BRUYERES ET MONTBERAULT

Monographie

Elaborée par Léon Barbin 

Instituteur public en Avril - Mai 1888

 

La monographie déposée aux Archives de Laon commencent à la page 19 et il semble manquer les pages 51 et 52

 

19

 

Voici un curieux spécimen des actes de vente en date du 12 novembre 1545:

"Comparu en sa personne Antoine Bourgeois, demeurant à Bruyères âgé de vingt et un ans ou environ usant de ses droits et recognut que pour son prouffiet faire pour soy aller à l'escole à Paris, si comme il disait il avait par ces présentes bien justement et légalement vendu, cédé, transporté, quiclé, délaissé "renoncé dès maintenant à toujours à honeste homme "Jehan de May, tanneur à Laon, une pièce de vigne….. Contenant 2 hommées ou environ ….. "moyennant la somme de 46 livres tournois payées par le sir acheteur au sir vendeur en or et argent compté et nombré en la présence de moy notaire et des témoins soubscrits….. Duquel héritage le sir vendeur s'est aujourd'hui dévestu, démis et désaisi par ?? fuct et baston, par devant ès mains de Jehan de l'Escluse, maire de la ville et commune de Bruyère. Simon Lamy procureur d'office, et Lamber Vieillar avant juré en ladite justice ; et du consentement du vendeur et par la tradition d'un petit baston _____ vendeur en fut vestu, saisi et mis en saisine ; es ; pour ce faire reçurent les sous officiers leurs droits en tels cas accoustumés etc … (1)

Le Maire, outre les soins de la justice, veillait à l'entretien des murs, des rues, fontaines, monuments, à la conservation des biens communaux et de ceux des établissements de bienfaisance. Il avait le droit, avec l'assistance des jurés d'élèves des fortifications, d'établir des taxes, de lever des impôts, de vendre, de transiger au nom de la Commune (2)

_____________________________________________________________________

(1) Archives communales voir aussi M. Ches Hidé par 9 et 10

(2) Voir Administration et juridiction municipales

 

20

 

L'élection des magistrats de la ville avait lieu chaque année le lendemain de la pentecôte. Les électeurs formaient plusieurs collèges. Ceux de Bruyères se réunissaient dans quatre quartiers : 1° Porte de Reims, 2° Porte d'Hommée (Commune Vorges), 3° Porte du Marais, 4° Porte des Tilleuls. (1)

Les électeurs de Chérêt et Vorges s'assemblaient dans leur village pour élire leurs jurés qui étaient ordinairement de deux pour Chérêt et quatre pour Vorges (2)

Le jour de l'élection, le mayeur en fin d'exercice assisté de plusieurs officiers municipaux se rendait à l'assemblée générale des habitants de la Commune; le procureur fiscale faisait publiquement la remontrance que de temps immémorial les habitants étaient en droit de se rassembler au son de la cloche et avaient coutume de procéder le lendemain de la Pentecôte à la nomination des mayeur, jurés et autres officiers de la commune. Puis, le maire escorté du greffier du procureur et des sergents se transportait dans les diverses sections au lieu où les communiers étaient rassemblés. Il leur faisait prêter serment de procéder fidèlement au choix et à la nomination des six jurés de leur quartier. (3)

Les jurés élus, ayant prêté serment procédaient aussitôt par la voie du scrutin et billets clos à la nomination du maire, de son lieutenant, de l'avant-juré de Vorges et de celui de Chêret, du receveur, du greffier

_____________________________________________________________________

(1 et 2) Voir M. Ches Hidé pages 1 et 6

(3)                                     

 

21

 

des maîtres de l'Eglise, de l'Hôtel-Dieu, de la Maladrerie.

Ils nommaient ensuite les sonneurs de cloches, les crieurs de vin et on relevait sur le registre le nom des maîtres des corporations (1)

De 1130 à nos jours, on a pu dresser exacte la liste de tous les maires ayant exercé cette charge à Bruyères (2)

Un notaire royal donnait l'authenticité à tous les actes civils des particuliers

A cette organisation municipale, il faut ajouter le groupement de la population en corporations. Entre autres, il y avait celles des maçons, des charpentiers, des boulangers, des cordonniers, des tonneliers, des tisserand, des vignerons, etc…. Cette dernière était la plus importante. Chaque corporation avait sa bannière, son saint patron, sa fête, quelques-unes avaient des privilèges particuliers, mais n'en jouissaient qu'en dehors de la Commune.

Il y eut de bonne heure octroi par les rois de France de trois foires annuelles à Bruyères ; elles étaient importantes (3). De nombreux marchands de la Flandre y vendaient des toiles, des draps ; les gens du pays vendaient leur vin, leur chanvre. Une grande halle couverte abritait la marchandise, vendeurs et acheteurs.

Bruyères, comme toutes les villes du moyen âge eut une léproserie ou maladrerie. L'Hôtel-Dieu plus tard, reçut indistinctement tous les pauvres malades. Ce dernier édifié au 13e siècle existe encore. Les ruines

___________________________________________________________________________

(1) Voir M. Ches Hidé pages 18

(2) Voir cette liste au Registre spécial des Archives Communales et M. Ch Hidé p 22

(3) D'après Melleville ces foires ont été accordées par Louis XIV en 1679. Ce n'était très probablement qu'une confirmation de celles qui devaient exister.

 

22

 

informes de la Maladrerie se voient au nord de la ville.

Bruyères fut une ville fortifiée de très ancienne date. Dans l'origine, elle n'avait probablement d'autre forteresse sérieuse que celle du Petit Fort dont la construction est attribuée à Clarembaud de Foro, seigneur de Clacy, Bruyères, Barenton, maréchal du Laonnois en 1094. Puis, l'église fut fortifiée. Vers 1357, la ville fut entourée de murailles profondément fossoyées sur leur pourtour et flanquées de plusieurs grosses tours. Le ru de Chérêt remplissait d'eau les fossés. (1)

Il est fait allusion de ces défenses de place dans une supplique de 1363 "Iceulx habitants ont souffert et soustenu moult de griefs assaulx en l'église en laquelle ils se retirrent pour sauver eulx, leurs femmes et enfants …. Et leur ville susdite qui était par avant deffermée et desclose ils ont fermé de fossés, portes, closé de murs et de tours et tout a leur propres coulx et despands"

Les impôts de 1368 furent employés " es réparations es fortification d'icelle ville" Il en est encore question dans des lettres royaux de 1371 accordant remise de moitié des aides en considération des sacrifices de la Commune et qu'elle avait fait valoir en 1367 par l'organe de son procureur d'office Jehan de l'Abbaye. Les habitants donnent à entendre que "nagaire ils avaient et ont de nouvel fermé et fortifié et emparé la dite ville et en icelle ont fait faire tours, portes et fossez tous nouviaux à leurs propres coulx et dépens" (Archives communales)

__________________________________________________________________________

(1)   Voir le dictionnaire historique du département de l'Aisne par Melleville.

 

23

 

Il existe un très curieux plan de Bruyères datant de la seconde moitié du XVIe siècle. On voit la ville avec sa ceinture de murailles, ses portes fortifiées, son église fortifiée (1)

Le sceau de la Commune de Bruyère est remarquable. Il représente un vigneron tenant d'une main une serpette de l'autre une grappe de raisin. Beaucoup de pièces des archives présentent ce curieux cachet. Depuis 1881, la ville de Bruyères a repris le vigneron armé de la serpette pour sceau communal.

Bruyères devenu Commune exposé continuellement aux entreprises de ruine des seigneurs voisins, se met sous la protection des rois de France. Et c'était un bien pour l'époque que l'alliance des rois avec la bourgeoisie car l'ennemi commun c'était la féodalité.

En retour de la protection accordée par les rois, les communes envoyaient leurs milices grossir l'armée royale. Bruyères montra en plusieurs occasions critiques son dévouement et sa reconnaissance à la royauté. Deux compagnies de milice de six vingts hommes se trouvaient à Bouvines en 1214. Elles étaient sous la bannière de Clarembaud de Chivres et jouèrent un rôle des plus honorables. Elles étaient à l'avant-garde avec les vassaux de St-Médard les troupes de Soissons, de Laon et de Vailly. Les gens de Soissons avaient la garde de l'oriflamme.

_________________________________________________________________________

(1) Voir ce plan dans la brochure de M. Ches Hidé

      L'école de garçons en possède aussi un.

 

24

 

La milice bruyéroise fit prisonniers six hommes de haute marque qu'elle remit aux

mains du roi (1)

Depuis cette mémorable preuve de fidélité à la cause royale, Bruyères a toujours fourni à la convocation du ban de guerre six vingt hommes et trois charrettes. Ce n'est qu'après la réorganisation de l'armée par Charles VII, que la commune cessa d'envoyer la milice à la défense nationale, mais elle dut fournir un subside pour la taxe destinée à l'entretien de l'armée permanente.

En 1328, les Bruyèrois en assemblée générale, montrent à nouveau leur attachement à la royauté. La réunion décide "qu'elle fera de tout son pouvoir pour aider et réconforter le roy, son seigneur, envers et contre tous ses ennemis".

Et la ville envoie sa milice à Blanche de Castille contre les seigneurs soulevés (Archives Communales).

En 1303, la Commune de Bruyères prend part à la manifestation des premiers Etats généraux contre l'autorité abusive que les papes s'arrogeaient sur les biens temporels de France. Les communiers protestent particulièrement contre l'ingérence du pape dans les affaires de leur église, de la maladrerie et de l'Hôtel-Dieu. Il existe encore un acte scellé par lequel les bruyérois en appellent au futur concile de la violation de leurs droits par le pape.

Un deuxième acte scellé contient la procuration de la commune à ses mandataires aux Etats Généraux. L'acte relate qu'il n'y a en France aucun pouvoir au dessus du roy:

En 1322, Bruyères adresse au Roy une humble mais prestante supplique sur l'immutabilité de la monnaie.

___________________________________________________________________________

(1)   D'après M. Melleville six prisonniers de marque auraient au contraire été remis aux Bruyèrois comme part de butin.

 

25

 

Voici venir le temps des épreuves pour la commune de Bruyères. Elle supporte tous les maux annoncés par la guerre de Cent Ans. Elle fournit le ban et l'arrière-ban de sa milice ; elle est désolée par la peste, par la famine ; les dépenses sont énormes : la ville peut à grand peine subvenir aux charges communales ; elle emprunte pour la reconstruction et l'augmentation de ses défenses, murailles, tours, fossés, etc. Elle est menacée par les Anglais, les routiers, les jacques.

Bruyères en 1346 avait envoyé é a l'ost du Roy" 29 hommes a pied et bien équipés et 2 hommes d'armes en complet équipage. Combien vinrent raconter à leurs famille le désastre de Crecy !

L'historien Froissart à raconté les misères du pays après Crécy et Poitiers. "Entre Laon et Reims se trouvaient autres pillards et rodeurs qui rençonnaient tou le païs de la entour ; et estait la souveraine garnison de ces pillards Vailly. Et estaient bien dedans six cent combattants. Estait leur capitaine Rabigois de Dury, anglais et les payoir si bien, que tous les servaient volontiers. Li avait un Compagon a perte et à gaigne qui était appelé Robin Lescot, lequel par les fêtes de Noël alla gaigner le fort chastel de Roucy et toutes les gens et toutes les pourveances qui estoient fort grandes et pris la ville garnison qui greva beaucoup le païs de la entour."

En 1358, Bruyères qui avait déjà repoussé un assaut des Navarrais de Vailly, fut pris et

 

26

 

saccagé (1)

Froissart dit encore : "Il courrait si grande famine en France, pour cause que depuis trois ans, on n'avait pas labouré dans le plein païs que si les bleds du Hainaut ne fussent venus, les gens fussent morts de faim en Vermandois et en l'evesché de Laon."

Malgré toutes ces misères, il fallait néanmoins que la commune fournit aux impôts nouveaux pour faits de guerre. Elle obtint à plusieurs reprises en raison de ses services et de sa fidélité ainsi que des malheurs qui l'avaient éprouvée soit une réduction de l'impôt, soit la remise totale. Charles V en 1365 remet aux bourgeois de Bruyères les deniers d'impôts, en considération "des grand pertes et domaiges que ses bien asser de la ville de Bruyères, ville fermée, ont soubstenu par le fait des guerres du roïaume et pour les bons et agréables services qu'ils ont fait à feu son cher seigneur et père et à luy en la garde de la ville afin de les astreindre encore d'avantage en vray amour et obéissance e a la condition formelle d'employer l'argent de la remise d'impôt à la réparation des fortifications d'icelle ville" (Archives communales)

En 1373, Bruyères une fois encore est pris par les Anglais commandés par le duc de Lancastre (2). Les habitants résistèrent d'abord ; mais refoulés dans l'enceinte du petit fort, ils ne purent se retrouner ni se défendre tant était grande l'affluence des paysans

________________________________________________________________________

(1) Voir le dictionnaire historique de Melleville

(2)   Voir le même M. Melleville dit : "Navarrais de Vailly"

 

27

 

accourus du dehors. Les Anglais pillèrent les maisons, maltraitèrent beaucoup la population (1).

Les années qui suivirent furent moins malheureuses. La Commune repris sa vie de travail et continua sagement le développement de ses institutions.

Mais en 1411, les guerres civiles entre le parti d'Orléans et celui de Bourgogne ramenèrent la ruine et la misère dans la ville de Bruyère.

La population souffrit ; elle resta fidèle au parti d'Orléans ; la ville fut prise et reprise par les Bourguignons (2). C'est à cette époque agitée que les Bruyèrois ont commencé à porter le surnom de Leups. Les paysans de Laonnois avaient formé un parti armé sous le nom de "enfans du Roy". Les Bruyerois ne furent pas les derniers ni les moins ardents ) se venger des traitres et des oppresseurs. Une de ces corporations militaires s'appelait "les Leups". Le nom, très honorable est resté dans la suite aux bourgeois de Bruyères. (3)

Ce n'est qu'en 1435 que Philippe le Bon, duc de Bourgogne rendit Bruyères au roi de France 'en échange d'Aulnois et Ham".

________________________________________________________________________

(1) M. Mellevile à propos de cet événement qu'il impute aux Navarrais ajoute "qui brulée déjà par eux en 1359, elle le fut encore cette fois (1373)

(2) En 1433 (d'après M. Melleville)

(3) D'après M. Charles Hidé et le Cartulaire du Chap de N.-D de Laon, "les membres de la milice de Bruyères auraient pris le nom de Leups dès l'établissement de la commune (1130). Ils se montrèrent si redoutables aux ennemis de la commune que le nom de Loups est resté aux habitants. D'après la tradition, le caractère de ceux-ci était violent et indomptable ; aussi les collecteurs de taxes y couraient grands dangers. Le chapitre de Laon les nommait d'office parme les chanoines, a la pluralité des voix et leur accordait une forte indemnité. Elle était de 20 livres parisis (520f) pour Bruyères et de cent sols laonisiens (65f) seulement pour Laon et les alentours. Un Simon de Vendeuil était chargé de percevoir la taxe à Bruyères en 1182.

Voir aussi mandement et publication de la franchise des Leups, XIIIe siècle (Archives communales)

 

28

 

La Hire et Haintrailles à cette époque ont longtemps combattu les Anglais dans les environs de Montaigu dont le château fort leur servit de refuge et de place d'armes.

En 1475 sur la réquisition du roi Louis XI marchant vers la Somme contre les Anglais, Bruyères et Laon sont imposés a fournir 3 chevaux, 2 charios et 2 charrettes pour le transport de l'artillerie du roi.

Un peu plus tard en 1484 la commune envoie à Blois six députés aux Etats Généraux.

A la date de 1534 se trouve dans les archives communales un titre rappelant les luttes incessantes qu'avait soutenu la commune pour maintenir ses libertés.

Adrien Dartois, A. Petitzeau et J. Flamant de Parfondru animés d'un sentiment de haine et de jalousie contre les habitants de Bruyères, attaquent à l'improviste le troupeau de la commune maltraitant les animaux et le pâtre, coupent méchamment les oreilles et la queue de deux vaches et font sonner le tocsin pour ameuter les gens de leur village qui s'arment de fourches et de bâton pour recevoir leurs voisins de Bruyères que le pâtre était allé prévenir. Les bruyèrois furieux veulent en venir aux mains ; mais Pierre Clément, maire leur adresse des conseils de prudence ; ils se rangent à son avis. Les perturbateurs furent cités devant le bailli de Vermandois

29

 

et condamnés à une assez forte amende.

Les Laonnois souffrir peu des guerres de rivalité entre François 1er et Charles Quint ; mais en revanche en 1547-1548 les reîtres allemands au service de Henri II, en garnison à Laon, pillent les villages et bourgs voisins, où ils jettent la désolation.

Selon Brantôme, ces mercenaires allemands "essoient marauts qui ne valaient rien qui faisoient des enchères, pilloient tout un païs, esgorgeaient et au bon fair ne combattaient pas et s'enfuioient com poltrons."

Le duc de Guise qui s'y entendait, disait qu'il fallait les renvoyer chez eux "bien estrillez par bons mousquetaires et harquebuziers, que c'étoit la saulce qui leur falloit "pour les dégouster des bons vivres et beaux esens de France."

Deux fais saillants marquent le période 1550-1560. L'assemblée générale tenue à Reims pour la rédaction des coutumes du Vermandois prend une décision par laquelle certaines villes de la province continuent a suivre les coutumes locales tandis que d'autres parmis lesquelles Bruyères suivent les coutumes générales.

En 1557 après la bataille de St Quentin, Laon et Bruyères sont occupés par les débris de l'armée vaincue. La solda____ mercenaire se livre aux plus terribles excès : pillage, vol, meurtre, viol, incendie. Les archives communales périssent dans les flammes. Le pays est dans la consternation. L'année suivante le roi Henri II indemnise en partie la commune de Bruyères des dommages causés par les gens de guerre.

La Réforme qui se propageait alors en France fur rejetée par les habitants de Bruyères fidèles à leurs

 

30

 

coutumes, a leur religion et a la royauté. Plusieurs seigneurs voisins au contraire adoptent les nouvelles croyances et s'en font les champions. Le château d'Aulnois était le centre des réunions protestantes.

Bruyères devait souffrir de sa fidélité aux traditions religieuses de ses pères. En 1567, les protestants allemands de Metz se dirigeant sur Paris sous les ordres du prince d'Orange s'emparent de Bruyères par escalade. Ce fut un sac affreux : l'église fut profanée la toiture de la nef incendiée, l'hôtel de ville pillé et les archives dispersées (1)

Les habitants valides aidèrent courageusement la milice dans la défense. Trois capitaines de quartier se firent tués a la tête de leur compagnie. Leur nom s'est conservé jusqu'à nous, ce sont : Adam Pelletier, Nicolas Garer et Nicolas Gallois. Les femmes, les enfants, les vieillards, cachés dans les caves furent découverts et en partie égorgés. Le doyen de l'église fur torturé et périt dans le supplice. On voit encore actuellement dans l'église quelques restes de peintures murales qui retracent ces terribles évènements.

La commune ne put rétablir son église avec ses propres deniers : elle était ruinée. Les chapitre de Laon lui fit un don gracieux de 100 livres tournois et de 12 gros arbres.

Le roi Charles IX accorda quelques nouveaux privilèges : reconnaissance de trois foires franches accordées par ses prédécesseurs et de trois autres foires pendant lesquelles les marchands étaient exemptés des droits de dixième et vingtième.

__________________________________________________________________________

(1) Voir dictionnaire de Melleville. M. Melleville dit que la ville fut incendiée

Les traces de cet incendie se voient encore sous les combles de l'église

 

 

31

 

Grâce a son esprit d'ordre et de travail, la population bruyèroise répara vite les malheurs de 1567. Mais d'autres maux lui étaient encore réservés. La peste, en 1580 fit de tels ravages à Laon que les habitants fuyaient la ville et se fixaient aux alentours.

Le présidial transféra ses séances à Bruyères.

Sur la demande  de Henri III il s'établit dans toutes les bonnes villes royales des processions à travers chaps. L'on portait le Saint Sacrement, les châles des saints. Les hommes, les femmes, les enfants marchaient en bon ordre, nu-pieds, tenant en mains des chapelets, des crucifix, des cierges.

Dès 1585, les Bruyèrois furent sollicités d'adhérer à la ligue ; ils refusèrent courageusement. Ils souffrirent de nouveau des luttes politiques et religieuses. Laon fut occupé par Balagny, lieutenant du duc de Guise. A l'instigation d'un des chanoines ligueurs, Bruyères fut attaqué. Il reçut garnison des ligueurs. Plus d'un fois les troupes royalistes eurent le dessus et délivrèrent la ville ; mais Laon resta aux mains des ligueurs et les villes voisines eurent ) souffrir de leurs vexations exactions et pillages.

Tout le pays Laonnois fut ravagé ; la misère devint générale comme au temps des grandes Compagnies. Les marchands n'osaient plus fréquenter les foires ; les campagne étaient infestées de brigands qui commettaient d'atroces cruautés.

Ce triste état de choses ne prie fin qu'a la soumission de Laon au Roy Henri IV. Le Béarnais vint en personne en faire le siège. Son armée comptait 15 000 hommes. Une partie des troupes royales occupa

 

32

 

Bruyères. Le roi y avait son quartier général. La maison qui eut l'honneur de l'abriter existe encor aujourd'hui.

Laon fut pris.

Henri IV touché des bons services et du bon accueil de la population de Bruyères fit une distinction flatteuse aux délégués bruyerois a la séance générale qui se tint ensuite à Laon. En ouvrant la séance le roi dit: "Messieurs de Bruyères, assis ; gens de Laon, debout."

Avec son tact habituel le Béarnais payait d'un mot flatteur la fidélité des Bruyèrios en même temps qu'il punissait l'arrogance et la mauvaise foi des Ligueurs de Laon.

Bruyères eut ensuite cinquante années de paix et de calme relatif. Il fut néanmoins encore éprouvé par la peste.

Vers 1650, pendant les misères générales de la Fronde, il fut en butte aux pillages des Espagnols. Chaque année, il dut payer une forte somme d'argent pour se redimer des ravages et entreprises des Espagnols de Rocroy.

La commune s'appauvrit, elle s'endette. Elle ne pouvait plus vivre de ses propres forces et avec ses seules ressources. Elle vendit alors sa seigneurie au comte d'Estrées. Mais dix ans plus tard, l'aisance étant revenue les habitants se repentirent de s'être donné un maître et rachetèrent leur seigneurie. Les coutumes autorisaient les vendeurs à racheter les droits délaissés. Bruyères eut ensuite un gouvernement royal, mais il conserva ses privilèges intacts.

 

 

33

 

En 1757 le 25 Août, eut lieu à Bruyères l'inauguration d'un cadran solaire monumental élevé sur la poterne du Petit Fort donnant sur la place. L'effigie de Louis XV surmontait la construction, et une inscription marquait l'origine et la cause de ce monument. Elle était ainsi conçue :

Ludovics XV

Saluté patrix redivivo

Signus hox amoris

Bruyeriendis cives

Posuerunt

Anno MDCCLVII

Die auguste XXV

On voyait encore en 1838 un débris de la statue que les habitants appelaient la Déesse. La poterne était alors si délabrée que M. Pourrier juge de paix en demanda la démolition.

Un document curieux établit qu'a la date de 1773 Françios Dorigny, laboureur a Bruyères avait en conformité des Edits et déclaration du Roy en date du 13 août 1766 défriché environ 20 arpents de terres incultes. En 17773, l'assemblée générale des habitants autorise Dorigny et ses heritiers à conserver la jouissance perpétuelle de ces terrains mis en culture à la condition de payer au domaine de la ville une rente annuelle de 5 livres. Ces terrains étaient situés sur la montagne des Gueules. Dorigny et Nicole Vaillant, sa femme, agréent toues les charges, clauses et conditions de cet abandon et affichent tous leurs biens présents et à venir solidairement au payement de la rente.

Jusqu'à la Révolution la petite ville eut à

 

34

 

lutter contre les attaques incessantes de hauts seigneurs voisins : le baron de la Bove, puis la duchesse de Narbonne qui revendiquaient des droits sur la marie de Chérêt, dépendant de Bruyères.

Le procès, après bien des frais inutiles, prie fin le 4 août 1789 par suite de la loi d'abolition des droits et privilèges seigneuriaux ou communiers.

Il y eut beaucoup d'agitation à Bruyères au début de 1789. La municipalité réclama énergiquement le payement du rachat des droits communiers. D'autre part, les idées d'égalité de liberté faisaient leur chemin. Mais en somme la plus grande partie de la population était d'opinion modérée. Voici le procès-verbal de la formation de la garde nationale de Bruyères.

"Cejourd'hui 18 avril 1790, vers les trois heures de relevée, l'assemblée générale du corps des habitants de la ville de Bruyères tenue et convoquée en la manière accoutumée en l'Hôtel de Ville audit lieu pardevant nous, Rémy Chédeville, Maire, Louis Lhôte, Nicolas Varler, François Pillez, Pierre Antoine Dain, Pierre Lemoine membres de la municipalité ; et assistés de François Retraint, Joseph Leston, Louis Aubert, François Chédeville, Louis Petit, Jérôme Brider, Etienne Bavry, Antoine Antoine, Claude Dorigny, Jean Baptiste Bergé et Louis Simon, François Dorigny notables composant le conseil général de la dite municipalité et de Louis antoine notre secrétaire greffier ordinaire.

Sous se qui nous a été représenté par le dit ___ "Antoine Dain, membre de la municipalité, faisant

 

35

 

les fonctions de procureur substitut pour  de par nous commis en l'absence du procureur ordinaire que pour se conformer aux vœux des décrets de l'Assemblée nationale sanctionnes par le Roy, qui enjoignant aux officiers de chaque municipalité du royaume de veiller au bon ordre a la police et sûreté publique de leur endroit et de faire exécuter exactement les dits décrets et y satisfaire, et en même temps de mettre à l'unis son de toutes les villes, bourgs et villages du dit royaume, il serait nécessaire pour y parvenir avec d'autant plus de facilité de former et établir une compagnie de milice bourgeoise sous le titre : Garde Nationale ; surquoy ayant été délibéré après avoir ouï et entendu le corps des dits habitants présents et pour cet effet assemblés et de leur consentement unanime et volontaire faisant droit en accordance acte des dires et réquisitions de toutes les parties, avons décidé qu'il serait sur le champs procédé à la nomination, formation et établissement des officiers principaux et un chef de la dite Compagnie, a la pluralité des voix et suffrages de tous les citoyens, desquels nous avons reçu le serment par eux prété de bien et fidèlement faire choix de personnes les plus dignes d'entre eux de remplir et exercer les fonctions politiques et militaires qui pour le résultat de majorité des voix et suffrages ont été nommés et choisis, seavoir ;

les sieurs

Pierre Duchemin, Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis pour major et commandant général ;

Nicolas Sigisbert Lecomte pour aide major et capitaine en chef ;

Jacques Buvry lieutenant ;

 

36

 

Charles Emmanuel Vassaule, pour quartier maître trésorier de la dite compagnie ;

Remy Beaudoin, sous lieutenant ;

Jean Louis Lhôte fils porte étendard ;

Charles Jouand sergent major ;

Prosper Mailfert; Nicolas Dorigny, Emmanuel Chédeville, sergents ;

Charlemagne Louvrier, Claude Noulet, Nicolas Desharbes, Honoré Delabarre, caporaux ;

Nicolas Chédeville, Louis François Philibert Salomon, tambours ;

M. Floque vicaire de Bruyères aumônier ;

M. Camatte chirurgien major ;

Joseph Delabarre armurier

Joseph Leroy, frater ;

Antoine Bottier, cordonnier ;

François Houde fils tailleur ;

Louis Dussossois, boucher

Qui ont volontairement demandé les dites charges ; Desquels nous avons pris et reçu le serment etc …."

La compagnie outre les officiers, sous-officiers et employés, comptait 50 fusiliers. Au registre on trouve 80 signatures au bas de la délibération.

Le Corps de ville délibéra ensuite sur l'armement de la Compagnie. La ville prie à sa charge les dépenses et député deux citoyens ) Charleville pour acheter les fusils, baïonnettes, épées etc. Les deux envoyés, Louis Antoine et Charles Jouard reçurent 43 livres pour frais de voyage.

Par décret de l'Assemblée constituante, Vorges et Chérêt formèrent des communes distinctes.

La lettre suivante laisse croire que la municipalité de Vorges était fière de ses nouvelles prérogatives. "L'objet de la lette que je me suis fait l'honneur de vous écrire ce matin n'était pas pour que vous nous rappeliez avec humeur que votre commune était dissoute de la nôtre. Cette réponse sent parfaitement la mauvaise humeur. Ce n'est pas dans ses

 

 

37

 

circonstances semblables qu'il faut mette en avant de pareils motifs. Il paraît que vous doutez de la lettre du procureur syndic. Je vous l'envoye ci jointe. Vous verrez que nous ne devons pas nous adresser à tout le Canton, mais seulement à Vorges et Chérêt. C'est par esprit de conciliation que je me suis fait l'honneur de vous inviter a venir vous concerter avec nous. Vous devez n'y voir aucun, ordre d'autorité. Si nous eussions pu quitter notre Chambre commune où nous sommes forcé de rester, nous nous serions transporté chez vous aussitôt la réception de la lettre du syndic. Si, comme on nous l'annonce, nous manquons de logements vous voudrez bien recevoir les volontaires que nous vous enverrons. Cependant vous auriez mieux fait de faire une petite contribution pour venir au secours de vos concitoyens de Bruyères, que vous regardez comme étrangers tandis que vous devriez les regarder comme des frères. Dans tous les temps, il faut de l'union entre les communes, principalement dans les circonstances actuelles. Dans cela vous réfléchirez Messieurs, nous vous invitons.

Nous sommes très parfaitement, Messieurs, vos frères et amis … "

Dans le courant de 1792, il y eut a Bruyères de grands rassemblements d'habitants des communes voisines qui se coalisèrent pour refuser l'impôt. Ces réunions deviennent menaçantes. Les premières sommations de se retirer étant insuffisantes, l'autorité supérieure est obligée d'appeler de La Fère  et de Laon deux compagnies d'artillerie. Ces troupes

 

 

38

 

font leur entrée sabre nu et mèche allumée. Leur présence calme subitement ces troubles qui dégénéraient en une véritable insurrection.

Depuis le 4 août 1789, le Conseil général de Bruyères avait plusieurs fois réclamé le remboursement de ses droits de lots et ventes. Une nouvelle et énergique réclamation eut lieu en 1792. En voici le texte:

Lettre du 20 Mars - Les administrateurs du directoire au district de Laon.

"Le conseil général de la commune de Bruyères a l'honneur de vous représenter que le 15 novembre dernier, il vous a mis sous les yeux une pétition relative aux remboursements dus par la Nation sur la vente des biens nationaux. Les grands travaux de l'administration sur les impositions ont sans doute écarté votre attention de cet objet. Quelques administrateurs nous ont dit qu'il fallait joindre à notre pétition des pièces justificatives. Nous remettons de nouveau sous vos yeux que la commune jouit depuis près de cinq siècles et a exercé dans l'étendue du territoire de Bruyères, Vorges, Chérêt et Valbon tous les actes de féodalité et de juridiction ; qu'elle percevait les lots et ventes ; qu'elle investissait les nouveaux acquéreurs, qu'elle nantissait les créanciers ; publiait le ban de vendange, imposait les redevances pour cours d'eau, jouissait du droit de chasse, faisait procéder à l'apposition des scellés, aux inventaires, à la vente des meubles, a l'adjudication des immeubles, a la nomination des tuteurs, a l'emprisonnement et a la punition des criminels. C'est la commune de Bruyères qui,

 

39

 

dans une assemblée tenue tous les ans le lendemain de la Pentecôte nommait avant la Révolution les officiers de Vorges, Chérêt et Bruyères.

Pièces existantes en parchemins dans nos Archives et imprimées depuis cinq ans pour le procès que nous avons eu a soutenir contre la Duchesse de Narbonne :

            En 1170 Hector d'Aulnoy a concédé aux habitants de Bruyères la justice de Parfondru.

            En 1339, Laurent sire de Parfondru (suit le détail)

            En 1269, Clarembau de Chivres, etc …

            En 1285, Demoiselle Joye de Bruyères, etc…

            En 1289, Arnoult dit Marandieu, etc…

            En 1294, Philippe le Bel a amorti les acquisitions, etc…

Nous croyons inutile de faire ici un plus grand détail sur les réquisition postérieures a 1289.

Les titres des unes existent encore ; les titres des autres ont péri par les ravages des saccagements et les incendies auxquels la ville de Bruyères a été exposée dans les guerres civiles ; ils ont été constatés par une information de 1558 et par des lettres patentes de 1571 et 1583. Nous nous bornerons a vous représenter que notre commune a acquis successivement tous les droits seigneuriaux surtout son territoire. Qu'elle en a joui paisiblement jusqu'en 1661 ; qu'en sieur d'Estrées, lieutenant général des armées du Roy avait obtenu des lettres patentes confirmatives d'un prétendu contrat de vente qu'il s'était fait faire on ne sait par qui ni comment des Seigneurs de Bruyères, Vorges et Chérêt. Malgré la facilité avec laquelle on commettait

 

40

 

des injustices sous l'ancien régime, notre commune eut l'avantage en payant de ne plus être troublée dans ses possessions par le comte d'Estrées.

            Nous osons croire, Messieurs, qu'avec des titres semblables on ne peut point nous contester les droits que nous réclamons, et puisque l'Assemblée Nationale a décrété l'affranchissement des biens nationaux de tout droit quelconque ; qu'elle demeure responsable du rachat des dits droits suivant les règles présentes et dans le cas déterminée par les lettres patentes du Roy sur le décret du 8 May 1790, le rachat doit se faire des premiers deniers des ventes, article 7 des lettres patentes du 17 mai sur le décret du 14 du même mois. La suppression de ces droits, ceux de nos franchises nécessitent cette réclamation. Les dépenses que nous faisons pour réparer notre ville en entier sont un puissant motif pour vous déterminer a songer sérieusement a la position dans laquelle nous nous trouvons."

Suivent les signatures des officiers municipaux.

Pendant l'année 1793, d'importantes collectes furent faites à Bruyères en faveur des familles pauvres des volontaires partis pour la défense de la patrie.

Une note de 1329 livres 11 sous montant des sommes payées à 14 familles existe aux archives de la commune.

            Les évènements politiques et militaires de 1793 eurent leur contre-coups à Bruyères. Les amis de l'humanité , comme s'appelaient les patriotes de Bruyères, brisent les trois grosses cloches de l'église,

41

 

livrent aux flammes six grands tableaux représentant la Passion (On voit encore les crochets de suspension dans la nef principale), abattent la croix de fer qui surmontait le clocher et réclament avec insistance l'autorisation de démolir les trois absides de l'église.

            Le mobilier de la fabrique et des confréries est mis au pillage. On danse dans l'église ; on mutile les statues des saints ; on brise les verrières.

            Puis l'église fut convertie en écurie ; elle devint caserne de cavalerie.

            Des excès furent aussi commis contre la propriété. Le bois de Corneille est dévasté par les habitants de Bruyères et des villages voisins. Ce domaine étant confisqué par la Nation, il en coûta 900 livres d'indemnité à Bruyères.

            Le château de la Bove et celui de Parfondru sont a peu près dévalisés. Il y a 30 ans, on pouvait encore voir chez différents particuliers de Bruyères de splendides meubles provenant de la Bove. Les brocanteurs en ont fait profit. M. Charles Hidé, de la société académique de Laon, qui a glané après eux en a meublé sa maison du haut en bas. Le 12 septembre 1793, 1200 Laonnoir et 40 Bruyèrois se portent sur Guise au devant de l'armée ennemie qui menaçait cette place et Vervnis. Leurs rangs se grossissent le long de la route et c'est une véritable armée qui arrive à Guise.

            Cette levée en masse eut pour résultat de sauver le pays des partis de coureurs ennemis.

Les volontaires rentrèrent ensuite dans leurs foyers.

42

 

Enfin de 1793, le blé est très cher ; l'année suivante la disette est extrème.

Après cette date, on ne trouve plus trace de documents importants.

Un seul registre de délibération de l'an 9 a 1815 subsiste et ne présente aucun fait saillant.

Il convient de noter cependant six enrôlements volontaires pour le 4e Régiment hussards ) la date du 19 avril 1815. Les jeunes gens de Bruyères n'avaient par perdu confiance dans l'avenir du premier empire qui pourtant allait s'écrouler pour la deuxième fois à Waterloo.

Depuis, Bruyères a vécu de la vie nationale, fêtant avec éclat les triomphes de la Patrie, pleurant ses malheurs et supportant toujours avec courage et énergie sa part des dangers et maux.

Aujourd'hui, Bruyères se souvient que sous la royauté, pendant cinq siècles, il a vécu de la vie démocratique. Aussi est il fermement et sagement républicain. Du reste, les Bruyèrois ne sont-ils pas ceux que Henri IV a nommés les Messieurs de Bruyères ?

____________

 

2/ Personnages célèbres auxquels elle a donné naissance, qui l'ont habitée ou qui y ont été inhumés.

Bodin d'Angers, conseiller au presidial de Laon, se retirait volontiers à Bruyères ou il avait une maison de campagne (1570-1590). Il reste avéré que c'est au milieu de cette vaillante démocratie que ce publiciste a composé son livre "De la Républiqueé. Il ne pouvait certes s'inspirer à meilleure source.

43

 

Bruyères a donné naissance en 1728 à Olivier Antoine Harent, mort le 20 janvier 1818 à Martigny.

Harent fut longtemps précepteur au château de la Bove chez la duchesse de Narbonne.

Harent a laissé une grammaire française et une tragédie inédite "Crispus". Le journal de l'Aisne en a donné un compte rendu très étendu. Plusieurs morceaux sont remarquables. On reproche à cette tragédie de trop rappeler la chèvre de Racine.

De nos jours, le littérateur Arsène Houssaye président de la Société des gens de lettres, a vu le jout ) Bruyères (1814), qu'il revient habiter chaque année pendant la belle saison.

Son frère, Edouard Houssaye, ancien journaliste fondateur du "Courrier de l'Aisne" agronome distingué habite la ferme de Montbérault.

Une des nobles victimes de la guerre de 1870-1871 repose dans le cimetière de la commune : le général Thévenin d'Hame, comandant de la place de Laon en 1870 et victime de l'explosion de la citadelle (1)

(1) Sa veuve habite toujours Bruyères.

 

3/ Pierres, roches et grottes consacrées par une croyance populaire

On a retrouvé sur les pentes du mont Pigeon, et de la colline des Gueules d'anciennes grottes. Elles sont maintenant à peu près disparues. On y a rencontré des silex taillés et polis.

 

4/ Voies gauloises et voies romaines

Il existe encore des traces de l'ancienne voie gauloise dite "chemin de barbarie". Elle passait dans le fossé nord du retranchement de Montbérault et pénétrer dans Bruyères par les Romerets (lieu dit) pour se diriger sur Laon. Elle suivait la droite de la route actuelle vers Ardon en traversant les bois de la Moncelle. Cette voie fut ensuite réparée par les Romains, puis s'appela chemin de Ste Salabage

 

44

 

Elle entrait à Laon par la poterne d'Ardon.

Cette voie partant de Reims, passait à Thil, Villers, Frauqueux, Cormicy, Cheneux, Bouconville, Bièvres, Chérêt, Bruyères et Ardon.

 

5/ Existe-t-il quelque lieu portant le souvenir d'un champ de bataille ?

Néant.

 

6/ Trouve-t-on dans la commune d'anciens monuments remarquables, murailles très épaisses , statues ou fragments de figures en pierre ou en bronze ?

Quelques pans des anciennes murailles de Bruyères existent encore. Les portes monumentales ont été démolies en 1848. Les anciennes casemates proches des murailles servent aujourd'hui de celliers.

L'Hôtel de l'Ours, une maison sise au haut de la place, une autre située à la porte de Vorges, sont très anciennes. Ces deux dernières se disputent l'honneur d'avoir abrité Henri IV et Sully. Il s'y trouvait encore, il y a 30 ans, de curieuses mosaïques. Les archéologues ont butiné et il ne reste à voir maintenant que de belles cheminées monumentales.

Les restes du cadran solaire érigé en 1757 et le buste de Louis XV, qui le surmontait ont complètement disparu.

 

7/ A-t-on retrouvé un ancien cimetière ? Quel est l'âge des sculpteurs, quelles en sont leurs particularités ?

En 1864, M Ch Hidé, propriétaire à Bruyères fit la découverte entre Vorges et Bruyères, lieu dit "la croix Mathias" d'un cimetière mérovingien. On a recommencé  à fouiller aux mois d'octobre en et novembre 1884. On a trouvé des tombes en pierre, quelques unes ornementées, beaucoup d'ossements, quelques poteries assez bien conservées, des colliers de verroterie, des anneaux en cuivre, en argent et en or. Quelques couteaux des stylés en cuivre, en argent et en

or ornés de pierres précieuses.

45

 

L'église était fortifiée et entourée de murailles. Les espaces restés libres ont longtemps servi de cimetière.

Un autre cimetière a existé à gauche de la porte de Reims. Il ne reste rien de ces anciennes sépultures. Depuis plusieurs siècles déjà, on a bâti sur ces terrains. Le cimetière actuel est du siècle courant.

Vers la fin du siècle dernier il a été a plusieurs endroits découvert des monnaies et médailles romaines au milieu d'ossements.

A Montbérault, en 1770, découverte de tombes, poteries et monnaies romaines, vases et meules (Note de M. Brayer, Annuaire de l'Aisne 1826-1828).

 

8/ La commune possède-t-elle une ou plusieurs églises ?

Bruyères possède une seule église datant de la fin du XIe siècle. C'est un curieux monument à étudier. On y remarque de très interessantes sculptures, d'anciennes traces de peintures murales et une verrière anciennes (Voir la description de cet édifice dans un opuscule de M. Charles Hidé (1).

 

9/ Y a t-il dans la commune une ancienne abbaye ?Qu'en reste-t-il ?A quel ordre religieux appartenait-elle ?

Quelques couvents de femmes ont existé sur l'étendue de la commune de Bruyères : Vallon de St-Pierre, aujourd'hui disparu ; entre Bruyères et Chérêt se trouvait le couvent de Ste Anstrude, habité ensuite par les templiers, puis par les moines rouges.

___________________________________________________________________________

 

(1) Cette église, de style ogival est des XIe, XIIe et XIIIe siècles. Elle est très solidement bâtie et dans de grandes proportions ; elle est très correcte dans son ensemble et d'une élévation aussi hardie qu'élégante. Le transept est surtout très remarquable ; il se trouve terminé par deux magnifiques chapelles dont chaque voûte repose sur une élégante colonne en pierre. Le clocher carré servait de donjon, dans l'ancienne enceinte du Petit Fort. Il est très grand, d'une hauteur assez imposante ; il est surmonté d'une galerie ouverte au dessus de laquelle s'élève la couverture pyramidale très haute en ardoise, à base quadrangulaire mais terminée en faîtage assez en pointe. (Léon Barbier).

46

 

10/ Décrire les chapelles isolées.

Néant

 

11/ Hospice ou hôpital.

Dès les premiers temps de la commune, dans le XII siècle, un Hôtel bien fut établi à Bruyères. Il était tenu par des religieuses Bernardines. Il fut doté par les libéralisés de quelques personnes charitables. La commune fournissait un subside annuel. Cet édifice existe encore. Les ornements de la façade, le dessin du portail et des fenêtres indiquent l'architecture de la fin du XIIe siècle.

L'Hôtel-Dieu de Bruyères fut supprimé par édit de Louis XIV (1). Les biens de l'établissement furent réunis à l'hospice de Laon ou la commune envoya des lors les malades. Pendant ce siècle, l'Hôtel-Dieu de Bruyères fut converti en fabrique de bonneterie.

 

12/ Y a-t-il une maladrerie ? Faire connaître les traditions qui s'y rattachent.

En même temps que l'Hôtel-Dieu s'élevait une léproserie non loin du cimetière actuel. Il ne paraît pas que le nombre de lépreux ait jamais été élevé. C'était la commune qui subvenait aux charges de nourriture et d'entretien des malheureux renfermés à la léproserie (Un procès du XIVe siècle en témoigne).

__________________________________________________________________________

(1) Cet édit est du 10 juin 1695. Il ordonna la réunion des biens de l'ancienne Maladrerie de Bruyères (tombée depuis longtemps en désuétude), qui avaient fait retour à l'Hôtel-Dieu de cette ville, à l'Hôtel-Dieu de Laon, à charges par celui-ci de recevoir les malades indigents de Bruyères, Vorges et Chérêt; D'après cartulaire des biens de l'Hôtel-Dieu dressé en 1704, d'après arpentage fait en ___ 1598 ces biens réunis étaient d'une contenance de 1267 verges 1/3 _______________ toujours de son droit. (L.B)

 

47

 

13° Dans le cimetière actuel signaler les calvaire, croix ou inscriptions curieuses.

Néant

 

14° Existe-t-il une fontaine visitée par les malades ? Nature des maux dont la guérison lui est attribuée. Souvenirs et légendes qui se rattachent à cette fontaine.

Bruyères possède une fontaine minérale de tout temps réputée pour guérir "les enfloures et mauls de gorge" et pour fortifier les tempéremments faibles. De très ancienne date, elle était visitée par les habitants d'alentour. Les eaux en sont sulfureuses (1). La tradition veut que Blanche de Castille, vers 1250 soit venu faire une cure ) cette fontaine et qu'elle retourna guérie à Paris.

 

15° S'il existe un arbre célèbre, faire connaître son origine et sa légende.

Néant

 

16° S'il existe un ancien château dire s'il est fortifié ; en donner les dimensions, la description, l'histoire. Rapporter les traditions populaires qui s'y rattachent.

Néant

 

17° Faire l'inventaire des documents historiques de toute nature qui se trouvent dans les Archives Communales, paroissiales, dans les notariats ou chez les particuliers.

Archives communales  Bruyères possède dans ses Archives de précieux documents ; malheureusement les collectionneurs, les archéologues ont depuis une cinquantaine d'années, enlevé de la mairie nombre de parchemins curieux et importants.

Voici la liste des parchemins existants;

  1. Copie de la charte de Louis VI
  2. Charte de confirmation de Philippe Auguste et de Charles IX

 

____________________________________________________________________

(1) Il paraît que les eaux d'une seconde source (ferrugineuse ont été ajoutées à celles de l'ancienne fontaine dans le courant de ce siècle ; mais très certainement le soufre domine sur le fer (L. B.)

48

 

3° Charte de Charles V portant privilèges et foires ;

4° Lettres royaux de Henri II et Henri III accordant indemnités ;

5° Titres concernant la léproserie et l'Hôtel-Dieu ;

6° Nombreux procès verbaux d'élections municipales ;

7° Nombreuses pièces d'administration et comptabilité ;

8° Pièces judiciaires (jugements des maires juges) ;

9° Procès de la duchesse de Narbonne ;

10° Liste des maires et jurés (complète, Registre )

11° Un registre de délibérations municipales (1789-1790)

12° Un registre de délibérations municipales (1801-1815)

13° Pièces diverses.

Les plus anciens parchemins portent de larges cachets de cire très curieux (1)

Archives paroissiales Les archives de l'église renferment les actes de donations, libéralités et les noms des curés. Elles sont peu intéressantes.

Notaire Le notariat conserve également de très vieux titres de propriété, de ventes de biens communaux etc …. Avec les noms des notaires royaux.

Particuliers Enfin quelques particuliers conservent des pièces rares complétant les archives communales ; en première ligne, M. Charles Hidé.

M. Roussel, ancien greffier de la Mairie avait fait un relevé vers 1820 des documents des archives. Son livre est perdu ou tout au moins disparu.

 

18° Les écoles : leur ordre d'enseignement ; sont-elles ecclésiastiques ou laïques ? Date de leur fondation, nombre d'élèves, description des bâtiments. Historique de l'instruction dans la commune.

Bruyères possède actuellement deux écoles primaires un pour les garçons, dirigée par un instituteur laïque ; l'autre pour les filles, dirigée par des religieuses de l'ordre de la Providence de Laon.

_____________________________________________________________________

(1) Ils pendent à l'extrémité d'un sorte d'écheveau de soie sont l'autre extrémité est scellée sur le parchemin (L.B.)

 

49

 

Enfin une école maternelle réunit les enfants des deux sexes jusqu'à 6 ans; Cette dernière école est de création récente (1874-1875) Elle a été transformée en 1887 en école enfantine. Les enfants y seront reçus à l'avenir jusqu'à 7 ans.

Aucune trace certaine des écoles ni des maîtres avant la Révolution n'a été trouvée. Un seul nom de maître d'école figure dans les archives paroissiales, celui de Jean-Pierre Marcq. La note porte reçu de 151 livres pour assistance aux obits et autres offices.

En 1791, MMes Cappy et Pilloy sœurs du couvent du Sauvoir, viennent s'établir ) Bruyères à titre d'institutrices libres.

M. Roussel fut instituteur laïque de 1807 à 1820, puis M. Chenu, M.Lefèvre. Mais il n'est relaté aucun renseignement sur leur traitement sur leurs charges.

L'école de garçons est installée dans un vieux bâtiment ayant autrefois servi de bergerie. Les murs en sont épais, bâtis en grès et pierres.

La salle de classe est bien aménagée et parfaitement éclairée. Le logement de l'instituteur est mal distribué, incommode. Une petite cour de 125 mètres carrés entouré d'un buanderie et des cabinets d'aisances ne suffit pas pour les jeux et les mouvements de la population de l'école.

L'école de filles est un peu mieux disposée, quoique établie également dans une ancienne maison.

 

50

 

La salle d'asile, toute récente, forme un élégant pavillon renfermant deux salles avec bans et gradins, qui sont très bien installées pour la commodité des enfants. Une cour par devant et une autre par derrière en font une école très confortable.

La population scolaire de 6 à 13 ans est du dixième de la population locale, soit 100 élèves des deux sexes ) répartir par moitié entre les deux écoles.

L'école maternelle reçoit 60 enfants des deux sexes de 2 à 6 ans (1)

____________________________________________________________________

(1) La répartition de ces nombre est maintenant quelque peu modifiée par suite de la transformation de l'école maternelle en classe enfantine (L.B.)

 

Manque page 51 et 52

53

 

6° Culture de toutes espèces

Les petits cultivateurs outre l'asperge, vivent encore de grandes ressources de la culture des haricots, pommes de terre, navets, oignons et autres légumes.

Tous ces produits trouvent un débouché facile et rémunérateur dans les marchés de la petite ville, celui de Laon  et dans l'exportation pour le Nord de la France et l'Angleterre.

 

7° Les défrichements

Néant

8° Biens communaux

Les biens communaux occupent une grande étendue, mais n'ont qu'une valeur médiocre (1). Ils occupent un terrain bas à sous-sol imperméable ; la couche arable est fournie en grande partie de terre de bruyère. De maigres pâturages couvrent ces terrains. En beaucoup d'endroits, les joncs et les bruyères empêchent toute autre végétation. Néanmoins en quelques endroits il a été possible de faire des plantations de peupliers, particulièrement le long des ruisseaux et des fossés d'écoulement. Ces arbres poussent bien et promettent de sérieux revenus à la commune.

____________________________________________________________________

(1) La superficie des biens communaux imposables est de 104 hectares 98 ares 65les ; leur revenu cadastral est de 966f,20. Ils consistent en prairies, bois et terres.

Les propriétés communales non imposables (sol de bâtiments communaux, cimetière, places publiques, jeu de paume etc… sont de 1 hectare 22 ares, 77les.

Le bureau de bienfaisance ou aumônerie possède 4 hectares 09 ares 28les de terres, près et bois dont le revenu cadastral est de 134f,55.

La fabrique de l'église possède 15 hectares 7 ares 63les de près, bois et terres d'un revenu cadastral e  393f,63 (L. Barbin)

54

 

9° Animaux domestiques.

Très approximativement, ils peuvent se chiffrer ainsi d'après la statistique agricole de 1887 :

  1. Chevaux (percherons et ardennais) ……………………….                       106
  2. Anes ………………………………………………………                          20
  3. Mulets …………………………………………………….                   1
  4. Bœufs (race nivernaise) …………………………………..                     32
  5. Vaches (vache rustique du pays)  …………………………                    130
  6. Moutons (race du pays et South-Down) ………………….                   600
  7. Porcs            ……………………………………………………..              105
  8. Abeilles (nombre de ruches) ………………………………                           35
  9. Les animaux nuisibles et les insectes sont à peu près les mêmes que tous ceux commun à la région nord de la France (L.B.)

 

10° La chasse et la pêche. Leur produits, conditions auxquelles elles sont soumises.

Seuls les communaux sont réservés. Chaque chasseur paye un droit de 10 f par an pour la durée de la chasse dans la pâture. Le lièvre, le lapin, la perdrix, la bécasse et la bécassine sont le gibier le plus ordinaire. C'est un revenu d'environ 250 f pour la commune.

La pêche est nulle (il n'y a pas de ruisseaux sur le territoire)

 

11° Sociétés agricoles, agences, comices, foires, marchés francs, abattoirs.

Point de sociétés agricoles, agences, comices ni abattoirs.

 

De temps immémorial, Bruyères compte trois foires annuelles (voir partie historique) qui se tiennent en octobre, février et mai. Elles sont bien déchues de leur importance d'autrefois. Les vins, les chanvres ont disparu du commerce local.

55

 

Néanmoins il se traite encore des affaires importantes sur les chevaux, vaches, porc, toiles étoffes de toutes sortes, etc ….

Un marché hebdomadaire se tient chaque vendredi sur la place de l'Hôtel de ville. On y vend : œufs, beurre, fromage, volailles, légumes, étoffes etc ….

 

12° Carrières, mines et minières.

Il n'existe plus de carrières sur le territoire de Bruyères. Autrefois, la roche du plateau de Montbérault a été exploitée.

On a retrouvé des carrières souterraines et d'autres existent encore à ciel ouvert.

 

13° Usines et manufactures : conditions des ouvriers

Cette commune est peu industrielle. On n'y trouve qu'une seule fabrique d'huile peu importante. Autrefois la bonneterie y était florissante.  Cette industrie à disparu de la localité depuis environ         ans.

 

(Fin)

______________________

 

Voir plan ci-inclus (page suivante)

Dressé par Léon Barbier.

 

______________________________

 

Léon Barbier

Instituteur public

Bruyères et Montbérault Avril-Mai 1888