LE COURRIER PICARD
HAM
Retour d’un déporté politique
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Fin aout 1942, on apprenait à Ham l’arrestation par la police
judiciaire de Joseph Legrand, militant communiste de Ham, père de 9
enfants.
On apprenait peu âpres que cette
arrestation ne provenait pas d’une dénonciation, mais de la découverte par la
police de Pétain d’une liste de correspondants chez un communiste de Prouzel.
Legrand était en effet en relations avec
une organisation de distribution de tracte, tracte dont il assumait la diffusion
dans des conditions souvent dangereuses.
Même ceux qui ne partagent pas les
convictions politiques de Legrand rendent hommage à son courage et à son esprit
patriotique ; le premier et ce, dés 1941, il a contribué à faire
comprendre à la populations que la victoire allemande n’était pas irrémédiable
et que, aidés par une résistance intérieure les ennemis des nazis viendraient à
bout des hordes d’Hitler.
Emprisonné à Amiens durant huit mois,
puis à Clairvaux, enfin à Blois, Alfred Legrand fut dans cette dernière prison,
remis aux gardiens allemands et le régime qui avait été supportable
jusqu’alors, devint beaucoup plus dur.
Transféré à Compiègne, il fut
embarqué peu de temps après pour le camp de Mauthausen, en Autriche. Le voyage
s’effectua dans des conditions atroces ; entassés à 100 par wagon, les
déportés furent, à la suite d’une double évasion, dépouillés de tous leurs
vêtements ; ils furent rassemblés à plus de 200 pas wagon ; on peut
s’imaginer ce que fut ce voyage d’hommes serrés ; debout les uns contres
les autres.
Alfred Legrand eut le bonheur de ne
plus demeurer longtemps au camp et d’être affecté au kommando de Loible-Pass,
chargé de la construction d’une autostrade et du creusement d’un tunnel ;
dans ce kommando qui était réputé un des moins terribles, se trouvent des
déportés de tous les pays d’Europe, depuis les Polonais, Yougoslaves et même
des Norvégiens.
Le régime des coups de poings, de
schlague, de crosses de fusil, sévissait avec la plus grande rigueur, la
nourriture était dosée tout juste pour empêcher les prisonniers de mourir, les
coups étaient plus drus que les morceaux de pain.
Dés que les opérations militaires
tournèrent au désavantage des Allemands, les hommes du camp purent établir la
liaison avec les partisans Yougoslaves qui, le 8 mais, libérèrent le camp.
Immédiatement organisés, les libérés
constituèrent un comité chargé de l’organisation de l’évacuation du camp, puis
avec des armes fournies par les partisans, la brigade << Liberté >>
se chargea de rechercher les gardiens du kommando.
Puis ce fut le retour par l’Italie du
Nord, la Suisse, Mulhouse, Paris ou Legrand arriva le 21 juin.
On jugera avec quel soulagement et
quelle joie le retour d’Alfred Legrand fut appris à Ham, quand on saura qu’il
n’avait pu donner de ses nouvelles depuis son départ de Compiègne et que sa
famille et ses amis redoutaient le pire.
Transcription par JeanGape d’après des documents de Chantal Burlot