Document établi par le Docteur Jean BOUDERLIQUE

St-Quentin/Montbrehain

Juillet 1996

 

 

Montbrehain

à travers

les invasions & Les guerres

de 57 avant JC à 1939/45

 

 


                            L’habitant de notre région a connu toutes les invasions. Il a toujours souffert plus que tout autre, dans sa chair et dans ses biens et pourtant, toujours, il est resté le grand patriote, prêt à se sacrifier toutes les fois que le pays menacé dans sons honneur, dans son indépendance et dans sa liberté a fait appel à lui.

 

MONTBREHAIN A TRAVERS LES GUERRES

 

Dates Historiques

 

                            Montbrehain a subi plus ou moins les invasions venant de la grande plaine du Nord de l’Europe et à travers les siècles, elle paya un lourd tribut aux hordes qui passèrent en ces lieux, victime des guerres qui ont marqué leur passage.

 

57 avant JC

Un chef romain s’installe à Montbrehain. On a peu de renseignements précis sur le passé du village. Il est certain toutefois qu’il est très ancien et a presque toujours subi le contrecoup des événements qui se sont produits dans nos contrées depuis l’invasion romaine jusque la destruction de VERMAND par les Vandales et particulièrement lors des sièges de BEAUREVOIR, du CATELET, de PREMONT et de BOHAIN.

 

406

Le pays fut sans doute détruit à l’époque des invasions lorsque les Vandales envahirent la Gaule-Belgique, ravagèrent Bavay, Vermand et tout le pays qui se trouvait sur leur passage dans le Cambrésis, le Vermandois, l’Amiénois et l’Artois. Il a été reconstruit à l’endroit qu’il occupe aujourd’hui.

 

1339

Au mois de septembre, lorsque les troupes d’Edouard III, roi d’Angleterre, pénétrèrent dans le Cambrésis au nombre de 20 000 hommes, qu’ils s’emparèrent de Gouy, Beaurevoir et Prémont, qu’ils réduisirent en cendres, Montbrehain n’échappe à la destruction que grâce à la protection de Jean de Montbrehain, seigneur du village et Abbé du Mont-Saint-Martin pour lequel le roi d’Angleterre avait une grande admiration.

 

Tous les villages des environs de Péronne, de Saint-Quentin et de Guise furent presque entièrement détruits et leurs habitants obligés de s’expatrier. Ceux de Montbrehain ne furent astreints qu’au paiement de quelques faibles contributions de guerre. Les soldats anglais étaient cruels cependant et n’avaient aucune pitié.

 

Un historien dit : « qu’ils enforchaient femmes gisant d’enfants, femmes mariées et bonnes filles, et aux gesnes enfants coppoient à l’ung un pied, à l’autre les oreilles, aux autres le nez et à aulcuns crévoient les yeux et disoient : “Ché pour qu’il vous souvienne que le roi d’Angleterre et les Anglais ont été en Cambrésis”. »

 

Ce furent surtout aux environs de Beaurevoir, de Gouy, de Prémont et de Bohain que ces atrocités furent commises.

 

En 1418, la France fut en proie à la guerre civile. La garnison de Guise passa l’Oise, s’avança sur Bohain et sur Beaurevoir, et les soldats mirent au pillage tous les villages qu’ils rencontrèrent sur leur route.

 

En 1437, les Ecorcheurs se présentèrent au-delà de la Somme dans les environs de Saint-Quentin, s’avancèrent vers Beaurevoir et Bohain et commirent dans les villages voisins toutes sortes d’atrocités. Il en fut de même en 1464.

 

La Haie, la Guerre et la Vallée des Morts

On croit que c’est en 1418, ou peut-être plus tard en 1472, qu’un combat eut lieu près de Montbrehain aux lieux-dits « La Haie la guerre » et la « Vallée des Morts » rappelant des souvenirs historiques. Mais quelle est la date de ces combats ? Personne ne le sait. Les traditions locales sont muettes sur les événements dont ces anciens lieux-dits rappellent le souvenir.

 

Il ne s’agit pas de l’invasion de nos contrées du Nord par les Anglais en 1339. Montbrehain était, à cette époque, protégé par un de ses enfants, Jean, l’Abbé du Mont-Saint-Martin, pour lequel le roi Edouard III avait une grande admiration. Il s’agit donc d’un des combats qui eurent lieu dans le voisinage de Bohain, en 1523, 1536, 1593 et 1637.

 

Il est vrai qu’il y a eu à d’autres époques, entre Bohain, Beaurevoir et Le Catelet, des combats dont l’histoire n’a pas conservé le souvenir et qui, cependant, ont été désastreux pour les villages situés dans le rayon de ces places de guerre.

 

1521

Le 27 février 1521, les Bourguignons vinrent attaquer Beaurevoir et s’en emparèrent. Le village fut pillé et les localités voisines, notamment Montbrehain, subirent les outrages et les violences des troupes. Les habitants s’enfuirent et tout ce qui était à la convenance des soldats fut enlevé par eux. Les vivres firent défaut dans le pays et un grand nombre d’habitants de Beaurevoir, de Montbrehain et des villages voisins périrent de faim et de misère.

 

Les troupes de Balagny, celles de Jean de Woerth, du baron d’Erlac causèrent également de grands maux à Montbrehain. Le château-fort de Bohain ayant été pris en 1523, en 1536, en 1588, en 1593, en 1595 et en 1696, Brancourt, Montbrehain et les autres villages situés dans le voisinage de la ville furent rançonnés, dévastés, pillés. Il en fut de même en 1635, 1653 et 1657. Fonsomme et Bohain étant toujours les principaux objectifs des armées ennemies qui se trouvaient dans le pays.

 

1536 Les Impériaux à Montbrehain

Montbrehain fut ruiné en 1536, lorsque le comte de Nassau, étant entré dans le Vermandois avec une armée de 27 000 hommes composée d’Allemands et de Flamands, détruisit les châteaux-forts d’Honnecourt, de Beaurevoir et de Bohain. Les troupes jetèrent l’épouvante dans les villages voisins de Saint-Quentin, de Ribemont et de Guise. Il en fut du reste presque toujours de même chaque fois que les Français et les Espagnols se disputèrent la possession des châteaux-forts situés entre Péronne, Cambrai, Guise et Saint-Quentin.

 

Pour se soustraire aux violences de la soldatesque, les habitants se réfugiaient dans les bois quand ils le pouvaient, en emmenant leurs bestiaux et en emportant ce qu’ils pouvaient en vivres et de linges. Ils y passaient des nuits et des jours, et quand ils retournaient au village, ils trouvaient souvent leurs maisons mises au pillage ou incendiées.


1557

Montbrehain subit le passage des troupes espagnoles venant des Flandres. Pillages, exactions, marquant leur déferlement en détruisant tout sur leur chemin avant la bataille de Saint-Quentin, défendu par Gaspard de Coligny.

 

1637

Combat contre les Espagnols.

 

1711

Dans les notices sur Le Câtelet et sur Gouy, il est signalé la présence de troupes nombreuses au Câtelet et dans les environs au mois d’octobre 1711 et au mois de juillet 1712. C’était à l’époque de cette guerre de Flandre, si désastreuse pour le Nord de la France, pour le Cambrésis et les pays situés au nord de Saint-Quentin.

 

Bouchain avait été pris le 12 septembre 1711 par les troupes  du prince Eugène, et l’on pouvait craindre que ces troupes s’avançassent vers Saint-Quentin pour se diriger sur Paris. Est-ce à cette époque, comme le dit M. Piette, que Villars vint camper pendant deux jours avec son Etat-major, au sud de Montbrehain, au lieu-dit la Butte du Vieux Moulin ? Ce n’est pas impossible, mais il parait plus probable que ce fut seulement à la fin de mois de mai 1712. C’est en effet en cette année que Villars dirigea momentanément une partie de ses forces vers Bohain, pour s’opposer au passage de l’armée du prince Eugène qui s’était avancée jusqu’au Câteau. Henri Martin dit que ce prince voulait attaquer l’armée de Villars en débouchant par la forêt de Bohain, entre les sources de l’Escaut et de la Somme, et que Villars était décidé à accepter la bataille sur les plateaux du Vermandois, au nord de Saint-Quentin.

 

Mais le prince Eugène fut obligé de renoncer à son projet et Villars concentra son armée près du Câtelet, de Vendhuile et d’Honnecourt. On sait que la cavalerie campa au lieu-dit le Riez du Grand-Camp, près du Tombois, entre Lempire et Vendhuile.

 

Quoi qu’il en soit, il est exact qu’une grande partie des troupes de Villars campa, en 1711 ou 1712, sur les hauteurs qui se trouvent au sud de Montbrehain, depuis Brancourt jusqu’auprès de la ferme de Prezelles.

 

La position était bien choisie. Les troupes étaient cachées par les bois de Bohain, de Brancourt et ceux qu’on voyait encore à cette époque du côté de Fresnoy-le-Grand, Fontaine-Uterte et Sequehart, et le terrain est très vallonné en avant des collines qui s’élèvent dans cette direction. Sur le territoire de Montbrehain, notamment au point le plus élevé de la route qui vient de Fontaine-Uterte, le vallonnement semble avoir été fait en partie pour servir de retranchements destinés à protéger les troupes. La position est forte et l’artillerie, placée sur les hauteurs entre Montbrehain, Prézelles, Sequehart et Brancourt, pouvait intercepter assez facilement le passage de troupes venant du côté de Bohain.

 

Vers le 20 juillet 1712, le prince Eugène quittait Le Quesnoy et s’avançait sur Le Câteau en suivant le cours de la Selle, petite rivière qui traverse cette ville et sur laquelle passe le chemin de fer entre Busigny et Le Câteau même. Mais, obligé de renoncer à son projet, le prince Eugène dirigea son armée vers Denain où elle prit ses cantonnements en attendant le moment favorable pour s’avancer vers Saint-Quentin.

 

Informé de l’insouciance du général ennemi et de la disposition de ses troupes par un curé qu’on dit être celui de Vendhuile, Villars, dont les troupes occupaient de fortes positions entre l’Escaut et les sources de la Somme, fit franchir la Selle par sa cavalerie et porta rapidement ses troupes sur le camp de Denain. Le combat  s’engagea et le prince Eugène fut vaincu. La France fut sauvée et nos braves campagnards, ceux de Montbrehain, de Vendhuile, etc...., chantèrent le TE DEUM et allumèrent des feux de joie pour célébrer la victoire des soldats qui, après les avoir dépouillés de presque tout ce qu’ils possédaient, venaient de sauver la France de l’invasion ennemie.

 

1793

Le 1° septembre, les Autrichiens après avoir pillé Bohain se dirigent vers les sources de l’Escaut et Montbrehain, comme les autres villages, fut mis à contribution.

 

1815

La légende rapportée de génération en génération veut qu’au moment de la triste campagne de Waterloo, l’empereur passa sur le terroir de Montbrehain. Ayant appris qu’un de ses grognards, originaire du village et s’appelant Simon, fut invité à aller saluer ses vieux parents. Simon, refusant, répondit à l’Empereur : « Inutile de leur faire verser des larmes ».

 

Au retour de Waterloo, le village fut occupé par les troupes prussiennes.

 

1870-1871

Faidherbe rentrait à Saint-Quentin avec les troupes d’arrière-garde du 23° corps quand il rencontra le général Lecointe ramenant celles du 22°. On pourvut immédiatement à l’évacuation des troupes qui encombraient les rues et les places de la ville.

 

La route de Cambrai était restée libre grâce à un stratagème du chef des mobilisés du Pas-de-Calais, M. Paul. Voyant arriver les Prussiens qui venaient occuper cette route, il fit des démonstrations si bruyantes avec ses obusiers dont les coups multipliés ne portaient pas, avec ses soldats déployés avec ostentation, que les prudents Teutons n’osèrent approcher et manquèrent l’occasion d’anéantir l’armée du Nord.

 

« Le corps du général Lecointe, ordonna Faidherbe, sera dirigé sur la route du Cateau, celui du général Paulze d’Ivoy sur la route du Câtelet ; avec la cavalerie, je pris une route intermédiaire qui passe à Montbrehain ».

 

Il est intéressant de citer le témoignage de mes grands-pères paternel et maternel. Mon grand-père Bouderlique qui avait 16 ans me racontait que le 13 janvier 1871, naissait son frère Louis. Les parents l’avaient alors envoyé chez des voisins car, en ce temps-là, les naissances n’avaient pas lieu en maternité comme maintenant. Ne restaient à la maison que les parents et la sage-femme. C’est ainsi que le grand-père et son camarade Deprez dit « prépré » partirent à travers champs voir la bataille de Saint-Quentin. C’était l’hiver, il faisait très froid. Ils virent des soldats battre en retraite, fatigués, frigorifiés, ravitaillés par l’habitant. De Montbrehain, ils étaient arrivés à Omissy.

 

Mon grand-père Legrand habitait rue de Prémont ; c’était la route qui allait à Cambrai par les chemins secondaires. Je l’entends encore me décrire « ces pauvres soldats marchant pieds nus dans la neige fondue et verglacée, les uns sans chaussures, les autres avec leurs godillots usés, décousus, en très mauvais état, crevant de faim et de froid.

 

1914-1918

Fin août 1914, le village était occupé par les troupes allemandes sans combats importants.

 

En septembre 1914, les 16, 17, 18 et 19, des patrouilles françaises firent irruption dans le pays. Cela permit à quelques uns qui s’étaient trouvés au milieu des Allemands de s’en aller en zone libre.

 

Montbrehain était un village de repos et il est mentionné par Ernst JUNGER dans son livre « Orages d’Hiver » « In Stahlgewittern ».

 

La population reçut l’ordre d’évacuation fin septembre 1918 vers la Belgique.

 

Le village fut libéré par les troupes australiennes au prix de sanglants combats qui sont à peine mentionnés dans les comptes-rendus français mais bien détaillés dans les archives d’Australie. Il fut pris et repris 3 fois du 3 au 5 octobre 1918. Trois cimetières témoignent pour la postérité du sacrifice de ces troupes venues de l’autre bout du monde.

 

Les troupes américaines complétèrent du 10 au 15 octobre 1918 le travail accompli en majeure partie par les Australiens. Le village fut décoré de la Croix de Guerre 1914-1918.

 

1939-1945

Aucun fait saillant n’est à mentionner durant cette période. Montbrehain logea à tour de rôle des troupes françaises dès le début. Passèrent successivement  des dragons motorisés, des troupes coloniales. Mais le régiment qui marque le plus le village fut le 8ème régiment des Zouaves motorisés. Les soldats restèrent presque 6 mois dans le village pour finalement partir le 10 mai 1940, jour de l’offensive allemande déclenchée dans la nuit précédant ce jour. Ils quittèrent Montbrehain dans l’après-midi pour se diriger vers la Belgique. Ils furent pour la plupart pris dans l’étau qui se referma sur eux pour les étrangler à Dunkerque début juin 1940. Quelques uns purent fuir en Angleterre. La plupart furent faits prisonniers. A ce sujet, l’anecdote suivante :

 

Il y avait, logé à la maison, un soldat alsacien du nom de Albert ZIMMER. Il habitait à Eckwersheim au nord de Strasbourg où ses parents étaient cultivateurs. Prisonnier à Dunkerque, il fut libéré comme Alsacien. Mais au bout de quelque temps, il fut incorporé de force dans l’armée allemande. Il fit partie des « malgré nous » qui payèrent un lourd tribut par la suite, vu le nombre de morts que l’Alsace laissa sur les champs de bataille de Russie. Zimmer était de ceux-là. Il revint sans aucune égratignure. Plutôt rigolo, il disait avec son accent typique : « moi, che m’en fous. Che serait touchours finqueur ».

 

Je l’ai revu quelques années après, toujours le même.

 

Ainsi se termine la description de ces moments de l’histoire où Montbrehain eut sa part. Aujourd’hui, le village a de temps en  temps la visite de familles Anglaises et Australiennes et de quelques Allemands ayant encore par les récits de leurs ancêtres et la présence de tombes chères à leur souvenir, l’occasion de se rendre dans les cimetières militaires.

 

Ainsi prend fin le chapitre « Montbrehain à travers les guerres ».

 

J’ajoute, pour être complet, que une semaine environ après le départ des zouaves, les troupes allemandes les remplacèrent dans le cantonnement de la maison. Blietzkrieg !...