous nos regrets & à nos ardentes supplications. Ils ont donné leur sang pour la Nation, nous voulons, nous, par nos prières, leur donner le Ciel. Seigneur, accordez-leur la paix & le repose éternel. Faites luire à leurs yeux les clartés de votre gloire- lux eterna luceat eis- & sur leur front transfiguré, mettez la resplendissante couronne des Bienheureux.
Faites aussi que leurs famille si douloureusement frappées aujourd’hui, se retrouvent plus tard prés de Vous avec les chers disparus dans l’affectueuse étreinte d’une joie perpétuelle.-.
Transcription par Jean Gape d’après des
documents des archives municipales de Saint-Quentin (fonds de la basilique)