Monographie de Parfondeval
Géographie physique
Le village de Parfondeval est agréablement situé sur le penchant nord d’une colline et au dessus d’une vallée profonde. Il se trouve à 6 kilomètres N-E de Rozoy-Sur-Serre, son chef-lieu de canton et à 48 km N-E de Laon, chef lieu d’arrondissement.
La surface territoriale est de 1091 hectares ; le terroir d’une superficie de près de 1052 hectares se divise en terres labourables, près, bois, taillis, jardins, vergers, terrains plantés.
A la commune se rattachent trois hameaux : Louvet, les Froidsmonts, Les Grands-Ouis et deux écarts : Le moulin et la Briqueterie.
Parmi les nombreux lieux-dits, on distingue le Presbytère, ainsi nommé de ce qu’autrefois l’ancienne maison curiale y était située, et le Margival, de messire de Margival, seigneur de Brunehamel, qui, d’après la tradition en était le propriétaire.
Le nom de Parfondeval est tiré sans doute de la position du village entouré de fonds et de vallées.
Quoique le climat soit assez froid et le sol assez ondulé, les terres y sont néanmoins fertiles et faciles à cultiver.
La marne n’y est point rare et les silex y sont abondants.
Les glaises bleues sont éparses : il en sort plusieurs filets d’eau qui fertilisent le vallon et grossissent le ruisseau des Froidmonts, le Coreau, qui a sa source sur le territoire de Parfondeval au hameau des froidsmonts.
Ce petit cours d’eau reçoit lui-même le ruisseau de Caillieux et se jette dans la Serre non loin de Rozoy, après s’être réuni au ruisseau d’Archon, l’Amiral.
Les bois occupent une étendue de huit hectares environ et sont plantés de bouleaux, frênes, ormes, chênes, trembles, charmes, érables, etc…
La faune et la flore sont celles de la région et ne présentent rien de particulier.
La Population actuelle de la commune est de 420 habitants. Parfondeval était autrefois bien plus important ; les statistiques accusent un chiffre de population supérieur à 800 habitants avant 1830, alors que Brunehamel n’avait guère plus de 500 habitants.
Près du tiers de la population actuelle professe la religion protestante.
Les habitants sont généralement de bonne constitution, vivent avec frugalité et atteignent pour la plupart un âge avancé ; tous ont acquis le degré d’instruction nécessaire aux besoins et travaux de la vie.
Les anciennes mœurs ne sont pas trop altérées dans ce pays ; la débauche n’y a guère accès ; la censure publique y est, pour les écarts, un frein non moins puissant que la loi.
La fête patronale dure trois jours mais il n'y a guère de divertissements, par suite du décroissement de la population et de l’abstention des protestants.
Il est d’usage de célébrer un service funèbre le lundi de la fête à l’intention de tous les trépassés de la paroisse.
Les protestants habitent tous le même quartier et n’ont pas de grands rapports avec les catholiques. Il est rare qu’un mariage soit contracté entre des personnes de religion différente.
Les protestants s’entraident, assistent leurs pauvres de préférence aux autres et prennent autant que possible des ouvriers parmi leurs coreligionnaires.
Un grand nombre d’entre eux s’adonnait autrefois au commerce de toiles et parcouraient périodiquement les villes ; depuis quelques années, deux ou trois seulement ont continué leurs relations commerciales.
Il n’y a dans la commune que peu ou point de discussions religieuses.
Géographie historique :
L’histoire de Parfondeval se rattache étroitement à celle de Rozoy. Aucun fait saillant relatif à cette commune n’est relaté avant le XVeme siècle. Parfondeval dépendait à cette époque du Duc de Bourgogne : Comme seigneur de Rozoy, il y avait droit de haute, moyenne et basse justice, et son bailli qui la rendait en son nom appliquait jusqu’à la peine de mort à ceux qui l’avaient encourue. C’est ainsi que fut condamné pour homicide an avril 1446, un certain Person SUREAU, de Parfondeval. Comme on menait ledit Sureau au supplice une jeune fille du pays requit la justice de Rozoy de faire grâce au malheureux, sous condition qu’elle l’épouserait. Le bailli de Rozoy refusa, mais la jeune fille déclara qu’elle en appelait à sa décision, et le coupable fut ramené dans sa prison. L’affaire alla jusqu’au roi Charles VII qui, par lettre patente rendue à Chinon le 22 juin 1446 accorda la grâce de Person Sureau en lui enjoignant d’épouser sa libératrice.
Le 12 janvier 1643, le sergent d’Autreppes se présentait à Parfondeval, accompagné de deux recors, pour recevoir la contribution à laquelle la paroisse avait été imposée, en exécution de la levée de la subsistance de la compagnie de chevau-légers de M. de Roquépine, gouverneur de La Capelle. Les portes se ferment, le tocsin sonne, et le sergent est contraint de déguerpir au plus vite sous une pluie d’injures. Le 26 février suivant, M. deRoquépine envoie des troupes qui trouvent les rebelles solidement retranchés dans le village et disposés à combattre. Menacés, ils demeurent impassibles. Un tambour avance et demande à parler au maire : les paysans répondent audacieusement qu’ils sont tous maires aussi grands les uns que les autres et qu’ils ne reconnaissent d’autre gouverneur que celui de Rocroi (Parfondeval dépendait en effet du gouvernement de la Champagne). Le tambour attache l’ordre à la porte et se retire. Chaque parti bivouaque, les soldats dans les rues, les habitants dans un fort improvisé. M. de Roquerie, de plus en plus irrité, ordonne le lendemain de faire sommation, nouveaux refus. Les soldats finissent par s’emparer de deux individus qui s’étaient réfugiés dans leur cave ; on les conduit à La Capelle. Il fallut ensuite quelques mois pour ramener le calme dans les esprits qu’avait troublés cette échauffourée. (Mien-Histoire du canton de Rozoy).
Du mois d’octobre 1696 au mois de mai suivant, le cimetière fut interdit ; on enterrait dans la nef de l’église. La cause de cette interdiction ne nous est pas connue.
En 1708, Jean FROMENT, prêtre du diocèse de Laon, léguait à la maison de retraite des ecclésiastiques pauvres et infirmes de ce diocèse divers terres, près, héritages qu’il possédait à Parfondeval et autres localisés voisines, dont le revenu annuel était de 87 livres. Le Chapitre de la Collégiale de Rozoy était également possessionné dans la paroisse. Ses propriétés comprenaient 18 fauchées de pré, un surcens de deux livres sur plusieurs biens, en outre le droit de recevoir 5 poules pour droit de bourgeoisie : il y avait aussi certaines dîmes, car il les loua par bail du 12 juin 1712 à quelques habitants du pays moyennant une redevance annuelle de 9 muids 6 jallois de blé hannier, la même quantité d’avoine et 50 livres.
Pour la période révolutionnaire, les archives municipales sont très riches et permettent de faire connaître les principaux faits de cette singulière époque. Le 14 juillet 1790, tous les citoyens de Parfondeval prêtèrent le serment civique devant l’autel de la patrie : le 5 août suivant, on se livra à une réjouissance dite " repas fédératif ". Chaque famille avait apporté une table garnie de plats appétissants et on festoya sur la place publique. Les pauvres figuraient à ce festin auquel assista également la milice bourgeoise de Brunehamel. Pendant les intervalles se fit entendre un orchestre composé " de trois violons, une basse, une clarinette et un fifre…. : tout le peuple était comme dans un délire de joie. Une pièce de vin préparée en bouteille fut ensuite servie avec mesure et précaution sur toutes les tables, à commencer par celles de nos frères d’armes de Brunehamel… : la danse ouverte sur les quatre à cinq heures, chacun y prit part. tout le peuple dansait à la fois, elle s’est continuée jusqu’à minuit.
" Nos frères d’armes de Brunehamel s’en sont retournés vers le coucher du soleil, ils ont été reconduits par notre milice jusqu’au bout de la prairie, auquel lieu il s’est fait des embrassements de frères et d’amis. "
On observe encore que, dans toute la durée du repas fédératif, la " décence était à la tête : le tout s’est passé dans le meilleur ordre et qu’on y a pas vu couler des yeux de différents habitants des larmes de joie. " Neuf familles, et à leur tête le curé, refusèrent de prendre part à cette fête.
Le premier maire de la commune avait été F.N. MONSEIGNAT, qui débuta par être clerc laïc, pour être ensuite huissier et notaire royal. Ayant été nommé percepteur du canton de Rozoy, il donna la place de maire au curé constitutionnel Chollet, qui fut nommé le 28 octobre 1792. Le 23 décembre, la municipalité qui cherchait à pour voir aux besoins de la patrie sans surcharger les citoyens, fait à l’église de Parfondeval l’inventaire des objets de prix et n’y trouve que le strict nécessaire. Le 14 janvier 1793, on fit également l’inventaire des meubles du curé réfractaire qui furent vendus au mois d’avril suivant. Le 21 de ce dernier mois, Parfondeval étant fréquemment troublé, la municipalité prit un arrêté instituant la permanence de trois officiers municipaux pour s’occuper des captures faites par les patrouilles. L’un de ceux qui furent le plus maltraités par ces patrouilles fut Jacques FORET, qu’on accusait d’être hostile à la révolution. Un jour on voulut mener Foret chez le curé Chollet pour fraterniser avec lui. Foret ayant refusé, on le conduisit au gué de la grand’place et on le força à traverser quatre fois ce gué d’un bout à l’autre. Vers le même temps, Jacques BOULNOIS ayant refusé d’assister à la messe de Chollet fut enfermé pendant une nuit dans la tour du clocher, après qu’on lui eut fait préalablement traverser l’abreuvoir.
A cette époque la guerre désolait le nord du département. Le danger était à son comble, aussi redoublait-on de sévérité à l’égard des habitants de Parfondeval que l’on suspectait de tiédeur. Le 10 août 1793, le procureur de la commune exposait avec indignation à la municipalité " que, lors de l’assemblée de tous les habitants qui environnaient l’autel de la patrie avec le plus souverain respect et la plus vive allégresse pour y prêter le serment exigé par le procès-verbal de l’administration départementale en date du 4 présent mois, quatre prétendus citoyens se sont retirés à l’écart, et ont poussé l’audace et le mépris …pour l’objet de la fête jusqu’à jouer aux quilles, sous les yeux de la communauté : deux membres du corps municipal revêtus de leurs écharpes ont été aussitôt les rappeler à l’ordre… ;ils ont répondu avec un air de dérision et d’impatience : "C’est bien, c’est bien, Messieurs ", réponse qui ne peut convenir qu’à de vrais ennemis de l’Etat, à des êtres vendus à l’aristocratie la plus infernale, et soldés pour troubler la tranquillité publique et saper notre sage constitution jusqu’en ses fondements… ". La municipalité, devant cet exposé, ordonna que les quatre coupables seraient immédiatement arrêtés, internés pendant trois jours dans le clocher pour être ensuite conduits au département. Il ne semble pas toutefois que cet ordre sévère ait été suivi d’exécution. Quelques jours après, le 25 août, le conseil général de la commune décréta d’arrestation environ 80 suspects, " tous reconnus comme ennemis de la constitution et endoctrinés par le fanatisme le plus intolérable ". Enfin une patrouille de gardes nationaux appréhenda, au commencement du mois suivant, une femme qui se trouvait chez une des personnes arrêtées et mises en surveillance, " considérant que permettre aux aristocrates de se visiter, c’est par là même permettre le trouble et la discorde dans toute l’étendue de la " commune ". Cette femme fut condamnée à passer trois jours dans le clocher, " lieu par nous destiné pour punir tout infracteur à la loi ".
Ce régime de terreur dura jusqu’au mois de novembre. Précédemment avait été décrété la levée en masse pour les garçons de 18 à 35 ans. Quinze refusèrent de signer un engagement, ils furent dénoncés comme suspects, mais on ne les inquiéta pas autrement. Aux souffrances de la guerre s’ajoutèrent celles de la famine : la détresse devint telle que nul ne put plus vendre de grains sans autorisation de la municipalité, et en outre il fallut envoyer des grains à Réunion-Sur-Oise pour subvenir aux besoins de l’armée intermédiaire.
Pour se distraire un peu, les habitants imaginèrent de planter un arbre de la liberté : cette cérémonie fut le signal d’une grande réjouissance. Un peuplier de choix fut amené au milieu de la grand’place ; une estrade fut dressée à ses pieds, le curé-maire y monta pour prononcer un discours, et après un chaleureux appel au sentiment patriotique, il invita les assistants à venir lui donner solennellement l’accolade fraternelle. On y alla en grand nombre, mais une seule femme, d’une remarquable laideur, répondit seule à l’appel du maire. Cependant les femmes de Pardondeval ne le cédaient pas en patriotisme à leurs époux. Cette fête leur avait produit une telle impression par suite de " l’harmonie la plus grande et l’union la plus parfaite ", qui y avait régné, qu’elles se réunirent le surlendemain pour aviser " aux moyens de faire continuer entre elles cette union inséparable ; après avoir délibéré, elles n’en ont point trouvé de plus expédient que celui de nommer dans leur assemblée sept citoyennes généralement reconnues estimables pour leur conduite et leur prudence, pour, par leur soin, veiller à déraciner un vice qui n’est que trop commun à tout être de leur sexe, qui est celui de la jalousie, de l’envie, de la médisance et de la calomnie, seul obstacle aux vraies sociétés républicaines ". Sept femmes furent nommées à la pluralité des voies, elles s’adjoignirent même une greffière ; " et pour donner aux cy dessus dénommées toute l’autorité et le respect du à des charges aussi honorables, il a été arrété par la dite assemblée générale des citoyennes que celles qui seroient surprises avoir commis une des infractions dont il est question cy-dessus, elles seroient sur-le-champ condamnées à cinq sols d’amende pour les pauvres et aussitôt chassées du corps des républicaines, comme indignes d’être admises à une société aussi respectable. "
Quelques jours après fut célébrée la fête de la Raison : après l’inévitable discours des autorités, les femmes montèrent sur l’estrade dressée au portail de l’église et chantèrent des airs patriotiques, dont les refrains étaient répétés en cœur par toute l’assistance. En même temps le curé déposa ses lettres de prêtrise et épousa la fille du maire son prédécesseur. Bientôt on mettait à exécution un arrêté de l’administration départementale enjoignant d’enlever les emblèmes extérieurs du culte, en date du 14 brumaire an II. La municipalité se transporta dans la ci devant église. Les statues des saints " faites pour affliger l’espèce humaine furent brisées et jetées au feu, pou terrasser tous ces vils esclaves du fanatisme religieux ". Différents objets furent envoyés à Laon, les autres furent aussitôt mis en vente et criées aux enchères.
Ces mesures extrêmes n’empêchaient pas la crise agricole. Pendant environ quatre mois, la commune fut obligée de fournir trente et un sacs de blé par décade pour l’approvisionnement de Paris. On ne pouvait y suffire, faute de batteur ;par arrêté du 4 nivôse an II, 68 batteurs furent requis de battre jusqu’à nouvel ordre ; on décida de plus qu’une visite domiciliaire serait faite tous les jours chez les propriétaires, afin d’y constater la quantité de blé battu ou à battre. La plupart des habitants ne pouvant plus se procurer du blé furent obligés de faire du pain de dravières. Le 14 nivôse an II, nouvelle visite domiciliaire dans le but d’envoyer des souliers à l’armée qui en manque : " Après avoir fait les plus scrupuleuses recherches chez tous les habitants, nous avons qu’il n’en est aucun possesseur de deux paires de souliers ". Pendant quelques temps, la commune fut obligée de fournir 5 paires de souliers par décade. Puis vinrent des réquisitions de toiles pour l’armée, d’avoine, de foin, de chevaux pour la cavalerie, etc…et si souvent répétées que la municipalité s’en plaignit amèrement et que le district envoya à Parfondeval une garnison à demeure pour faciliter les livraisons de vivres et fournitures. L’enthousiasme était visiblement refroidi.
L’ancien curé Chollet, devenu marchand, habitait toujours le presbytère. Une loi lui ayant mis les presbytères à la disposition des communes qui renonçaient au culte, le 23 nivôse An II plusieurs habitants de Parfondeval réclamèrent l’édifice presbytéral et le 26 pluviôse, l’administration du district faisait droit à cette demande. La décision fut notifiée par huissier à Chollet qui se retira chez son beau-père Monseignat. Il donna sa démission de maire dans les premiers jours de floréal et il fut remplacé par Etienne Robinet. L’ancien presbytère ne resta pas longtemps réservé pour les séances municipales, il fut bientôt vendu. Pendant ce temps, les réquisitions continuaient ; en ventôse, on exigera des toiles, des draps ; divers objets de sellerie, etc…Quatre commissaires furent nommés pour l’exécution de cette réquisition, qui produisit 1445 aunes de toile et 3000 livres de laine en robes. En germinal, le district autorisa la vente des ornements de la chapelle de Roprez : le clocher de l’église fut abattu aux frais de la commune, personne ne s’étant présenté à l’adjudication des travaux de démolition. Ce même mois de germinal, les biens seigneuriaux furent vendus. D’après un procès-verbal du 8 germinal, les propriétés du Duc de Valentinois (ex seigneur de Rozoy) valaient 20700 francs de capital, et celles de la marquise de Wignacourt, propriétaire de la ferme de Roprez, étaient évaluées à 3232 Francs de revenu. La grange du presbytère fut enfin vendue en floréal pour le prix de 300 livres.
Après la chute de Robespierre, les évènements politiques deviennent moins importants, et l’administration municipale pratique une assez large tolérance. Dès le mois de juillet 1795, quelques catholique de la commune se réunissent dans l’église mais ce timide essai fut réprimé ; ce ne fut que l’année suivante que l’ancien culte fut toléré à nouveau : encore y eut-il de nouvelles persécutions sous le Directoire. Sous le Consulat seulement la paix religieuse et sociale fut définitivement rétablie à Parfondeval.
Eglises :
La commune possède une église catholique et un temple protestant. L’église placée sous le vocable de St Médard a été bâtie en XVIeme siècle : depuis cette époque, elle a été remaniée dans tout son ensemble sauf une partie du portail qui présente seule quelques caractéristiques architectoniques. Ce portail, construit en briques, sauf la porte et ses ornements qui sont en pierre de taille, est flanqué de deux tourelles rondes : elles sont reliées par une galerie fermée, soutenue par un plein-cintre en briques formant un porche, et elles sont percées de meurtrières, ce qui indique le caractère militaire de la construction. On dit que Jean De la Grive, curé de Parfondeval à la fin du XVIIeme siècle, a habité le clocher : probablement le presbytère avait été détruit pendant la guerre de la Fronde. L’intérieur de l’édifice ne comporte aucun objet de grand prix. Avant la révolution, le patronage de la cure appartenait au chapitre de la collégiale de Rozoy qui dimait pour deux tiers et le curé pour l’autre tiers. D’après une déclaration du 3 octobre 1723 la cure valait annuellement 510 livres.
Il y a eu de tout temps à Parfondeval un certain nombre de réformés. Le temple protestant est de construction moderne et sans valeur architecturale.
Avant la Révocation de l’édit de Nantes, les mariages des protestants étaient célébrés au château de chery-les-rozoy, dont le seigneur professait la religion prétendue réformée ; après 1685, ceux de Parfondeval allaient s’unir à Tournay, devant un pasteur hollandais. L’Edit royal de 1787 améliora cette situation : les réformés furent mariés au presbytère par le curé de la paroisse. Quant aux baptêmes, les enfants étaient baptisés et, jusqu’à l’âge de sept ans, enterrés par le curé dans le cimetière catholique. Les contrevenants à cette législation étaient poursuivis en justice : cet usage ne cessa qu’à la révolution. Avant la fin du XVIIIeme, les protestants n’avaient pas de cimetières, ils étaient enterrés dans leur jardin : le 23 juin 1788 un coin de terre fut donné à la commune par deux habitants de Parfondeval pour servir à la sépulture de leurs coreligionnaires. Cette donation fut acceptée par la municipalité. A cette époque, l’exercice du Culte n’était naturellement pas permis aux réformés. Ceux de Parfondeval se réunissaient dans une grange aux Froidsmonts : en 1795, le 12 décembre, leurs réunions furent enfin autorisées par l’administration municipale. En 1805 un temple fut édifié dans la commune et reconstruit en 1858. Encore aujourd’hui les protestants du village habitent presque tous le même quartier, et n’ont pas de grands rapports avec les catholiques.
Personnages illustres : Parfondeval n’a pas donné naissance à des personnages illustres mais il est utile d’appeler l’attention sur une personnalité des originales, à savoir le dernier curé de la paroisse avant la révolution dont l’histoire a été marquée par des incidents véritablement dramatiques.
Originaire de Dizy-Le-Gros, M.Duguet avait fait ses études avec distinction à Paris : il fut nommé en 1769 à la cure de Parfondeval. Il y déploya de grandes qualités et se fit bientôt aimer de ses ouailles qui plus tard lui prouvèrent ostensiblement leur attachement.
M. Duguet, attaché aux idées anciennes ne vit pas d’un bon œil les symptômes de la révolution. Il faut dire aussi que la première administration municipale lui suscita, à peine assemblée force tracasseries. Le 17 janvier 1789 le syndic de la commune était autorisé, par délibération du même jour, à faire des démarches pour empêcher le curé de faire sonner les cloches à la sortie de la messe le dimanche, sous prétexte que cette sonnerie rendait impossible la tenue des assemblées de paroisse, qui se faisaient devant l’église, et la lecture des ordres du Roi. L’année suivante, au mois de septembre 1790, le procureur de la commune dénonça le curé comme s ‘étant fait offrir de l’encens malgré la défense de l’Assemblée nationale. Le curé se fâcha et le dimanche suivant, au prône de la messe paroissiale, il déclara que ses paroissiens étaient des ignorants, qu’ils interpretaient mal les décrets de l’Assemblée ; que lui les avait vus, et que suivant iceux on ne pouvait empêcher d’offrir aux prêtres et à leurs paroissiens de l’encens dans l’église ; que cette offre était fondée sur l’Ecriture sainte, etc… "
Le dissentiment entre le curé et la municipalité de tarda pas à tourner en querelle. M.Duguet, sommé de prêter serment à la Constitution civile du clergé, hésita d’abord, puis finit par prononcer un serment conditionnel dont il avait précisé le sens dans un discours préliminaire. L’assemblée municipale lui ayant, le lendemain, présenté diverses observations, " …Maître Duguet est entré dans une sainte fureur, s’est échauffé en invectives, dit au maire de ne pas tant faire de rodofe…. ; il s’est même permis de faire au maire un grand salut dérisoire, duquel sa calotte est tombée sur le pavé.
Maître Duguet, prié de ses retirer, et sur son refus, attendu des paroles injurieuses qu’il déclamait de toutes sa force et sans cesser, nous avons été obligés de lever la séance, de sortir de la chambre où il est resté jusqu’après notre sortie…. "
Ces scènes tragi-comiques eurent de l’écho jusqu’à Paris, et Gorsas, dans son Courrier de Paris, consacra un article, d’ailleurs assez irrévérencieux, aux mésaventures de curé duguet. Ce dernier ne pouvait plus conserver ses fonctions ; il fut remplacé en avril 1791 par un vicaire de Montcornet du nom de Chollet. Quand le pasteur constitutionnel fut installé, le maire craignant le trouble, requit la garde nationale de Brunehamel : elles y vont, suivie d’une foule de jeunes enfants jouant au soldat avec leurs fusils de bois, paradant au mieux sur la place publique avec les milices citoyennes. A chaque petit héros on donna deux œufs et du cidre. Pour la cérémonie, un autel entouré de gradins fut dressé sur la place publique ; on apporta une grande quantité de chaises et de bancs. La commune étant réunie, on commença par donner des rafraîchissements, puis après un discours du maire, tous les habitants, hommes et femmes, furent invités à monter à l’autel pour y faire acte d’adhésion et de soumission au nouveau curé, en disant ; " Je reonce à Duguet et je crois à Chollet ".Malgré ce menaçant appareil, les abstentionnistes furent nombreux, et les deux partis furent dès lors plus nettement dessinés dans la commune.
M.Duguet s’était retiré à Ogny chez son frère. Sa retraite ne le garantit pas des rancunes de ses ennemis. Dès le 16 mars 1791, le district de Laon recevait deux dénonciations contre lui où il était qualifié d’agitateur ; le 23 avril, arrivait au district un rapport fait par deux gendarmes contre le curé réfractaire. Cette fois le directoire ordonna qu’il serait donné suite à la plainte. Le maire Monseignat se crut autorisé à employer la violence ; il fit entourer Ogny et les gardes nationaux se saisirent de M.Duguet en liberté. Le malheureux fut arrêté une seconde fois en juillet, puis une troisième fois en septembre : frappé et menacé de mort, il fut interné dans une maison d’où il s’évada la nuit. Depuis ce moment et pendant plus de deux ans, M.Duguet ne reparut pas à Parfondeval, il errait le plus souvent au milieu des bois. L’une de ses retraites les plus ordinaires était la forêt d’Estremont, près de Résigny : il y avait construit dans un épais fourré une petite hutte où il disait la messe et où l’on venait des environs. Des braves gens de Résigny et de la Planche-à-Serre lui procuraient du pain. Malgré plusieurs battues, organisées par la gendarmerie jamais on ne put découvrir la retraite où se cachait l’infatigable ecclésiastique.
En l’an II cependant, il fut trahi par un faux frère. On signala sa présence à La Sablonière, commune de Jeantes, chez M. Carlin, cultivateur et maire :appréhendé par les gendarmes, il fut garrotté, conduit à Vervins puis à Laon. Au bout de six semaines, il allait subir une condamnation à mort, quand arriva le 10 thermidor : la chute de Robespierre lui sauva la vie. Mis en liberté, M.Duguet ne s’éloigna pas de son ancienne paroisse, et pendant trois ans il put échapper à tous les dangers. Mais la haine de Monseignat, l’ancien maire, le poursuivait encore. En Germinal an V, M.Duguetnavait trouvé un sûr asile chez un menuisier, Ponce Blin, qui lui avait aménagé une cachette dan l’escalier de sa maison : cette cachette fut découverte après un véritable siège que soutint la maison contre 22 gendarmes. Le dévoué missionnaire fut enchaîné et emprisonné : après une détention de trois mois on le remit en liberté. Après le rétablissement du culte (1802) M. Duguet fut nommé curé-doyen de Vailly, puis en 1805 supérieur du grand séminaire ; il mourut le 22 décembre 1807 d’une apoplexie foudroyante, après une existence remplie de dévouement et de souffrances. Son nom est resté populaire dans la région tandis que son persécuteur Monseignat a laissé de plus mauvais souvenirs.
Géographie économique :
Le territoire de Parfondeval d’une étendue de 1052 hectares comprend 883 hectares de terres labourables divisées en trois soles régulières : jachères, céréales et plantes fouragères.
Sur les 150 familles qui forment le contingent actuel de la population, 107 possèdent moins de 1 hectare de propriété ; 5 en ont de 1 à 5 ; 16 de 5 à 10 ; 5 de 20 à 30 ;3 de 3à à 40 et 2 de 50 à 100 hectares.
Le sol, d’une culture facile est généralement fertile. Indépendamment du fumier, du purin et du parcage des moutons, communément employés, on utilise avec succès dans quelques exploitations les engrais de commerce, nitrate de soude et super phosphates ; on fait aussi un usage avantageux de la marne comme amendement.
Les principaux instruments aratoires que l’on trouve dans les fermes sont : le brabant, la charrue, l’extirpateur et le rouleau en fonte.
Chaque année, le blé et l’avoine couvrent 250 hectares du sol ; on cultive aussi le seigle, et surtout l’orge dont le rendement à l’hectare est de 20 à 25 hectolitres.
Les prairies naturelles comme les prairies artificielles, ont une grande importance pour l’élève du bétail : les premières occupent une étendue de 140 hectares, et les secondes 70 hectares. Après la récolte du foin, qui est généralement abondante, les prairies naturelles servent de pâturages aux bestiaux.
L’usage de la vaine pâture tend à disparaître par suite l’extension des prairies réservées.
Il reste sur le territoire quelques étangs d’une étendue très limitée et qui ne peuvent être utilisés avantageusement.
Les pommiers sont nombreux et cultivés avec soin. Leurs fruits donnent un cidre excellent, boisson de prédilection des habitants. Cette culture est d’un grand rapport pour la commune ; ainsi la récolte de 1896, considérée comme médiocre, n’a pas fourni moins de deux mille hectolitres de pommes, valant 5 francs l’hectolitre.
On cultive peu le colza et la betterave ; celle-ci employée exclusivement à l’alimentation du bétail, occupe une surface de 20 à 25 hectares ; quant à la pomme de terre, on lui réserve annuellement une étendue d’environ 40 hectares.
La culture du lin et du chanvre, est complètement oubliée depuis que le commerce de toiles a pour ainsi dire disparu de la Thiérache. En retour, la vannerie vient chaque année s’approvisionner d’osier dont la récolte occupe périodiquement un assez grand nombre d’ouvriers.
Il y avait autrefois sur le territoire de Parfondeval près de 47 hectares de bois ; la commune n’en compte plus aujourd’hui que 10 dont les produits sont utilisés en grande partie pour le chauffage.
Parmi les animaux qui intéressent l’agriculture, les espèces employées sont les chevaux ardennais (100) uniquement destinés au trait et à la reproduction ; les vaches flamantes (260) excellentes laitières, propres à l’elevage et bonnes pour la boucherie ; les moutons, race du pays (700) ; les porcs (160) et les animaux de basse-cour, qui entrent pour une part notable dans l’alimentation.
Quelques habitants possèdent des ruches ; mais l’apiculture est peu répandue dans la commune, bien que les prairies, parsemées de plantes aromatiques, offrent pour cette exploitation, toutes les ressources désirables.
Les animaux nuisibles sont rares sur le territoire ; cependant on y rencontre momentanément des renards, des fouines, et des loutres.
Aucune réserve n’est faite pour la chasse ; le gibier est d’ailleurs fort rare, surtout la perdrix ; le lièvre et divers oiseaux de passages sont l’unique ressource des chasseurs.
En résumé, le territoire de Parfondeval est exploité d’une façon intelligente ; une modeste aisance règne au foyer de l’ouvrier, et il n’y a point dans la localité de misère apparente.
Extrait du travail de M. Mouny, instituteur à Parfondeval.
sources: Bulletin de la société géographique de l'Aisne- cote 8°R24- n°28 - Archives Départementales de l'Aisne