Invasion 1914

Dans la bataille de Guise (26-31 août)

Journal d’un civil (II)

 

par Jean Gape d’apès M. Cury

 

Pendant ce temps, la troupes…

Que s’est-il passé pendant ce temps, au-dessus de Guise, sur ce plateau de la désolation qui, une fois de plus, mérita bien son nom… Que fut cette « bataille de Thiérache » étirée de Voulpaix à Jonqueuse, improvisée le part et d’autre dans les incertitudes de situations mouvementés et inconnu de l’adversaire ?…

Le 28 août, vers midi, l’ennemi à attaqué les ponts de Guise et Flavigny, refoulé la 53éme D.I. au sud de l’oise. Sa progression est stoppée devant Audigny par la 5éme D.I. mais on signale une infiltration à Rue-Guthin… Personne ne connaît, ni même ne soupçonne l’ampleur des forces qui composent cette aile allemande qu’on va tenter de stopper. Elles se révéleront très supérieures à ce qu’on pouvait prévoir.

Les colonnes françaises progressent d’est en ouest venant de la région de Vervins, Gercy, St-Pierre, La Vallée – au – Blé, Saint – Richaumont. Depuis quinze jours elles marchent ou se battent. La retraite a commencé par de fortes étapes, généralement de nuit… Privées de sommeil, ravitaillées irrégulièrement, parfois ramassant en passant les pains entassés le long des routes et qui déjà est du « bleu » marbré de moisi. De la viande, mais pas le temps de la faire cuire – il n’y a pas de roulante – des seaux d’eau ou de vin posés par l’habitant… Beaucoup d’éclopés, accrochés comme il peuvent à toutes les voitures, hissés sur les canons. Plus de sacs souvent… On ne traîne pas toujours 30 à 35 kgs le ventre creux et sans repos… pourtant le moral est bon, l’artillerie intacte… Et puis on va faire face.

29 AOUT

les colonnes avancent à travers le brouillard épais d’une fin de nuit froide. L’ennemi aussi qui descend du nord au sud. Quand le 29 août, vers 8 h, le soleil commence à se dissiper. Allemand et Français sont également étonnés de se rencontrer nez à nez . il va en résulter une série de « surprises », des accrochages violents et improvisés tout le long de la ligne. Surprises à Audigny, à Puisieux, à Colonfay, au Sourd, à La Vallée – au – Blé, à Lemé… Chocs souvent violents, combats de mousqueterie et de mitrailleurs, brèves canonnades de part et d’autre.

Impossible de les décrire toutes, encore moins de les résumer. Restons à la première, la plus proche de Guise, entre la Désolation et le village d’Audigny, ou le 17éme R.I. livre combat ;

Vers 7 h, du matin, un hussard français annonce : »deux escadrons ennemis sont pied à terre sur la grande route de Guise… Quelques minutes après deux cavaliers allemands surgissent dans le brouillard. Le premier est tué, l’autre s’enfuit, mais leur infanterie est proche, on entend des ordres sans rien voir. Les deux adversaires se déploient dans la brume. tirent à l’aveuglette… La fusillade va devenir très violente vers le nord du coté où personne ne faisait face : l’ennemi tombe sur les arrières du 47éme « Dans le village les balles commencent à passer par nappes si nombreuses que les feuilles des arbres de la petit place tombaient sur le sol hachées… » Elles arrivent d’ailleurs de trois côtés… Apres une heure, ordre de repli. Feux convergents, terrible traversée du village : les hommes tombent, tombent… Un retour offensif va être entrepris, à la mode du temps : Les officiers tirent leurs sabre : « la brume, maintenant très légère, est dorée par les rayons du soleil. Au-dessus des rangs, flottent les deux drapeaux déployés de la brigade. on monte à l’assaut, tambours battants, clairons sonnante.

« Mais les mitrailleuses allemandes sont déjà aux lisières d’Audigny. Elles se démasquent a quelques centaines de mètres et font de terribles fauchages. L’hécatombe ralentit l’élan. L’attaque s’arrête et bientôt le repli est général : nos fantassins refluent sur la route de Puisieux, poursuivis par les feux de mousqueterie ». le village d’Audigny a été repris. Puis reperdu dix minutes après. Une batterie française, assez mal placée dans le brouillard du matin, bat furieusement la  sortie du village pour y contenir l’ennemi…

Le même genre de combats, sanglants, désordonnés… (mais n’est-ce pas de tous les temps et de toutes guerres ? ), va s’éparpiller dans le triangle Vervins, Guise, Marie. Sans doute est-ce vers Lemé que se placent les épisodes les plus meurtriers « …D’un élan, le quartier de l’église est atteint. Mais les Allemands sont déjà là et nous fusillent au débouché. Sur la place de l’église il y a , en quelques instants, plus de 100 morts ou blessés… ». puis, le 29 août, plus facilement qu’on eut put l’espérer après ces surprises cruelles, la stabilisation se réalisera relativement au niveau de Richaumont et Mortfontaine. Vers le soir, de 18 h. 40 à 20 h . 30, la brigade Pétain attaque au débouché de Landifay. Le futur Maréchal de France couchera le soir dans la ferme incendiée de Bertaignemont… La Garde Prussienne, durement sonnée dans ces combats retardataires, sera incapable pour quelque temps de remplir son rôle de troupe de choc. »Sur le plateau de la Désolation, du côté d’Audigny et de Colonfay, la Garde Impériale allemande a trouvé son tombeau. La fleur de la noblesse de Prusse est tombée sur ces champs tant de fois moissonnés par la guerre. On vit, le soir, le général qui commandait cette Garde chercher parmi les morts le cadavre de son fils… » (Marc Blanpain). Plus tard, un groupe d’Allemands du 74éme R.I. reviendra sur les lieux de leur combat : la bataille a été très meurtrière, 48 des leurs ont été tués dans la ferme de Louvry. Les blessés était soignés dans une cave : les obus pleuvaient et mettaient le feu sur toute la longueur des bâtiments bourrés de foin.

Le samedi 29 août. Les Français avaient repris Audigny et Louvry, mais avaient du se replier le dimanche 30 et le lundi 31…

…le G.Q.G. français avait rédigé, le 29 au soir, l’ordre suivant qui ne fut connu sur place  que le 30 : »l’effet de l’attaque de la 5éme Armée s’était fait sentir et ayant dégagé en partie la 6éme Armée, la 5éme Armée prendra ses dispositions pour rompre le combat et reporter ses forces derrière la Serre. Le décrochage devra se faire avant le jour… ». surpris par ce coup hardi porté dans son flanc découvert, Von Bülow avait eu grand peur le 29 au matin. Trop loin de son centre, Il s’en rapproche désormais prudemment, quittant délibérément la direction qui le conduisait à l’ouest de paris pour celle de l’est, y entraînant Van Klück et livrant à Maunoury son flanc droit… On sait la suite : Engagée entre Verdun et Paris dans la masse de la Marne, elle n’en pouvait sortir que vaincue ou prisonnière.

« Le coup de boutoir de Guise avait preparé la victoire de la Marne ».