Le monument des Combats oubliés:



Les automobilistes se rendant d’Hirson (Aisne) en Belgique par la RD1050 (route Charlemagne) seront désormais surpris par la présence, au carrefour de l’Étoile, d’un très beau monument en pierre bleue de Thiérache en forme de « livre ouvert », sur une « France basculée », à laquelle s’accroche désespérément un soldat français, en uniforme de 1940.


S’ils prennent le temps de s’arrêter quelques minutes, ils pourront lire les noms de 24 militaires « Morts pour la France » au cours des combats, les 16,17 et 18 mai 1940, sur la commune de Saint – Michel en Thiérache (Aisne).


En effet, la forêt de Saint – Michel recèle quarante blockhaus, inachevés par la force des choses, et qui, au lieu d’arrêter les Panzer, ont été le théâtre tragique où se sont affrontés d’une part des troupes de montagne allemandes, bien équipées, grisées par l’offensive victorieuse en cours et d’autre part quelques centaines de soldats français, survivants de 2 divisions d’infanterie, la 18e et la 22e D. I., démoralisés par une retraite épuisante depuis la Meuse.


Ces deux divisions cantonnées entre Rumigny et Rethel (Ardennes), avaient dès l’attaque allemande du 10 mai, fait mouvement vers la Meuse belge, à pieds, selon le plan Dyle. Mais à peine arrivées, elles avaient subi l’assaut de la Wehrmacht et de la Luftwaffe et s’étaient repliés en désordre.


Et six jours plus tard, seuls restaient organisés ces quelques centaines de soldats venus de nos provinces de l’ouest, Bretagne, Vendée, Toulousain, mais aussi d’Algérie, de Martinique. Ils vont résister pendant 3 jours, du 16 au 18, au cœur de la Thiérache, autour de leur état-major commandé par la Général BÉZIER la FOSSE.


Se sachant encerclés, ils vont tenter de retarder l’ennemi par un combat sans espoir et 24 d’entre eux y laisseront la vie.*


C’est pour faire sortir de l’oubli leur sacrifice que ce monument leur rendra l’Honneur qui leur est dû.


Ce monument, réalisé à l’initiative de l’Association Saint – Michelloise du Souvenir de Mai 1940 créée, à cet effet, le 17 avril 1999 (président :Jacques RAGUET), est l’aboutissement de quatre années d’efforts et de démarches et le fruit de concours multiples : Le Souvenir Français :principal financeur ; Ministère de la Défense (Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives) ; Conseil Général de l’Aisne et de Martinique ; Conseil Régional de Bretagne ; Ville de Saint-Michel en Thiérache ; Les villes et les communes de : Nantes (L – A) Parthenay ( Deux-Sèvres) l’Isle Jourdain (Gers) Quistinic (Morbihan) la Chapelle Thémer (Vendée) les communes du canton d’Hirson (Aisne) : Hirson, Bucilly, Éparcy, Buire, Ohis, Mondrepuis, Origny en Thiérache. Souscription publique en Thiérache Dons des familles des disparus.

Avec le soutien de la 1081e Section des Médaillés Militaires et de l’Union des Anciens Combattants de Saint – Michel en Thiérache.


Il a été conçu par Michel DUVAL avec Claude GIRAULT et réalisé par deux artisans locaux : Michel DUVAL ; maçon, tailleur de pierre et Michel PAQUET, sculpteur. Avec le concours de l’O.N.F. de la Voierie Départementale de l’Aisne de l’O.T.S.I. d’Hirson. et du concours gracieux de 3 entreprises thiérachiennes : DE GRYSE de Saint-Michel, C.G.C.R. de Buire. Michel DUVAL d’Origny en Thiérache.


* Nous avons croisé les sources suivantes :

- Archives du Château de Vincennes : les rapports du Général BEZIER la FOSSE, du Colonel LE BARILLEC, et du Capitaine GAUMÉ.


- Du côté allemand nous avons travaillé à partir du « Journal d’un Commandant de Bataillon »

(Tagebuch eines Bataillons – Kommandeurs) de Josef REYNOLDS, traduit par nos soins.



SYMBOLIQUE DU MONUMENT


Le pupitre :


Sortir de l’ombre des hommes qui semblaient condamnés par deux fois : « la première à mourir pour rien, et la seconde à tomber dans l’oubli ». Telle est la finalité de cet ensemble.



Le concepteur a ainsi imaginé une stèle sobre, ouverte, laissant libre le regard, afin de rendre perceptible par les sens les atrocités qu’engendre la guerre.

Dans cette œuvre commémorative trois symboles s’expriment avec force :

La Mémoire et le Souvenir – le Désastre – le Sacrifice.


Ils sont mis en évidence par la juxtaposition de quatre éléments :

Le Socle en étoile, le Livre ouvert, la France basculée, le Soldat agonisant.


Seule la pierre bleue de Thiérache a semblé capable de parler de ce drame méconnu.


La Mémoire et le Souvenir

Le socle en béton, aux angles arrondis, s’identifie à la partie supérieure des blockhaus de type Maginot.


Il supporte l’assise de la France dans laquelle est incrustée la première pierre, posée le 21 mai 2000, prélevée sur l’un des 40 blockhaus situés en forêt de Saint – Michel.


L’étoile rappelle à la fois le lieu dit où convergent cinq itinéraires. Sa forme évoque les fortifications à la Vauban nombreuses dans notre région frontalière.


Les deux pierres érigées verticalement symbolisent les deux pages du Livre de la Mémoire, à savoir le passé et le présent.


Le passage voulu qui existe entre elles, fait office de fenêtre entrebâillée, afin de focaliser le regard sur la forêt et sur les blockhaus tout proches.

Il invite à l’illusion et crée le mirage jusqu’à suggérer l’ombre de ces martyrs voués au sacrifice.




La page de gauche porte une célèbre citation de Victor Hugo, épigraphe de l’événement.


Celle de droite, tournée vers l’ouest, liste ces 24 « Morts pour la France ».


La dalle protectrice qui recouvre l’ensemble évoque les mystérieux dolmens qui parsèment leur terre natale.



C’est ici que se trouve, dans toute sa puissance, le point fort de cette œuvre dédiée au Devoir de Mémoire.


Le Désastre


Ce contexte est représenté par une France basculée : elle s’effondre, elle s’engloutit.

De surcroît elle est orientée afin que les rayons du soleil soient précisément au zénith, le 18 mai à 12 heures, c’est à dire à l’heure de la mort du 24ème soldat.


L’incrustation d’une balle de fusil trouvée à proximité marque à tout jamais le lieu du combat désespéré.


Le Sacrifice

Il est mis en évidence par l’attitude caractéristique d’un soldat blessé, agonisant, le corps encore droit mais déjà « absorbé » par la terre.



Tout en s’agrippant désespérément à cette pierre de France, il veut en même temps redresser, mais en vain, sa patrie qui bascule.



Ses bras tendus, l’un vers la Thiérache, l’autre vers sa terre natale, ses mains démesurées par la souffrance, ses doigts en griffes expriment d’une façon très expressive, son effort désespéré qui incarne la Résistance et l’Espoir en la France.



Attitude saisissante d’un valeureux soldat qui, à l’instant final, n’a plus que son abnégation pour tout bagage…

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Visiteurs, Passants, à la citation de Victor HUGO ajoutons celle de GLADSTONE :



« Il faut pardonner mais ne pas oublier »



et faisons tous en sorte pour que se réalise l’expression populaire « Plus jamais ça !»



Historique par Claude GIRAULT

(1e vice- président de l’association Saint-Michelloise du souvenir de mai 1940, professeur d’histoire)

Documents fournis par Jacques RAGUET

(Président de l’association Saint-Michelloise du souvenir de mai 1940)