Emile FONTAINE, résistant F.F.I.

Un "Juste parmi les Nations"

 

Par Jacky Billard.  

 

 

En 1941, la résistance française s'organise autour d'Aubenton (Aisne). La bête noire est la Gestapo, une police redoutable de noir vêtue, à la botte d'un "petit caporal".  

Le Docteur Alain Josso entre dans la résistance dès 1941, au même titre qu'Emile Fontaine, un compagnon avec qui il a de nombreux contacts. Ils se préoccuperont des aviateurs alliés dont l'avion a été abattu par la chasse ou la D.C.A. allemande, des parachutages d'armes et de munitions sur le territoire aubentonnais, des déraillements de trains de la ligne Liart-Aulnoye et notamment du sabotage d'un convoi ferroviaire transportant une pièce de canon de 420 venant de Calais et se dirigeant vers l'est. Elle doit passer par Hirson, la nuit. Merlin, chef de la Résistance de la région organise avec ses camarades le déraillement du train près de "la Fosse" à Martigny ; le remblai est important. Les Allemands sont obligés de faire venir une impressionnante grue située à plusieurs centaines de kilomètres pour dégager la voie. La Gestapo est sur les dents ; elle traque les résistants sans relâche, elle emprisonne, elle procède à des déportations.   Les Résistants s'occuperont également des évadés du camp des Mazures (Ardennes) pour un retour en Angleterre ou vers d'autres horizons en fournissant le gîte et la table, de "vrais faux papiers", des vêtements.   Le 31 janvier 1944, le Docteur Josso, en visite à ses patients échappe, de justesse, à une arrestation grâce à Henriette, son employée et au chanoine Pire, curé-doyen de la paroisse Notre-Dame d'Aubenton. Ils ont eu vent d'une descente de la Gestapo conduite par le "grand René" et que son domicile est encerclé. Des jeunes gens sont dépêchés au-devant du Docteur Josso. Ils le prient de ne pas rentrer sur Aubenton... Il se transporte directement pour Paris.   Quant à Emile Fontaine, sous le pseudo de "Tanguy", F.F.I., né le 10 février 1905 à Wignehies (Nord), apprenti maréchal-ferrant puis agriculteur à Aubenton, il entre en résistance dès 1941. Après l'arrestation et la déportation d'Adrien Fournaise d'Aouste, il prend la relève comme chef de la Résistance du secteur d'Aubenton - Rozoy et de Signy-l'Abbaye - Rumigny (Ardennes).   En 1943, Fontaine est arrêté par les gendarmes pour transport illégal de vivres ; il est accusé de "marché noir"... Emile Fontaine convoyait cette marchandise dans l'intention (cachée) de se rendre dans le maquis où étaient regroupés les résistants. Il sera emprisonné à Rethel (Ardennes) puis interné au camp des Mazures ; l'antichambre où sont parqués les juifs qui seront envoyés par vagues successives, à Auschwitz via Drancy. Fontaine qui n'est pas juif bénéficie d'un traitement différent. Il relève "au cours de son séjour" les conditions de détention infligées à ces juifs, belges pour la plupart. Le chanoine Pire note "Fontaine s'est ému de la déportation en masse au camp des Mazures d'Israélites belges et de leur lamentable détresse ; et lorsqu'il apprit un jour leur prochain départ pour l'Allemagne, il conçut le projet avec d'autres résistants de sauver ces malheureux de la déportation et de la mort qui les attendaient". Après six mois de détention au camp des Mazures, Fontaine, fin décembre 1943, s'évade. Avant de s'échapper, Il avait donné la consigne à tous ses compagnons d'infortune que s'ils parvenaient, durant leur transfert pour l'Allemagne, à se soustraire des wagons à bestiaux, il les accueilleraient. Il tient parole. Il cachera certains d'entre eux à la "ferme Buirefontaine", domicile parental, d'autres chez des amis. Il fournira papiers, habillement, vivres et il organisera leur départ, selon le souhait de chacun, sur l'Angleterre, la Belgique, etc.  

Trahison - Emile Fontaine, alias "Tanguy" sera trahi par un espion qui était parvenu à s'infiltrer dans la résistance. Je cite "le 30 mars 1944, il se trouve dans la petite cour du café d'Emile Roget [l'actuel Mermoz] à Aubenton, rue saint Nicolas avec l'un de ses amis quand une traction avant banalisée se met à l'arrêt devant le bistrot d'Emile Roget. Trois hommes à bord ; l'un descend et s'adresse au cafetier lui signifiant qu'il est envoyé par Mathieu, chef de la résistance. Emile Fontaine entend ce qui se dit ; il s'avance à la rencontre de l'inconnu, se présente, s'entretient avec son interlocuteur. Ce dernier l'encourage à le suivre pour une mission très importante". Emile Fontaine prend place à bord du véhicule.

  Assassinat - Entre Aubenton et Besmont, route de Beaumé, la voiture dans laquelle il se trouve est dépassée par une traction de la Gestapo, reconnaissable entre mille, par la couleur jaune des roues. Emile Fontaine surprend un échange de signes entre les occupants des deux véhicules. Instantanément, il comprend le piège dans lequel il est tombé. Il ouvre la portière, se jette hors de la traction. Il se saisit de son arme de poing chargée d'une balle dans le canon ; celle qui est toujours prête pour se supprimer en cas d'arrestation. Emile Fontaine tente d'en faire usage sur le chauffeur ; il rate sa cible. La riposte est immédiate.Fauché par une rafale de mitraillette, Emile Fontaine s'effondre. Il est touché de plusieurs projectiles dans le dos et un au front.   Le Capitaine Emile Fontaine, résistant F.F.I., chef du réseau aubentonnais, 39 ans, vient d'être assassiné sur cette route de Beaumé en direction de Besmont, en pleine nature...   15 décembre 1946 - L'enfant du pays reçoit un premier hommage des juifs rescapés par le don d'une plaque en bronze qui se trouve apposée dans l'entrée de la mairie d'Aubenton avec pour inscription : "1940-1944 - A Emile Fontaine, âme de la résistance ardennaise qui fut celui qui nous soutint et nous sauva sous l'oppression allemande, se sacrifia glorieusement pour que survivent des camarades israélites belges du camp de concentration des Mazures". Sur la plaque sont gravés les noms des rescapés qu'il a sauvé d'une mort certaine.

A titre posthume, la Croix de guerre et la médaille de la Résistance lui avaient été décernées.

La stèle

   Photo-Portrait d'Emile Fontaine : (c) Arch. Adrienne Fontaine. Sources : http://42mazures44.over-blog.com/ - Jean-Emile Andreux. Ouvrage : Quand l'histoire passe par Aubenton - Dr Alain Schlienger - 1990. www.terascia.com/ : Aubenton, chemin des invasions - J.Billard - 2003.