Les
« croquemitaines »
de
par Jean Gape d’après
Marcel Cury
En tous temps et en tous pays, certains personnages,
généralement peu recommandables, ont « fait parler d’eux » jusqu’à
devenir des mythes : d’abord épouvantails, puis chef de file d’une
« famille » aux contours vagues, et finalement, noms communs
passablement affadis et d’autant plus persistants… Les personnages de fiction
du cinéma et de la télé ont le même sort : un James Bond ou un Fantômas
sont entrés dans le domaine public… comme on disait hier de certain hommes
autoritaires :
C’est un Napoléon…
Notre ami M. Cury
d’Archon, grand connaisseur de notre vieux langage, nous livres aujourd’hui la
survivance, pas encore tout à fait éteinte, de quelques-unes de ces
« terreurs » de jadis dans le parler Thiérachien.
Notre Thiérache, terre d’invasion a souvent gardé dans son
langage le souvenir des guerriers qui l’ont ravagée. Il n’est peut-être pas
sans intérêt d’en évoquer quelques figures. Depuis longtemps nos aïeux ne
croyaient plus aux Arliquins, ces démons, en sommes assez sympathiques, qui
hantaient les soldats, mais ils nommaient arliquins les enfants et les jeunes
gens trop turbulents. Ce mot semble avoir la même origine que l’Erlenköeing le
roi des Aulnes des légendes allemandes.
pendant les guerres de la fronde, la troupe d’un Allemand
(ou Suisse), le baron d’Erlach qui avait vendu ses services à la France, montra
sa cruauté, en particulier pour nos régions, à Dolignon, à Beaumont – le –
Thuel, à Aubenton en représailles contre le geste un peu trop gaulois de
l’avocat Millet, etc. il n’est donc pas surprenant que son nom, voué à
l’exécration, soit parvenu jusqu’à nous ; nos grand-mères appelaient
« Derlaque » l’enfant insupportable qu’elles avaient trop
gâté . d’après certains chercheurs « Arland » serait une
variante de d’Erlach ; d’autre y voient le nom plus ou moins déformé d’un
soldat russe de 1814. quoi qu’il en soit « derlaqué » est disparu du
langage vers 1895, mais « Arland » est toujours en vigueur.
Avec l’hiver de 1709, un nouveau fléau fondait sur notre
pays. Un chef de bande hollandais, Drongard, aux ordres du prince Eugène de
Savoie, vint ravager
Bien qu’il ne soit jamais descendu jusque là, avant 1914,
aux environs de Rozoy, on donnait encore le nom de « vieux
drongards » à des trimardeurs ivrognes et paresseux.
Ce mot est cité dans le dictionnaire de Godefroy comme
synonyme d’ivrogne et il figue en ce sens dans une chanson sur le siège de
Mézières en 1521. une nouvelle hypothèse paraît alors. Le véritable nom de
notre soudart. Etait peut-être difficile à prononcer pour les lèvres françaises
et nos populations lui auraient donné un sobriquet, comme elles faisaient encore
récemment pour leurs envahisseurs les plus détestés.
En 1712, quelques jours avant la bataille de Denain, un
partisan hollandais, Growenstien, contourna l’armée française et vint ravager
M. Cury