CHAPITRE V.
EMPRISONNEMENTS ET TRANSPORTATIONS DANS
LES DEPARTEMENTS DU NORD
Aisne, Aube, Eure, Loiret, Nord, Oise, Seine-et-Oise, Seine,
Seine-Inférieure, Somme.
AISNE
Ce département compte au moins une victime :
Benjamin Gastineau,
rédacteur en chef du Guetteur de Saint-Quentin.
Le 24 février
1858, entre minuit et une heure du matin, huit gendarmes, à la tête desquels se
trouvait le capitaine de gendarmerie de Saint-Quentin, envahirent la maison où
demeurait le citoyen Benjamin Gastineau, rédacteur en chef du Guetteur de
Saint-Quentin, qui fut conduit sous cette escorte à la
maison d’arrêt de
Le lendemain, l’imprimeur et les amis de Benjamin Gastineau le cherchèrent pour rédiger le journal, et ils n’apprirent que deux jours après sa consignation clandestine à la maison d’arrêt.
Apres être resté un mois au secret à la prison de Saint-Quentin, Gastineau reçut notification d’une pièce qui, déclarent sa présence en France dangereuse pour la sûreté publique, décidait qu’il serait transporté en Algérie.
<<En réalité, nous écrit-il, ce n’était pas ma présence qu’on redoutait, mais le journal que je rédigeais et qui fut supprimé peu de temps après, comme n’ayant pas de rédacteur en chef. >>
De Saint-Quentin, Gastineau fut conduit en voiture cellulaire à Paris, déposé à la préfecture de police, puis de là à la prison de la Roquette où, malgré ses énergiques réclamations, il fut rasé et tondu comme les condamnés aux fers.
Quelques jours après, le citoyen Gastineau, placé de nouveau dans la cage d’une cellulaire, fut conduit à Marseille, déposé, au milieu de tant d’autres républicains, au fort Saint-Nicolas, et de là transporté en Algérie dans la province de Constantine où il fut interné à La Calle, sur les frontières de la régence de Tunis.
Son crime ? il n’est pas bonapartiste.
Saisie : Jean Gape
d’après des documents