La Première Guerre Mondiale à Fresnoy le Grand

 

 

 

 

Vers le 12 août 1914 commencent à arriver à Fresnoy les officiers de liaison anglo-français se dirigeant vers Mons. Le 15 août des trains complets d’Anglais et d’Ecossais traversent la gare de Fresnoy ou ils sont reçus avec enthousiasme par la population. Le même jour 150 avions anglais traversent Fresnoy se dirigeant vers la Belgique.

 

A partir de ce moment la gare de Fresnoy est sillonnée de trains anglais et de toutes espèces de troupe : artillerie, cavalerie, ravitaillement….De même sur les routes ce ne sont qu’autos de ravitaillement, du service d’aviation qui passe sans fin se dirigeant vers Mons : c’est le corps expéditionnaire britannique du maréchal French. Entre temps passent aussi des trains de troupes françaises, infanterie, artillerie, cavalerie qui se dirigent vers Charleroi, Namur, Maubeuge.

 

Une partie de ces hommes passe la nuit derrière la gare dans la vallée de l’Epinoy et une autre devant la fabrique Leduc, le lendemain 22 août ils se dirigent vers Mons.

 

Les 23, 24, 25 août débarquement jour et nuit de cavalerie, d’artillerie, ravitaillement anglais se dirigeant ensuit vers le Cateau pour participer à la bataille de Cambrai.

 

Le Cateau Landrecies, dernière résistance pour tenter d’arrêter l’avance allemande de Von Kluck. Le 25 août Fresnoy résonne des bruits lointains de la bataille qui s’engage entre Anglais et Allemandes près de Cambrai et dans la forêt de Mormal près de Landrecies. Le soir du 25 août quelques escadrons de dragons anglais ainsi que du train des équipages retournent vers la route de Saint-Quentin, ce qui fait prévoir quelque chose de douteux.

 

Le 26 août dès le matin, le bruit de la canonnade rapproche, l’armée anglaise est aux prises avec les Allemands. On se bat à Serauvillers près de Cambrai ainsi qu’au Cateau ; les Anglais se défendent pied à pied dans les rues de Landrecies mais sont finalement refoulés avec de lourdes pertes, écrasés par le nombre. Vers 5 heures du soir commencent à arriver à Fresnoy les avant-gardes de l’armée anglaise en retraite, venant du Cateau, puis ce sont l’infanterie couverte de boue, harassée de fatigue, quelques dragons isolés, puis le lamentable cortège des voitures d’ambulances remplies de soldats blessés et certains mourants. Toute la nuit ce n’est qu’un défilé sans fin de troupes anglaises en retraite vers Saint-Quentin. Le 27 août au matin arrivent des dragons de l’artillerie, du train des équipages de l’infanterie, tous Anglais qui bivouaquent au chemin blanc et s’en vont vers Péronne. Vers 9 heures du matin passe le dernier train emportant les employés de la gare ; quelques soldats anglais pris de panique sautent dedans laissant leur matériel en plan (chevaux, voitures, ravitaillement). Vers 10 heures, les arrière-gardes anglaises arrivent épuisées de fatigue, venant de Bohain où les Allemands viennent d’arriver. Fresnoy les héberge du mieux qu’il peut. Vers 11 heures une estafette motocyclette anglaise travers Fresnoy venant de Bohain ayant une lance-fanion qu’il a subtilisée à un Uhlan attardé dans un estaminet de Bohain.

 

Vers 1 heure un nouveau motocycliste anglais repart vers Bohain et revient peu après voir si toutes les troupes en retraite sont bien évacuées. Ce fut le dernier soldat anglais que l’on vit à Fresnoy. Le reste de la journée du 27 août se passe sans plus d’incident. Le lendemain 28 août vers 6 heures du matin arrive la première patrouille de Uhlans allemands. Ils se cachent d’abord derrière la ferme Jourquin et derrière les murs de l’abattoir puis entrent dans Fresnoy et s’en retournent vers Bohain. Peu de temps après, vers 9 heures arrive le gros de l’armée allemande de Von Kluck : Uhlans, infanterie, artillerie, train des équipages font la pause et commencent à piller Fresnoy tuant vaches, veaux, lapins, poules etc… prenant les chevaux, voitures… C’est une armée en délire, ivre de victoires et de boisson.

 

Leurs avions viennent de jeter des papillons imprimés relatant leur avance vertigineuse, ce ne sont que cris et chansons, au milieu de ces troupes il y a quelques malheureux soldats français et anglais prisonniers. Ces troupes repartent vers Saint-Quentin à 3 heures de l’après-midi. Pendant ce temps près de la briqueterie Lesur, ils montent un camp d’aviation et l’on entend vers Guise l’écho de la grande bataille qui durera 3 jours et qui sera une demi-victoire. Puis on n’entendit plus rien, plus d’espoir de se voir libérer. La fin du mois d’août se passe sans autre chose que des passages de troupes traversant Fresnoy musique en tête ; certains logent. Leurs cris : « Nach Paris ; combien de kilomètres ? ».

 

Le 16 septembre après la victoire de la Marne, deux divisions de cavalerie française tentent d’entrer à Saint-Quentin. Péronne est repris, la 2ème armée française commandée par le général Castelnau s’avance vers Beaurevoir et l’occupe.

 

Le 17 septembre une pièce de 75 (artillerie volante) se met en batterie sur la route de Brancourt à Fraicourt et bombarde un train de troupes allemandes se dirigeant vers Fresnoy. Le train est atteint près du pont de Bohain par 7 obus : nombreux tués allemands.

 

Le 18 septembre la population de Fresnoy est toute joyeuse. Les 16ème ; 22ème et 27ème dragons sont à Montbrehain et Brancourt. Fresnoy voit sa libération proche.

 

Le 19 tous les environs du bourg sont sillonnés de patrouille de cavalerie française.

 

Le 20 septembre dans la matinée, une patrouille du 27ème dragon vient se poster devant l’abattoir de Fresnoy et dans la vallée à carottes, mais elle est bientôt mise en fuite par les allemands qui occupent le pays ; et va rejoindre son régiment à Gouy.

 

Quelques jours après, la 2ème Armée se repliant, l’espoir de la libération retomba jusqu’au mois de mars 1917.

 

Pendant l’occupation Fresnoy fut le siège d’une commandature à la tête de laquelle était placé un commandant ou un général. Les bâtiments communaux étaient convertis en lazareth et en caserne car Fresnoy était toujours rempli de troupes. Elles y exerçaient les crimes et les vols que l’on sait.

 

 

 

 

Arrive 1917 : en mars notre armée accède aux abords de Saint-Quentin par la route de Paris, elle y fait de fréquentes incursions jusqu’au mois de janvier 1918. les lignes britanniques passent derrière les casernes de la ville, les Anglais occupent Gricourt, Le Tronquoy, Lehaucourt, Villeret, Vendhuile, Beaurevoir. Tous ces villages et Saint-Quentin furent évacués des civils avant le repli allemand de 1917 sur la ligne Hindenburg. Fresnoy se trouve alors à 9 kilomètres du front, il est souvent exposé aux bombardements des avions français et anglais. C’est ainsi qu’en juillet 1917, les avions anglais font sauter un train près du dépôt de munitions et tuent Brie Lucie derrière l’abatttoir.

 

En août les avions fançais bombardent l’asile de vieillards qui est transformé en lazareth et y tuent de nombreux blessés.

 

Le 30 septembre 1917, une escadrille lance des bombes sur la fabrique Leduc et l’anéanti en tuant 200 soldats, des bombes tombant dans le cimetière tuent deux civils (Chevalier 72 ans, veuve Lannoy 31 ans, sa petite fille est blessée). La fille Carpentier est tuée également chez elle.

 

En mai 1918 une escadrille anglaise bombarde avec succès les voies de garage, la gare et les dépôts de munitions de Fresnoy (Communiqué Officiel).

 

La libération : Au cours de l’offensive générale des Alliés commandés par le Maréchal Foch, les Allemands battent en retraite sur tout le front. De Fresnoy on entend de plus en plus se rapprocher le sourd grondement du canon : ce sont les Alliés qui approchent. Déjà le 1er octobre St-Quentin, Sequhart, Montbrehain sont aux mains des Anglo-Français et dans la journée plusieurs obus tombent sur Fresnoy. Le lendemain 2 octobre des éléments de l’armée anglaise entrent à Fresnoy mais les Britanniques reperdent bientôt Montbrehain et Sequehart. Le bombardement redouble d’intensité et il est maintenant impossible de sortir dans les rues ou de rester dans les maisons : la population se terre dans les caves. Le 3 arrive l’ordre d’évacuation et c’est sous les obus que les habitants sont obligés de quitter leur demeure pour être dirigés vers la Belgique. En même temps le gros des troupes allemandes bat en retraite vers Maubeuge et Mons. Quelques habitants ne voulurent pas partir et il resta à Fresnoy 125 personnes, principalement des vieillards. Quelles heures d’angoisse durent passer ces pauvres gens jusqu’au 8 octobre où Fresnoy fut repris par les Anglo-Français.

 

A partir du 5 octobre plusieurs patrouilles de fantassins anglais avaient fait leur apparition dans le quartier du Saule et tiraillaient avec l’arrière garde Allemande car il ne restait plus à Fresnoy que quelques mitrailleurs dissimulés dans les caves.

 

Durant 3 jours ce ne fut que quelques petites escarmouches entre patrouilles anglaises et allemandes. Pendant ce temps, les Français prenaient possession du Petit Bois, les Anglais de leur côté avaient pris les fermes de Beauregard, ce fut alors la chute de Fresnoy.

 

Le matin du 9 octobre les avant-gardes anglaises du général Horm arrivent à Fresnoy par les rues de Brancourt, Montbrehain, le chemin de Beauregard.

 

Dans la rue de Brancourt plusieurs soldats anglais tombèrent morotellement frappés par une mitrailleuse allemande dissimulée dans une cave : ce point est bientôt réduit (un avion anglais lance un bombe sur la maison).

 

Bientôt toutes les rues du bourg sont remplies de soldats anglais. C’est 1/5 régiment d’infanterie du comte de Lincoln, le génie, l’aviation. Ce qui restait de la population de Fresnoy : hommes, femmes, vieillards, enfants se porte au devant de nos Alliés, les embrasse à cœur joie, leur donne des bouquets.

 

Par le chemin de Croix, par la route de St-Quentin, par le chemin du Petit Bois arrivent les troupes françaises du Général Debeney. Ce sont d’abord le 55e R I, le 173e R I, le 38e d’artillerie de campagne, le 55e bataillons de chasseurs alpins. C’est le même enthousiasme pour nos poilus que pour nos alliés : embrassades, dons de bouquets, c’est le grand jour où la joie la plus pure rayonne sur tous les visages des Fresnoysiens, c’est le jour de la délivrance. Après avoir été 4 ans et 2 mois sous le joug sauvage des armées allemandes ; c’est le bonheur revenu. Mais le soir du 9 octobre, l’artillerie allemande en position près de Mennevret, Aisonville, Bernoville sachant Fresnoy occupé par les Anglo-Français déclenche un bombardement infernal sur notre petit bourg anéantissant une centaine de maisons, tuant des soldats français et anglais. Les habitants se réfugient dans leur cave.

 

Le 12 octobre Monsieur Raymond Poincaré Président de la République vient en auto accompagné de Monsieur Clemenceau Président du Conseil, ministre de la guerre, de Messieurs Ringuier et Deguise députés de l’Aisne. Après les condoléances du Gouvernement à la population du bourg restée vaillante sous le bombardement, il est reçu à la mairie par M. Alfred Macaigne, faisant fonction de Maire et laisse cinq cents francs pour distribution de secours immédiats à la population. Il est acclamé avec frénésie sur tout le parcours dans les rues de Fresnoy. Quelques jours plus tard, l’armée allemande continuant à reculer vers le Cateau, Avesnes et Guise met Fresnoy à l’abri des bombardments.

 

Les habitants du bourg évacués par les Allemands dans la région d’Avesnes, Fourmies et en Belgique rentrèrent peu à peu arrangeant tant bien que mal leurs pauvres demeures pour se mettre à l’abri. Le gouvernement et l’armée anglaise aidèrent beaucoup les habitants à vivre.

 

L’armée britannique resta à Fresnoy du 9 octobre au 15 novembre 1919, puis ce furent deux régiments australiens du 15 novembre au 15 janvier 1919. Des troupes anglaises stationnèrent encore du 15 janvier au 5 mars. Un camp de prisonniers allemands à l’effectif d’un compagnie était installée au chemin blanc gardé par de l’infanterie française (25 à 30 hommes).

 

Les Allemands furent rapatriés en février 1920.

 

Ainsi finit pour Fresnoy le triste supplice de l’occupation allemande et des combats livrés aux environs pour sa libération.

 

 

Article d’Agnès Guzzi d’après Fresnoy et son histoire, Yves Flamant, 1984