| Document établi par Pierre
GOBEAUX Essigny le Grand - 1990 Après une vie professionnelle bien remplie, Pierre GOBEAUX s'est tout d'abord attaché à établir l'arbre généalogique de sa famille du côté maternel, née COLLET-SEILLIER, originaire d'Essigny le Grand dont il a pu remonter la filière jusqu'en 1697, sous Louis XIV. Ensuite, il a mis par écrit ses souvenirs, les récits de son grand-père COLLET et effectué quelques recherches sur l'histoire locale. Quelques-uns de ses textes ont été publiés en leur temps dans le bulletin communal. |
ESSIGNY LE GRAND
ANCIENS COMBATTANTS-MONUMENTS AUX MORTS
Au moment de linauguration du Monument aux Morts en 1923, très peu de maisons avaient été reconstruites et la quasi-totalité des habitants vivait dans les logements provisoires.

Un mouvement national se fait jour en vue de regrouper les anciens combattants, suivant lenvolée lyrique du président Raymond POINCARE parlant des anciens combattants : « ils ont des droits sur nous ».Mais il fut difficile de mettre en place des droits en raison des tracasseries administratives sans fin, doù la création des associations pour faire valoir les droits des anciens combattants.
A Essigny, une section-libre des Anciens Combattants est créée le 1er mars 1924, le premier bureau était composé de Raymond CARPENTIER, président, et de MM SAUVAGE, MITTELLE, SEBLINE, DROUARD. Des cotisations furent perçues, des réunions eurent lieu et un drapeau tricolore fut acheté aux Etablissements VANPOULLE, rue Raspail à St-Quentin. Dessus étaient brodées au fil dor les mentions : « Les Anciens Combattants dEssigny le Grand 1914-1918 ».
En 1937, deux nouveaux membres sont admis au bureau Henri GOBEAUX et Pierre CARON. A la suite du décès du président, R. CARPENTIER, le 15 mars 1963 eurent lieu de nouvelles élections. M.POUBEL fut élu président, M. O. DUCLOIS secrétaire, H. COLLET trésorier
Entre les deux élections, de nouveaux conflits sétaient déroulés, venant grossir les rangs des anciens combattants : 1939/1945, Indochine, Algérie, Tunisie, Maroc.
Quelques membres FFI, non reconnus comme Anciens Combattants, fondèrent leur groupe à Essigny le Grand.
M. POUBEL, président, décéda le 6 mai 1982 et de nouvelles élections eurent lieu, au bistrot Letrillard et à main levée des présents. Furent élus Charles GOSSIER, président et M. DEGREMONT, vice-président. Après le décès de M. DEGREMONT, en 1983, la section bat de laile, le président laisse supposer quil nest plus en mesure dassurer la présidence.
Le 17 mai 1985, une nouvelle association de type 1901 est créée : ASSOCIATION DES ANCIENS COMBATTANTS ET RESISTANTS dESSIGNY LE GRAND dont le sigle est ACREG, avec Pierre GOBEAUX, président et secrétaire, Roger LUCAS, vice-président, Jean MISER, trésorier. Des statuts sont rédigés, déposés à la sous-préfecture, avec insertion au Journal Officiel en date du 24 juillet 1985.
Suite à la démission de Roger LUCAS de son poste de vice-président, le 5 novembre 1988, M MISER cumule sa fonction de trésorier avec celle de vice-président. Un nouveau membre rejoint le bureau en 1989 Moïse COET.
Entre-temps, un dossier a été instruit et Charles GOSSIER reçoit sa carte dancien combattant le 5 novembre 1985. au 1° janvier 1990, lassociation compte 26 anciens combattants, 5 membres FFI et 14 membres honoraires.

Les querelles de clocher sont parfois bien plus graves quon ne le croit et il faut être « averti » pour concevoir jusquoù peut aller labsurdité quand se heurtent deux pouvoirs, en loccurrence temporel et spirituel.
Quel habitant dEssigny le Grand peut imaginer que dans notre village existent deux monuments aux morts, érigés à la mémoire des combattants disparus de 1914 à 1918 ?
Lidée de construire des monuments est née pendant la guerre. LEtat donnait alors un diplôme dhonneur, orné de la Marseillaise de Rude, « Mort pour la France » et lon affichait les listes dans les mairies.
Très vite on trouva cela insuffisant : il fallait que les noms soient visibles par tous, à tout moment. Lépigraphie allait devenir, comme dans lantiquité, le symbole du sacrifice. SI les monuments érigés en 1871 pour commémorer les morts de la guerre Franco-prussienne pouvaient servir dexemple, ce nest quaprès 1918, quand la victoire donnait de nouvelles exaltations à célébrer, que les monuments devinrent universels sur le territoire français.
En 1920, le Ministère des Pensions, des Primes et Allocations de Guerre accorda la mention « Mort pour la France » qui donnait le droit davoir son nom gravé sur le monument de sa ville ou de son village. LEtat a pratiquement borné son rôle à létablissement de cette liste officielle qui na dailleurs jamais été terminée (nb en 1994). Ce sont les conseils municipaux et les associations dAnciens Combattants qui ont organisé la construction de ces monuments ainsi que le culte des morts. Le Maire de lépoque, M. RAMETTE, fit donc le nécessaire.
Jusquen 1924, lEtat a offert quelques primes mais elles étaient dérisoires par rapport au coût des monuments. Le fait quelles aient été attribuées par le Ministère des Beaux Arts et de lInstruction Publique en dit cependant long sur les volontés esthétiques et pédagogiques qui ont présidé à lélaboration de ces monuments. Dans limmense majorité des communes, on a choisi pour ce cénotaphe, une stèle en forme de pyramide ou dobélisque.
Le genre de lAcadémie Funéraire entre ainsi dans chaque village. Sur ces monuments aux morts, seuls les mots gravés disent la réalité de la mort. La guerre et ses tragiques conséquences vivent par les mots : enfants, commune, morts, héros, guerre 1914-1918, devoir, sacrifice, martyrs, mémoire.. qui sont le plus souvent choisis.
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Autour des monuments, un espace sacralisé est
réservé aux officiants des cérémonies : maires,
anciens combattants, enfants qui déposent fleurs et
gerbes. Revenons à Essigny le Grand. Pourquoi deux monuments aux morts ? Le premier, qualifié dofficiel, situé sur la place de la mairie, le second, « religieux », dans le cimetière, au bout de lallée centrale |
| Le premier fut érigé en 1923. Les ruines du village nétaient pas encore totalement déblayées et léglise, totalement anéantie, pas encore reconstruite. Le monument fut implanté au milieu de lancienne église détruite. Sa forme en pyramide tronquée est représentée ci-contre. Les noms des disparus (sans indications de grades) sont gravés sur les côtés droit et gauche, le tout surmonté dun « Poilu » debout, larme au pied. Linauguration eut lieu le 12 août 1923. |
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Sur la photo ci-contre, on peut apercevoir les baraques provisoires |
Seulement voilà, depuis la loi séparation de lEtat et de lEglise en 1905, les cérémonies religieuses sont interdites en dehors de léglise, sauf les processions rituelles.
Le curé du village, Paul POINDRON, organisa une collecte parmi les paroissiens dEssigny en vue de placer un monument aux morts dans le cimetière. Comme de bien entendu, tout le monde y participa et la somme recueillie permit rapidement dacheter et de placer ce monument, dont le sommet porte une croix, en bonne place dans le cimetière. Là, également, les noms des disparus sont gravés dans la pierre. Dès lors, les processions, précédées de ses bannières (et non de drapeaux) et suivies par les fidèles sortant de léglise, peuvent se rendre librement au pied de ce monument pour y prier et y déposer fleurs, gerbes ou couronnes. |
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Tout cela ne se fit pas sans heurts ni
polémiques, mais au fil des années, les habitants
finirent par se rendre compte de labsurdité de la
situation. Un consensus se fit et la population réunie
prit lhabitude de se rendre en commun au pied des
deux monuments, accompagnée par le Maire et le Curé,
chacun déposant sa gerbe au pied de son monument. Et en
1994, cette coutume est toujours en vigueur. Les
survivants de 14 ayant disparu, ce sont les Anciens de
39/45, dAlgérie, Tunisie-Maroc-Indochine qui
maintiennent la tradition.
Sur la photo ci-contre, on aperçoit, légèrement cachée par une plaque, la Croix de Guerre attribuée au village par le Ministère de la Guerre à la commune au titre de village sinistré à 99 % à la fin de la guerre. Le diplôme se trouve à la mairie |