Variations sur le printemps
par Jean Gape d’après M. Cury
A notre époque
d’autodétermination, de satellites, de scandales, n’est-il pas dérisoire
d’accorder quelques instants à la botanique ?
Et pourtant « Mars
qui prépare en secret le printemps » semble nous inviter à abandonner un moment
nos soucis et a regarder ce qui vit à nos pieds
A tout seigneur, tout
honneur ! voici d’abord la gracieuse pâquerette qui pique ça et là ses
petits capitules blancs, parfois teintés de rose, sur les bords du chemin ou
dans la prairie a peine verdissantes. Si le soleil la fait éclore, elle se rit
des intempéries et les « huriaux de mars » ne semblent guère
l’émouvoir. C’est sans doute pour cela que les botanistes l’ont qualifiée de
pérennise. C’est à dire éternelle. Les Britanniques lui ont donné le nom
poétique de Daisy, l’œil du jour.
Dés la fin de décembre des
petites feuilles vert-pâle pointent autour des habitations ce sont celles de la
Perce-neige ou Galanthe des neiges. Mais ce n’est qu’en février qu’elle atteint
son complet épanouissement. On la trouve partout, cependant elle n’est peut
être pas tout à fait spontané dans nos
régions, son aire de répartition indique l’emplacement d’anciens jardins
dont elle faisait l’ornement. Le botaniste Riomet, dans sa Flore du canton de
Rozoy, l’appelle la violette du Roquet parce qu’elle est très abondante dans ce
hameau de Vigneux. Sa sœur jumelle. La Ni viole, est beaucoup plus rare et ne
se trouve guère, pour la contrée qui nous occupe, que dans les bois de
Brunehamel,
Son voisin le Narcisse
jaune, que nous nommions autrefois « coucou de Mars ».( la jonquille
des citadins), paraît également subspontané dans nos terrains, car il était une
des rares fleurs cultivées par nos ancêtres.
Aux première rayons
printaniers une étoile d’or brille dans le pied des haies ou sur les talus
ombragés, comme un cierge au fond d’une église : c’est la Ficaire, fausse
renoncule. Elle doit son nom à des renflements de ses racines qui
rappelleraient de très loin. – de minuscules figues. Nos grands-mères, qui ne
manquaient pas de patience, mangeaient quelquefois ses feuilles en salade. Sous
le nom de Bassinet, elles confondaient la ficaire avec le Caltha ou Populage
des marais qui, lui, ne fleurira que dans quelques jours.
La Ficaire est un peu le
symbole du Renouveau. On la voit d’ordinaire, dans les premiers jours de mars,
mais cette année en raison d’un ensoleillement inaccoutumé, elle s’est montrée
une semaine plus tôt..
Elle est souvent
entremêlée avec une minuscule plante à fleurs verts et globuleuses, l’Adora,
que le grand public se refuse a croire de la famille du Chèvrefeuille et du
Sureau.
Assez répandu dans le nord
de la Thiérache. l’Hellébore, ancêtre de notre Rose de Noël, est beaucoup plus
rare dans nos pays.
Ses grosses fleurs vertes
et se feuilles palmées sont bien reconnaissables.
L’Anémone
La primevère ou coucou,
dont les trois espèces s’hybrident facilement entre elles, et les violettes,
odorantes ou blanches, sont pour beaucoup de citadins inséparables de l’idée
des vacances pascales.
Les gentils losanges de la
Pervenche font le charme de nos sous-bois : mais ne vous y fiez pas :
c’est une plante diabolique. Les anciens, grimoires nous apprennent qu’un moyen
efficace d’entrer en relations avec le Malin consistait à se promener seul dans
un bois, la nuit de la Saint-Jean, en tenant à la bouche une fleur de
pervenche. On voyait alors des choses si terribles que plus d’un téméraire y
perdait la raison.
Nouvelle preuve, s’il
fallait encore en donner, d’avoir toujours à se méfier des fleurs bleues.
M.C. (Archon)