Porc condamné à être assommé et réduit en cendres pour avoir dévoré un jeune enfant à Molinchart.

 

Veu le procès-verbal, par nous Pierre Guyot, procureur au siège présidial de Laon, bailli et garde la justice temporelle des dames religieuses, abbesse et couvent Notre Dame de Soissons, dames dudict Molinchart, faict de ce que dimanche vingt-quatriesme jour de juin an passé six cent douze, heure de trois à quatre heures après-midy, Jacques Noblot agé de 14 à15 mois, fils de Claude Nolot, masson demeurant audit Molinchart, estant couché sur un lict au logis dudit Claude, son père, a esté dévoré et mangé en plusieurs partyes de son corps, dont il seroit mort une heure ou deux après, par ung porcq appartenant à Jehan Boullogne, en fin duquel est la déclaration dudit Boullogne, contenant qu’il n’entendoit deffendre ni réclamer ledict porcq, qu’il l’abandonnoit, datée du vingt-cinquiesme jour dudcit mois ; l’enqueste par nous faite à la requeste du procureur d’office ledict jour dudict : veu les conclusions dudict procureur d’office, et tout veu et considéré, sur ce advis et conseil :

Nous disons que, par le procès il appert suffisamment : que Jacques, enfant dudit Claude Noblot, a esté mangé et dévosré par le porcq appartenant audict Boullogne, pourquoy et en horreur et dessolation dudict cas, avons ordonné que ledict porcq sera mené et conduict par l’exécuteur de la haute justice au lieu des fourches patibulaires dudict Molinchart, pour illec être assommé, bruslé et réduit en cendres par nostre sentence, jugement et par droit.

Prononcé en jugement, les plaids tenants, le troisiesme jour de juillet mil six cens douze, ce faict et à l’instant la présente sentence a été exécutée.

                                                                Cartul. De N.-D. de Sois., f. 440

 

 

Source : Dictionnaire historique de l’Aisne de Maximilien Melleville