« LE
LAZARET D’EFFRY EN 1917 »
Début 1917, les Allemands
créèrent dans la zone arrière de leur 7è armée, à Effry, un Lazaret, c’est à
dire un hôpital destiné à concentrer là les malades civils et militaires :
déportés français et belges des Z.A.B., Russes et Roumains des bataillons de
travailleurs prisonniers de guerre, qui effectuaient des travaux d’intérêt
militaire, à proximité du front.
Les Z.A.B. (Bataillons de
travailleurs civils) étaient constitués d’hommes de 14 à 60 ans raflés de force
dès 1916 dans les départements envahis dans le Nord de la France et de
Belgique. Mal nourris, battus, soumis à une discipline de fer, ces civils
travaillaient comme des forçats. Les fortes têtes de ces bataillons partaient
pour la compagnie disciplinaire de Longwy où ils extrayaient du minerai de fer
ou pour le bagne de Sedan, le « Camp de concentration d’Empire des
prisonniers punis de travaux forcés » qui recevait aussi les condamnés
pour rébellion, sabottage, évasion, refus de travailler, résistance, atteinte à
la sureté de l’Etat. L’effectif était à Sedan de 600 détenus renouvelés par les
décès. Les plus révoltés d’entre eux se retrouvaient dans les deux enfers :
les Kommandos de Bazeilles et de Mont-Saint-Martin où ils déchargeaient des
wagons jusqu’à la mort.
Quand aux soldats Roumains et
Russes, l’ennemi les traitait en « sous-homme », sans aucune pitié,
leur réservant les pires travaux, sans les nourrir, les accablant de coups et de
punitions. Tous ces malheureux, ainsi que d’autres : des prisonniers de
guerre français, des civils punis par les Kommandanturs locales pour
non-respect des règlements en vigueur
(couvre-feu , non-paiement d’amendes) aboutissaient malades au Lazaret d’Effry
qui n’était qu’une illusion d’hôpital.
En fait, c’était un véritable
mouroir installé dans un grand bâtiment sans chauffage, aux vitres cassées, où
nourriture et soins corrects n’existaient pas, dominé par la tyrannie de deux
hommes : le docteur MICHELSOHN, médecin-chef, et le sous-officier d’administation
MARTIN. (Ils furent réclamés en 1919 par les Alliés comme criminels de guerre
mais jamais livrés par l’Allemagne.) Ces deux responsables aggravèrent à dessein
jusqu’au décès les maladies de leurs internés typhiques, tuberculeux,
dysentriques, rhumatisants, grippeux, sous-alimentés.
Durant le dur hiver, 1600
malades croupissaient à moitié nus, dépourvus de tout tandis que leurs gardiens
se réservaient le chauffage et la quasi-totalité de la subsistance. Il y avait
20 à 30 décès par jour, MICHELSOHN n’examinait, ni ne soignait les malades.
MARTIN détournait nourriture (colis Croix Rouge) : cacao, lait en boite, biscuits,
couvertures, vêtements, qu’il revendait en un infame trafic. Ces deux affameurs, par contre, pour leurs
besoins personnels, nourrissaient des poules pour leurs oeufs et cinq vaches
pour leur lait dont ils faisaient faire du beurre et des patisseries.
Les quelques infirmiers sous
la férule de tels chefs, couverts par les médecins-généraux d’Etapes et d’Armée,
étaient brutaux, frappant les malades réclacitrants à coup de gourdins. Les
gardes et les sentinelles tapaient à coups de crosse et de cravache sur les
malheureux.
De plus, MICHELSOHN avait
interdit aux prisonniers d’écrire et de recevoir des lettres. Le Lazaret fut
déménagé à la fin de l’année 1917 pour être fixé à Trélon (Nord).
A Effry, les décèdés avaient
été inhumés dans des conditions très précaires, souvent en fosses communes.
(Source :
Panneau d’informations de la Nécrople
Nationale du Cimetière d’Effry , Canton d’Hirson )
Le 23 mai 2006 par Guy Destré Adhérent N°315