DISCOURS D’EMILE DUPONT, maire de Flavy le Martel, le dimanche 2 août 1925, lors de l’inauguration du monument aux MORTS

 

Par Mémoires du Canton

 

« 2 août 1914, journée à jamais mémorable ! La France en péril appelle tous ses enfants pour la défendre contre l’envahisseur qui, foulant aux pieds les accords librement consentis, va enfin se jeter sur la proie qu’il convoite depuis longtemps ! Il a compté sur les divisions intestines, nées de la politique : et comme conséquence, il espère que certains failliront à leur devoir.

Il se trompe lourdement, car dans une réconciliation admirable, tous les Français dignes de ce nom, répondent à l’appel de la Patrie en danger et volent à son secours.

A la frontière, ils trouvent nos héroïques alliés les Belges formant un rempart de leurs poitrines à la sauvage agression des Allemands.

 Mais hélas ! ce mois d’août voit déjà tomber certains de nos braves enfants et la liste funèbre qui devait être longue et douloureuse s’établit bientôt :

         Le 22, Alcide Decaisne et le sergent René Lombart sont tués, l’un à Bellefontaine (Belgique), l’autre à Pierrepont (Meurthe-et-Moselle).

         Le 25, le caporal Arthur Giffaux disparaît au combat d’Ornel.

         Le 28, l’adjudant Emile de Bernard est tué à Rancourt (Meuse) et Arthur Boucher à Bellenglise, près de Saint-Quentin.

         Le premier septembre, Albéric Vilquin tombe à Danevoux (Meuse).

         Le 2, Ernest Lefèvre est tué à Montfaucon (Meuse) et son frère Arthur disparaît quelques jours après, le 5 octobre au Four de Paris (Marne).

         Jules Bonneterre est porté disparu, lui aussi, le 30 à Vailly.

         Charles Lemoine meurt des suites de ses blessures à l’hôpital de Chalons.

         Le 17 décembre nous ravit deux de nos meilleurs enfants, le sergent Maurice Basseville tué à Carnoy (Somme) et le caporal Louis Bruxelle décède à l’hôpital de Sainte-Menehould.

         L’année 1915 semble vouloir nous épargner : nous déplorons cependant la mort de René Berton, tué au bois de la Gruerie le 29 janvier ; Octave Legrand meurt à l’hôpital de Verdun le 25 juin et Edmond Maréchal est tué au bois Baurus le 14 juillet.

         1916 : le 15 janvier, le général de brigade Marcel Serret, commandant la 66ème division, meurt à l’hôpital de Moosch (Haute-Alsace) des suites de ses blessures, le 23 février Louis Martine disparaît à Verdun, le 27 mars Léon Blot est tué au Mort-Homme, le 3 mai Arthur Driencourt décède à l’hôpital de Ris Orangis et le 27 du même mois, le caporal Adalbert Lemoine est tué à Sainte-Marie à Py.

         Puis, c’est la bataille meurtrière de la Somme : Charles Bibaut, blessé grièvement, meurt le 13 août à l’hôpital de Versailles, le 24 le caporal Emile Burillon est tué à Maurepas, Albert Lebelle décède le 10 octobre à Bray-sur-Somme et le 23, Maurice Ply est tué à Bouchavesnes. Emile Boucher tombe le 19 décembre à Nevillers, Albert Roubaud meurt le 20 avril 1917 à Prosnes (Marne), Eugène Lemoine le 26 août à Verdun, Lucien Baudry le 21 octobre à l’hôpital de Jean d’Heurs (Meuse) et Georges Hurier à Esbly.

         Pendant quelques mois, nous n’enregistrons fort heureusement aucun décès. Mais en mai 1918, dès que la bataille de l’Aisne, (celle qui devait nous libérer pour toujours) s’engage autour de Château-Thierry : André Bibaut est tué à Muret et Crouttes, le 29 mai ; quelques jours après, le 4 juin,César Caille est frappé mortellement à Saint-Bandry, le sergent Alfred Menot tombe le 21 juillet au Bois du Châtelet et Gustave Bail meurt à l’armée d’Orient le 15 septembre ; mon neveu, André Floquet qui plusieurs fois a échappé miraculeusement à la mort, est emporté en quelques jours par la grippe infectieuse et décède le 2 octobre à l’hôpital de Bar-le-Duc ; le sergent Emile Mariage est frappé à mort le 28 octobre à Bergnicourt (Ardennes) ; Emile Crinon appartenant à la formation sanitaire de l’Armée d’Orient, meurt à Salonique le 18 novembre.

         Enfin, la série noire se clôt par le décès de Gabriel Ply survenu le 15 janvier 1919 à l’asile de Bron (Rhône).

         Entre temps, quatre des nôtres, Garçon Louis, les frères Georges et Henri Giffaux et Gaston Lemaire, emmenés en captivité en Allemagne, succombent aux privations et aux mauvais traitements à Gustrow (Province du Mecklembourg).

         Voilà mes chers Concitoyens, le triste bilan, la terrible rançon de notre vaillante commune : trente neuf militaires, quatre civils ! 

         Méditons longuement sur ces chiffres, sur ce nombre quarante-trois qui nous prive d’hommes jeunes, utiles et pris, hélas, parmi les meilleurs !

         Pardonnez-moi, si en ce jour de commémoration solennelle, j’adresse en mon nom personnel, un souvenir ému à nos chers enfants de Flavy-le-Martel dont plusieurs appartiennent à ma famille et parmi lesquels figurent aussi quelques-uns de notre belle société musicale. Une intense émotion m’étreint, mes chers petits amis, quand, me rapportant à quelques années en arrière, vous veniez encore adolescents, avec la gaîté, l’insouciance, je dirai même l’espièglerie de votre âge, apprendre les premières notions de solfège et ensuite prendre place au pupitre. Deux fois vous m’êtes chers !

         Groupons nos énergies, mes chers amis, et efforçons-nous de rendre impossible, dans l’avenir, cette effroyable calamité qu’est la guerre ! »