CRUPILLY

 

 

UNE  HISTOIRE  DE  FROMAGES par Norbert Quint

 

La réputation du fromage de Maroilles n’est plus à faire.  Déjà au 15é siècle, à Paris, on mangeait de délicieuses THIEULETTES (Maroilles ayant la forme d’une tuile). Dans les villages voués à l’élevage on vit apparaître dés le début du 20éme siècle des fromageries, permettant la fabrication sur place.

 En 1906, Crupilly fût à l’origine de la création de la première fromagerie coopérative de Thiérache.

C’est à Mr BARON Louis, maire de 1892 à 1919, que fût créé en 1906, cette coopérative. Elle impliquait tous les herbagers de la commune qui en se regroupant et fabricant leurs fromages obtinrent un bénéfice plus grand que de se contenter à la production du lait.  La coopérative fût lancée avec 66 actions de 250 francs soit un capital de 16 500 francs.Un emprunt de 31 000 francs permit la construction et l’aménagement d’une petite usine sur la route de Malzy.

La quantité de lait produite sur le village et apportée à l’usine variait de 600 litres par jour en hiver à 2200 litres en été.  Il fallait, en hiver quatre litres et demi de lait pour faire un fromage et cinq litres et demi en été. Sur l’année la production atteignait 10 000 fromages environ qui, une fois séchés, étaient acheminés sur Reims où un négociant en assurait la maturation et la vente. Chaque fromage était payé au prix courant du lait augmenté de  0,10 franc pour la fabrication. L’établissement était rentable, on en tirait un bénéfice annuel de 10 000 francs qui était déduit  des frais généraux et d’une somme de 3 000 francs pour l’amortissement. Le restant étant réparti entre les herbagers qui possédaient des actions. Ceci permettait d’augmenter leurs revenus de 10 % l’an.

Comme dans tout placement, les actions vont et viennent au gré des situations familiales. C’est ainsi qu’un grand fromager de Chigny va peu à peu devenir propriétaire  majoritaire de la coopérative.  De 1906 à 1926, c’est Jules DHUIEGE et son épouse qui travaille à plein temps à la fromagerie ; à partir de 1927 c’est Arthur et Germaine DETREZ qui ont en charge la production locale.  Ils habitent tout le rez-de-chaussée du bâtiment et travaillent en cave. Le sous-sol est aménagé en deux pièces , l’une pour la fabrication et l’autre pour le séchoir. Cette dernière partie étant protégée à l’extérieur d’arbres qui offrent l’ombre au bâtiment en «été permettant de conserver une bonne température à l’intérieur.. Une fois le lait apporté, il est aussitôt séparé du petit-lait appelé aussi Sérum. Chaque jour un ouvrier vient le récupérer pour l’emmener à Chigny. C’est un cheval  tractant une citerne qui est chargé de ce travail.  Puis tous les trois à quatre jours ; les fromages sont récupérés par la fromagerie de Chigny pour y être affinés. 

L’histoire de la fromagerie s’arrête en 1953 lorsqu’elle sera absorbée  par une importante société fromagère. Aujourd’hui, l’usine existe toujours, devenue depuis une maison d’habitation. Les anciens  qui passent en promenant  devant  le bâtiment, n’ont de cesse de raconter leurs souvenirs liés à cette fromagerie et que les générations futures conserveront encore longtemps.