BRUYERES ET MONTBERAULT
Monographie
Elaborée par Léon Barbin
Instituteur public en Avril -
Mai 1888
La monographie déposée aux
Archives de Laon commencent à la page 19 et il semble manquer les pages 51 et
52
19
Voici un curieux spécimen
des actes de vente en date du 12 novembre 1545:
"Comparu en sa
personne Antoine Bourgeois, demeurant à Bruyères âgé de vingt et un ans ou
environ usant de ses droits et recognut que pour son prouffiet faire pour soy
aller à l'escole à Paris, si comme il disait il avait par ces présentes bien
justement et légalement vendu, cédé, transporté, quiclé, délaissé "renoncé
dès maintenant à toujours à honeste homme "Jehan de May, tanneur à Laon,
une pièce de vigne….. Contenant 2 hommées ou environ ….. "moyennant la
somme de 46 livres tournois payées par le sir acheteur au sir vendeur en or et
argent compté et nombré en la présence de moy notaire et des témoins
soubscrits….. Duquel héritage le sir vendeur s'est aujourd'hui dévestu, démis
et désaisi par ?? fuct et baston, par devant ès mains de Jehan de l'Escluse,
maire de la ville et commune de Bruyère. Simon Lamy procureur d'office, et Lamber
Vieillar avant juré en ladite justice ; et du consentement du vendeur et par la
tradition d'un petit baston _____ vendeur en fut vestu, saisi et mis en saisine
; es ; pour ce faire reçurent les sous officiers leurs droits en tels cas
accoustumés etc … (1)
Le Maire, outre les soins
de la justice, veillait à l'entretien des murs, des rues, fontaines, monuments,
à la conservation des biens communaux et de ceux des établissements de
bienfaisance. Il avait le droit, avec l'assistance des jurés d'élèves des
fortifications, d'établir des taxes, de lever des impôts, de vendre, de
transiger au nom de la Commune (2)
_____________________________________________________________________
(1) Archives communales
voir aussi M. Ches Hidé par 9 et 10
(2) Voir Administration
et juridiction municipales
20
L'élection des magistrats
de la ville avait lieu chaque année le lendemain de la pentecôte. Les électeurs
formaient plusieurs collèges. Ceux de Bruyères se réunissaient dans quatre
quartiers : 1° Porte de Reims, 2° Porte d'Hommée (Commune Vorges), 3° Porte du
Marais, 4° Porte des Tilleuls. (1)
Les électeurs de Chérêt
et Vorges s'assemblaient dans leur village pour élire leurs jurés qui étaient
ordinairement de deux pour Chérêt et quatre pour Vorges (2)
Le jour de l'élection, le
mayeur en fin d'exercice assisté de plusieurs officiers municipaux se rendait à
l'assemblée générale des habitants de la Commune; le procureur fiscale faisait
publiquement la remontrance que de temps immémorial les habitants étaient en
droit de se rassembler au son de la cloche et avaient coutume de procéder le
lendemain de la Pentecôte à la nomination des mayeur, jurés et autres officiers
de la commune. Puis, le maire escorté du greffier du procureur et des sergents
se transportait dans les diverses sections au lieu où les communiers étaient
rassemblés. Il leur faisait prêter serment de procéder fidèlement au choix et à
la nomination des six jurés de leur quartier. (3)
Les jurés élus, ayant
prêté serment procédaient aussitôt par la voie du scrutin et billets clos à la
nomination du maire, de son lieutenant, de l'avant-juré de Vorges et de celui
de Chêret, du receveur, du greffier
_____________________________________________________________________
(1 et 2) Voir M. Ches
Hidé pages 1 et 6
(3)
D°
21
des maîtres de l'Eglise,
de l'Hôtel-Dieu, de la Maladrerie.
Ils nommaient ensuite les
sonneurs de cloches, les crieurs de vin et on relevait sur le registre le nom
des maîtres des corporations (1)
De 1130 à nos jours, on a
pu dresser exacte la liste de tous les maires ayant exercé cette charge à
Bruyères (2)
Un notaire royal donnait
l'authenticité à tous les actes civils des particuliers
A cette organisation
municipale, il faut ajouter le groupement de la population en corporations.
Entre autres, il y avait celles des maçons, des charpentiers, des boulangers,
des cordonniers, des tonneliers, des tisserand, des vignerons, etc…. Cette
dernière était la plus importante. Chaque corporation avait sa bannière, son
saint patron, sa fête, quelques-unes avaient des privilèges particuliers, mais
n'en jouissaient qu'en dehors de la Commune.
Il y eut de bonne heure
octroi par les rois de France de trois foires annuelles à Bruyères ; elles
étaient importantes (3). De nombreux marchands de la Flandre y vendaient des
toiles, des draps ; les gens du pays vendaient leur vin, leur chanvre. Une
grande halle couverte abritait la marchandise, vendeurs et acheteurs.
Bruyères, comme toutes
les villes du moyen âge eut une léproserie ou maladrerie. L'Hôtel-Dieu plus
tard, reçut indistinctement tous les pauvres malades. Ce dernier édifié au 13e
siècle existe encore. Les ruines
___________________________________________________________________________
(1) Voir M. Ches Hidé
pages 18
(2) Voir cette liste au
Registre spécial des Archives Communales et M. Ch Hidé p 22
(3) D'après Melleville
ces foires ont été accordées par Louis XIV en 1679. Ce n'était très
probablement qu'une confirmation de celles qui devaient exister.
22
informes de la Maladrerie
se voient au nord de la ville.
Bruyères fut une ville
fortifiée de très ancienne date. Dans l'origine, elle n'avait probablement
d'autre forteresse sérieuse que celle du Petit Fort dont la construction est
attribuée à Clarembaud de Foro, seigneur de Clacy, Bruyères, Barenton, maréchal
du Laonnois en 1094. Puis, l'église fut fortifiée. Vers 1357, la ville fut
entourée de murailles profondément fossoyées sur leur pourtour et flanquées de
plusieurs grosses tours. Le ru de Chérêt remplissait d'eau les fossés. (1)
Il est fait allusion de
ces défenses de place dans une supplique de 1363 "Iceulx habitants ont
souffert et soustenu moult de griefs assaulx en l'église en laquelle ils se
retirrent pour sauver eulx, leurs femmes et enfants …. Et leur ville susdite qui
était par avant deffermée et desclose ils ont fermé de fossés, portes, closé de
murs et de tours et tout a leur propres coulx et despands"
Les impôts de 1368 furent
employés " es réparations es fortification d'icelle ville" Il en est
encore question dans des lettres royaux de 1371 accordant remise de moitié des
aides en considération des sacrifices de la Commune et qu'elle avait fait
valoir en 1367 par l'organe de son procureur d'office Jehan de l'Abbaye. Les
habitants donnent à entendre que "nagaire ils avaient et ont de nouvel
fermé et fortifié et emparé la dite ville et en icelle ont fait faire tours,
portes et fossez tous nouviaux à leurs propres coulx et dépens" (Archives
communales)
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(1) Voir le dictionnaire historique du département de
l'Aisne par Melleville.
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Il existe un très curieux
plan de Bruyères datant de la seconde moitié du XVIe siècle. On voit la ville
avec sa ceinture de murailles, ses portes fortifiées, son église fortifiée (1)
Le sceau de la Commune de
Bruyère est remarquable. Il représente un vigneron tenant d'une main une
serpette de l'autre une grappe de raisin. Beaucoup de pièces des archives
présentent ce curieux cachet. Depuis 1881, la ville de Bruyères a repris le
vigneron armé de la serpette pour sceau communal.
Bruyères devenu Commune
exposé continuellement aux entreprises de ruine des seigneurs voisins, se met
sous la protection des rois de France. Et c'était un bien pour l'époque que
l'alliance des rois avec la bourgeoisie car l'ennemi commun c'était la
féodalité.
En retour de la
protection accordée par les rois, les communes envoyaient leurs milices grossir
l'armée royale. Bruyères montra en plusieurs occasions critiques son dévouement
et sa reconnaissance à la royauté. Deux compagnies de milice de six vingts
hommes se trouvaient à Bouvines en 1214. Elles étaient sous la bannière de
Clarembaud de Chivres et jouèrent un rôle des plus honorables. Elles étaient à
l'avant-garde avec les vassaux de St-Médard les troupes de Soissons, de Laon et
de Vailly. Les gens de Soissons avaient la garde de l'oriflamme.
_________________________________________________________________________
(1) Voir ce plan dans la
brochure de M. Ches Hidé
L'école de garçons en possède aussi un.
24
La milice bruyéroise fit
prisonniers six hommes de haute marque qu'elle remit aux
mains du roi (1)
Depuis cette mémorable
preuve de fidélité à la cause royale, Bruyères a toujours fourni à la
convocation du ban de guerre six vingt hommes et trois charrettes. Ce n'est
qu'après la réorganisation de l'armée par Charles VII, que la commune cessa
d'envoyer la milice à la défense nationale, mais elle dut fournir un subside
pour la taxe destinée à l'entretien de l'armée permanente.
En 1328, les Bruyèrois en
assemblée générale, montrent à nouveau leur attachement à la royauté. La
réunion décide "qu'elle fera de tout son pouvoir pour aider et réconforter
le roy, son seigneur, envers et contre tous ses ennemis".
Et la ville envoie sa
milice à Blanche de Castille contre les seigneurs soulevés (Archives
Communales).
En 1303, la Commune de
Bruyères prend part à la manifestation des premiers Etats généraux contre
l'autorité abusive que les papes s'arrogeaient sur les biens temporels de
France. Les communiers protestent particulièrement contre l'ingérence du pape
dans les affaires de leur église, de la maladrerie et de l'Hôtel-Dieu. Il
existe encore un acte scellé par lequel les bruyérois en appellent au futur
concile de la violation de leurs droits par le pape.
Un deuxième acte scellé
contient la procuration de la commune à ses mandataires aux Etats Généraux.
L'acte relate qu'il n'y a en France aucun pouvoir au dessus du roy:
En 1322, Bruyères adresse
au Roy une humble mais prestante supplique sur l'immutabilité de la monnaie.
___________________________________________________________________________
(1) D'après M. Melleville six prisonniers de marque
auraient au contraire été remis aux Bruyèrois comme part de butin.
25
Voici venir le temps des
épreuves pour la commune de Bruyères. Elle supporte tous les maux annoncés par
la guerre de Cent Ans. Elle fournit le ban et l'arrière-ban de sa milice ; elle
est désolée par la peste, par la famine ; les dépenses sont énormes : la ville
peut à grand peine subvenir aux charges communales ; elle emprunte pour la
reconstruction et l'augmentation de ses défenses, murailles, tours, fossés,
etc. Elle est menacée par les Anglais, les routiers, les jacques.
Bruyères en 1346 avait
envoyé é a l'ost du Roy" 29 hommes a pied et bien équipés et 2 hommes
d'armes en complet équipage. Combien vinrent raconter à leurs famille le
désastre de Crecy !
L'historien Froissart à
raconté les misères du pays après Crécy et Poitiers. "Entre Laon et Reims
se trouvaient autres pillards et rodeurs qui rençonnaient tou le païs de la
entour ; et estait la souveraine garnison de ces pillards Vailly. Et estaient
bien dedans six cent combattants. Estait leur capitaine Rabigois de Dury,
anglais et les payoir si bien, que tous les servaient volontiers. Li avait un
Compagon a perte et à gaigne qui était appelé Robin Lescot, lequel par les
fêtes de Noël alla gaigner le fort chastel de Roucy et toutes les gens et
toutes les pourveances qui estoient fort grandes et pris la ville garnison qui
greva beaucoup le païs de la entour."
En 1358, Bruyères qui
avait déjà repoussé un assaut des Navarrais de Vailly, fut pris et
26
saccagé (1)
Froissart dit encore :
"Il courrait si grande famine en France, pour cause que depuis trois ans,
on n'avait pas labouré dans le plein païs que si les bleds du Hainaut ne
fussent venus, les gens fussent morts de faim en Vermandois et en l'evesché de
Laon."
Malgré toutes ces
misères, il fallait néanmoins que la commune fournit aux impôts nouveaux pour
faits de guerre. Elle obtint à plusieurs reprises en raison de ses services et
de sa fidélité ainsi que des malheurs qui l'avaient éprouvée soit une réduction
de l'impôt, soit la remise totale. Charles V en 1365 remet aux bourgeois de
Bruyères les deniers d'impôts, en considération "des grand pertes et
domaiges que ses bien asser de la ville de Bruyères, ville fermée, ont
soubstenu par le fait des guerres du roïaume et pour les bons et agréables
services qu'ils ont fait à feu son cher seigneur et père et à luy en la garde
de la ville afin de les astreindre encore d'avantage en vray amour et
obéissance e a la condition formelle d'employer l'argent de la remise d'impôt à
la réparation des fortifications d'icelle ville" (Archives communales)
En 1373, Bruyères une
fois encore est pris par les Anglais commandés par le duc de Lancastre (2). Les
habitants résistèrent d'abord ; mais refoulés dans l'enceinte du petit fort,
ils ne purent se retrouner ni se défendre tant était grande l'affluence des
paysans
________________________________________________________________________
(1) Voir le dictionnaire
historique de Melleville
(2) Voir le même M. Melleville dit : "Navarrais
de Vailly"
27
accourus du dehors. Les
Anglais pillèrent les maisons, maltraitèrent beaucoup la population (1).
Les années qui suivirent
furent moins malheureuses. La Commune repris sa vie de travail et continua
sagement le développement de ses institutions.
Mais en 1411, les guerres
civiles entre le parti d'Orléans et celui de Bourgogne ramenèrent la ruine et
la misère dans la ville de Bruyère.
La population souffrit ;
elle resta fidèle au parti d'Orléans ; la ville fut prise et reprise par les
Bourguignons (2). C'est à cette époque agitée que les Bruyèrois ont commencé à
porter le surnom de Leups. Les paysans de Laonnois avaient formé un parti armé
sous le nom de "enfans du Roy". Les Bruyerois ne furent pas les
derniers ni les moins ardents ) se venger des traitres et des oppresseurs. Une
de ces corporations militaires s'appelait "les Leups". Le nom, très
honorable est resté dans la suite aux bourgeois de Bruyères. (3)
Ce n'est qu'en 1435 que
Philippe le Bon, duc de Bourgogne rendit Bruyères au roi de France 'en échange
d'Aulnois et Ham".
________________________________________________________________________
(1) M. Mellevile à propos
de cet événement qu'il impute aux Navarrais ajoute "qui brulée déjà par
eux en 1359, elle le fut encore cette fois (1373)
(2) En 1433 (d'après M.
Melleville)
(3) D'après M. Charles
Hidé et le Cartulaire du Chap de N.-D de Laon, "les membres de la milice
de Bruyères auraient pris le nom de Leups dès l'établissement de la commune
(1130). Ils se montrèrent si redoutables aux ennemis de la commune que le nom
de Loups est resté aux habitants. D'après la tradition, le caractère de ceux-ci
était violent et indomptable ; aussi les collecteurs de taxes y couraient
grands dangers. Le chapitre de Laon les nommait d'office parme les chanoines, a
la pluralité des voix et leur accordait une forte indemnité. Elle était de 20
livres parisis (520f) pour Bruyères et de cent sols laonisiens (65f) seulement
pour Laon et les alentours. Un Simon de Vendeuil était chargé de percevoir la
taxe à Bruyères en 1182.
Voir aussi mandement et
publication de la franchise des Leups, XIIIe siècle (Archives communales)
28
La Hire et Haintrailles à
cette époque ont longtemps combattu les Anglais dans les environs de Montaigu
dont le château fort leur servit de refuge et de place d'armes.
En 1475 sur la
réquisition du roi Louis XI marchant vers la Somme contre les Anglais, Bruyères
et Laon sont imposés a fournir 3 chevaux, 2 charios et 2 charrettes pour le
transport de l'artillerie du roi.
Un peu plus tard en 1484
la commune envoie à Blois six députés aux Etats Généraux.
A la date de 1534 se
trouve dans les archives communales un titre rappelant les luttes incessantes
qu'avait soutenu la commune pour maintenir ses libertés.
Adrien Dartois, A.
Petitzeau et J. Flamant de Parfondru animés d'un sentiment de haine et de
jalousie contre les habitants de Bruyères, attaquent à l'improviste le troupeau
de la commune maltraitant les animaux et le pâtre, coupent méchamment les
oreilles et la queue de deux vaches et font sonner le tocsin pour ameuter les
gens de leur village qui s'arment de fourches et de bâton pour recevoir leurs
voisins de Bruyères que le pâtre était allé prévenir. Les bruyèrois furieux
veulent en venir aux mains ; mais Pierre Clément, maire leur adresse des
conseils de prudence ; ils se rangent à son avis. Les perturbateurs furent
cités devant le bailli de Vermandois
29
et condamnés à une assez
forte amende.
Les Laonnois souffrir peu
des guerres de rivalité entre François 1er et Charles Quint ; mais en revanche
en 1547-1548 les reîtres allemands au service de Henri II, en garnison à Laon,
pillent les villages et bourgs voisins, où ils jettent la désolation.
Selon Brantôme, ces
mercenaires allemands "essoient marauts qui ne valaient rien qui faisoient
des enchères, pilloient tout un païs, esgorgeaient et au bon fair ne
combattaient pas et s'enfuioient com poltrons."
Le duc de Guise qui s'y
entendait, disait qu'il fallait les renvoyer chez eux "bien estrillez par
bons mousquetaires et harquebuziers, que c'étoit la saulce qui leur falloit
"pour les dégouster des bons vivres et beaux esens de France."
Deux fais saillants
marquent le période 1550-1560. L'assemblée générale tenue à Reims pour la
rédaction des coutumes du Vermandois prend une décision par laquelle certaines
villes de la province continuent a suivre les coutumes locales tandis que
d'autres parmis lesquelles Bruyères suivent les coutumes générales.
En 1557 après la bataille
de St Quentin, Laon et Bruyères sont occupés par les débris de l'armée vaincue.
La solda____ mercenaire se livre aux plus terribles excès : pillage, vol,
meurtre, viol, incendie. Les archives communales périssent dans les flammes. Le
pays est dans la consternation. L'année suivante le roi Henri II indemnise en
partie la commune de Bruyères des dommages causés par les gens de guerre.
La Réforme qui se
propageait alors en France fur rejetée par les habitants de Bruyères fidèles à
leurs
30
coutumes, a leur religion
et a la royauté. Plusieurs seigneurs voisins au contraire adoptent les
nouvelles croyances et s'en font les champions. Le château d'Aulnois était le
centre des réunions protestantes.
Bruyères devait souffrir de
sa fidélité aux traditions religieuses de ses pères. En 1567, les protestants
allemands de Metz se dirigeant sur Paris sous les ordres du prince d'Orange
s'emparent de Bruyères par escalade. Ce fut un sac affreux : l'église fut
profanée la toiture de la nef incendiée, l'hôtel de ville pillé et les archives
dispersées (1)
Les habitants valides
aidèrent courageusement la milice dans la défense. Trois capitaines de quartier
se firent tués a la tête de leur compagnie. Leur nom s'est conservé jusqu'à
nous, ce sont : Adam Pelletier, Nicolas Garer et Nicolas Gallois. Les femmes,
les enfants, les vieillards, cachés dans les caves furent découverts et en
partie égorgés. Le doyen de l'église fur torturé et périt dans le supplice. On
voit encore actuellement dans l'église quelques restes de peintures murales qui
retracent ces terribles évènements.
La commune ne put
rétablir son église avec ses propres deniers : elle était ruinée. Les chapitre
de Laon lui fit un don gracieux de 100 livres tournois et de 12 gros arbres.
Le roi Charles IX accorda
quelques nouveaux privilèges : reconnaissance de trois foires franches
accordées par ses prédécesseurs et de trois autres foires pendant lesquelles
les marchands étaient exemptés des droits de dixième et vingtième.
__________________________________________________________________________
(1) Voir dictionnaire de
Melleville. M. Melleville dit que la ville fut incendiée
Les traces de cet
incendie se voient encore sous les combles de l'église
31
Grâce a son esprit
d'ordre et de travail, la population bruyèroise répara vite les malheurs de
1567. Mais d'autres maux lui étaient encore réservés. La peste, en 1580 fit de
tels ravages à Laon que les habitants fuyaient la ville et se fixaient aux
alentours.
Le présidial transféra
ses séances à Bruyères.
Sur la demande de Henri III il s'établit dans toutes les
bonnes villes royales des processions à travers chaps. L'on portait le Saint
Sacrement, les châles des saints. Les hommes, les femmes, les enfants
marchaient en bon ordre, nu-pieds, tenant en mains des chapelets, des crucifix,
des cierges.
Dès 1585, les Bruyèrois
furent sollicités d'adhérer à la ligue ; ils refusèrent courageusement. Ils
souffrirent de nouveau des luttes politiques et religieuses. Laon fut occupé
par Balagny, lieutenant du duc de Guise. A l'instigation d'un des chanoines
ligueurs, Bruyères fut attaqué. Il reçut garnison des ligueurs. Plus d'un fois
les troupes royalistes eurent le dessus et délivrèrent la ville ; mais Laon
resta aux mains des ligueurs et les villes voisines eurent ) souffrir de leurs
vexations exactions et pillages.
Tout le pays Laonnois fut
ravagé ; la misère devint générale comme au temps des grandes Compagnies. Les
marchands n'osaient plus fréquenter les foires ; les campagne étaient infestées
de brigands qui commettaient d'atroces cruautés.
Ce triste état de choses
ne prie fin qu'a la soumission de Laon au Roy Henri IV. Le Béarnais vint en
personne en faire le siège. Son armée comptait 15 000 hommes. Une partie des
troupes royales occupa
32
Bruyères. Le roi y avait
son quartier général. La maison qui eut l'honneur de l'abriter existe encor
aujourd'hui.
Laon fut pris.
Henri IV touché des bons
services et du bon accueil de la population de Bruyères fit une distinction
flatteuse aux délégués bruyerois a la séance générale qui se tint ensuite à
Laon. En ouvrant la séance le roi dit: "Messieurs de Bruyères, assis ;
gens de Laon, debout."
Avec son tact habituel le
Béarnais payait d'un mot flatteur la fidélité des Bruyèrios en même temps qu'il
punissait l'arrogance et la mauvaise foi des Ligueurs de Laon.
Bruyères eut ensuite
cinquante années de paix et de calme relatif. Il fut néanmoins encore éprouvé
par la peste.
Vers 1650, pendant les
misères générales de la Fronde, il fut en butte aux pillages des Espagnols.
Chaque année, il dut payer une forte somme d'argent pour se redimer des ravages
et entreprises des Espagnols de Rocroy.
La commune s'appauvrit,
elle s'endette. Elle ne pouvait plus vivre de ses propres forces et avec ses
seules ressources. Elle vendit alors sa seigneurie au comte d'Estrées. Mais dix
ans plus tard, l'aisance étant revenue les habitants se repentirent de s'être
donné un maître et rachetèrent leur seigneurie. Les coutumes autorisaient les
vendeurs à racheter les droits délaissés. Bruyères eut ensuite un gouvernement
royal, mais il conserva ses privilèges intacts.
33
En 1757 le 25 Août, eut
lieu à Bruyères l'inauguration d'un cadran solaire monumental élevé sur la
poterne du Petit Fort donnant sur la place. L'effigie de Louis XV surmontait la
construction, et une inscription marquait l'origine et la cause de ce monument.
Elle était ainsi conçue :
Ludovics XV
Saluté patrix redivivo
Signus hox amoris
Bruyeriendis cives
Posuerunt
Anno MDCCLVII
Die auguste XXV
On voyait encore en 1838
un débris de la statue que les habitants appelaient la Déesse. La poterne était
alors si délabrée que M. Pourrier juge de paix en demanda la démolition.
Un document curieux
établit qu'a la date de 1773 Françios Dorigny, laboureur a Bruyères avait en
conformité des Edits et déclaration du Roy en date du 13 août 1766 défriché
environ 20 arpents de terres incultes. En 17773, l'assemblée générale des
habitants autorise Dorigny et ses heritiers à conserver la jouissance
perpétuelle de ces terrains mis en culture à la condition de payer au domaine
de la ville une rente annuelle de 5 livres. Ces terrains étaient situés sur la
montagne des Gueules. Dorigny et Nicole Vaillant, sa femme, agréent toues les
charges, clauses et conditions de cet abandon et affichent tous leurs biens
présents et à venir solidairement au payement de la rente.
Jusqu'à la Révolution la
petite ville eut à
34
lutter contre les
attaques incessantes de hauts seigneurs voisins : le baron de la Bove, puis la
duchesse de Narbonne qui revendiquaient des droits sur la marie de Chérêt,
dépendant de Bruyères.
Le procès, après bien des
frais inutiles, prie fin le 4 août 1789 par suite de la loi d'abolition des
droits et privilèges seigneuriaux ou communiers.
Il y eut beaucoup
d'agitation à Bruyères au début de 1789. La municipalité réclama énergiquement
le payement du rachat des droits communiers. D'autre part, les idées d'égalité
de liberté faisaient leur chemin. Mais en somme la plus grande partie de la
population était d'opinion modérée. Voici le procès-verbal de la formation de
la garde nationale de Bruyères.
"Cejourd'hui 18
avril 1790, vers les trois heures de relevée, l'assemblée générale du corps des
habitants de la ville de Bruyères tenue et convoquée en la manière accoutumée
en l'Hôtel de Ville audit lieu pardevant nous, Rémy Chédeville, Maire, Louis
Lhôte, Nicolas Varler, François Pillez, Pierre Antoine Dain, Pierre Lemoine
membres de la municipalité ; et assistés de François Retraint, Joseph Leston,
Louis Aubert, François Chédeville, Louis Petit, Jérôme Brider, Etienne Bavry,
Antoine Antoine, Claude Dorigny, Jean Baptiste Bergé et Louis Simon, François
Dorigny notables composant le conseil général de la dite municipalité et de
Louis antoine notre secrétaire greffier ordinaire.
Sous se qui nous a été
représenté par le dit ___ "Antoine Dain, membre de la municipalité,
faisant
35
les fonctions de
procureur substitut pour de par nous
commis en l'absence du procureur ordinaire que pour se conformer aux vœux des
décrets de l'Assemblée nationale sanctionnes par le Roy, qui enjoignant aux
officiers de chaque municipalité du royaume de veiller au bon ordre a la police
et sûreté publique de leur endroit et de faire exécuter exactement les dits
décrets et y satisfaire, et en même temps de mettre à l'unis son de toutes les
villes, bourgs et villages du dit royaume, il serait nécessaire pour y parvenir
avec d'autant plus de facilité de former et établir une compagnie de milice
bourgeoise sous le titre : Garde Nationale ; surquoy ayant été délibéré après
avoir ouï et entendu le corps des dits habitants présents et pour cet effet
assemblés et de leur consentement unanime et volontaire faisant droit en
accordance acte des dires et réquisitions de toutes les parties, avons décidé
qu'il serait sur le champs procédé à la nomination, formation et établissement
des officiers principaux et un chef de la dite Compagnie, a la pluralité des
voix et suffrages de tous les citoyens, desquels nous avons reçu le serment par
eux prété de bien et fidèlement faire choix de personnes les plus dignes
d'entre eux de remplir et exercer les fonctions politiques et militaires qui
pour le résultat de majorité des voix et suffrages ont été nommés et choisis,
seavoir ;
les sieurs
Pierre Duchemin,
Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis pour major et commandant
général ;
Nicolas Sigisbert Lecomte
pour aide major et capitaine en chef ;
Jacques Buvry lieutenant
;
36
Charles Emmanuel
Vassaule, pour quartier maître trésorier de la dite compagnie ;
Remy Beaudoin, sous
lieutenant ;
Jean Louis Lhôte fils
porte étendard ;
Charles Jouand sergent
major ;
Prosper Mailfert; Nicolas
Dorigny, Emmanuel Chédeville, sergents ;
Charlemagne Louvrier,
Claude Noulet, Nicolas Desharbes, Honoré Delabarre, caporaux ;
Nicolas Chédeville, Louis
François Philibert Salomon, tambours ;
M. Floque vicaire de
Bruyères aumônier ;
M. Camatte chirurgien
major ;
Joseph Delabarre armurier
Joseph Leroy, frater ;
Antoine Bottier,
cordonnier ;
François Houde fils
tailleur ;
Louis Dussossois, boucher
Qui ont volontairement
demandé les dites charges ; Desquels nous avons pris et reçu le serment etc
…."
La compagnie outre les
officiers, sous-officiers et employés, comptait 50 fusiliers. Au registre on
trouve 80 signatures au bas de la délibération.
Le Corps de ville délibéra
ensuite sur l'armement de la Compagnie. La ville prie à sa charge les dépenses
et député deux citoyens ) Charleville pour acheter les fusils, baïonnettes,
épées etc. Les deux envoyés, Louis Antoine et Charles Jouard reçurent 43 livres
pour frais de voyage.
Par décret de l'Assemblée
constituante, Vorges et Chérêt formèrent des communes distinctes.
La lettre suivante laisse
croire que la municipalité de Vorges était fière de ses nouvelles prérogatives.
"L'objet de la lette que je me suis fait l'honneur de vous écrire ce matin
n'était pas pour que vous nous rappeliez avec humeur que votre commune était
dissoute de la nôtre. Cette réponse sent parfaitement la mauvaise humeur. Ce
n'est pas dans ses
37
circonstances semblables
qu'il faut mette en avant de pareils motifs. Il paraît que vous doutez de la
lettre du procureur syndic. Je vous l'envoye ci jointe. Vous verrez que nous ne
devons pas nous adresser à tout le Canton, mais seulement à Vorges et Chérêt.
C'est par esprit de conciliation que je me suis fait l'honneur de vous inviter
a venir vous concerter avec nous. Vous devez n'y voir aucun, ordre d'autorité.
Si nous eussions pu quitter notre Chambre commune où nous sommes forcé de
rester, nous nous serions transporté chez vous aussitôt la réception de la
lettre du syndic. Si, comme on nous l'annonce, nous manquons de logements vous
voudrez bien recevoir les volontaires que nous vous enverrons. Cependant vous
auriez mieux fait de faire une petite contribution pour venir au secours de vos
concitoyens de Bruyères, que vous regardez comme étrangers tandis que vous
devriez les regarder comme des frères. Dans tous les temps, il faut de l'union
entre les communes, principalement dans les circonstances actuelles. Dans cela
vous réfléchirez Messieurs, nous vous invitons.
Nous sommes très
parfaitement, Messieurs, vos frères et amis … "
Dans le courant de 1792,
il y eut a Bruyères de grands rassemblements d'habitants des communes voisines
qui se coalisèrent pour refuser l'impôt. Ces réunions deviennent menaçantes.
Les premières sommations de se retirer étant insuffisantes, l'autorité
supérieure est obligée d'appeler de La Fère
et de Laon deux compagnies d'artillerie. Ces troupes
38
font leur entrée sabre nu
et mèche allumée. Leur présence calme subitement ces troubles qui dégénéraient
en une véritable insurrection.
Depuis le 4 août 1789, le
Conseil général de Bruyères avait plusieurs fois réclamé le remboursement de
ses droits de lots et ventes. Une nouvelle et énergique réclamation eut lieu en
1792. En voici le texte:
Lettre du 20 Mars - Les
administrateurs du directoire au district de Laon.
"Le conseil général
de la commune de Bruyères a l'honneur de vous représenter que le 15 novembre
dernier, il vous a mis sous les yeux une pétition relative aux remboursements
dus par la Nation sur la vente des biens nationaux. Les grands travaux de
l'administration sur les impositions ont sans doute écarté votre attention de
cet objet. Quelques administrateurs nous ont dit qu'il fallait joindre à notre
pétition des pièces justificatives. Nous remettons de nouveau sous vos yeux que
la commune jouit depuis près de cinq siècles et a exercé dans l'étendue du
territoire de Bruyères, Vorges, Chérêt et Valbon tous les actes de féodalité et
de juridiction ; qu'elle percevait les lots et ventes ; qu'elle investissait
les nouveaux acquéreurs, qu'elle nantissait les créanciers ; publiait le ban de
vendange, imposait les redevances pour cours d'eau, jouissait du droit de
chasse, faisait procéder à l'apposition des scellés, aux inventaires, à la
vente des meubles, a l'adjudication des immeubles, a la nomination des tuteurs,
a l'emprisonnement et a la punition des criminels. C'est la commune de Bruyères
qui,
39
dans une assemblée tenue
tous les ans le lendemain de la Pentecôte nommait avant la Révolution les
officiers de Vorges, Chérêt et Bruyères.
Pièces existantes en
parchemins dans nos Archives et imprimées depuis cinq ans pour le procès que
nous avons eu a soutenir contre la Duchesse de Narbonne :
En 1170 Hector d'Aulnoy a concédé aux habitants de
Bruyères la justice de Parfondru.
En 1339, Laurent sire de Parfondru (suit le détail)
En 1269, Clarembau de Chivres, etc …
En 1285, Demoiselle Joye de Bruyères, etc…
En 1289, Arnoult dit Marandieu, etc…
En 1294, Philippe le Bel a amorti les acquisitions, etc…
Nous croyons inutile de
faire ici un plus grand détail sur les réquisition postérieures a 1289.
Les titres des unes
existent encore ; les titres des autres ont péri par les ravages des
saccagements et les incendies auxquels la ville de Bruyères a été exposée dans
les guerres civiles ; ils ont été constatés par une information de 1558 et par
des lettres patentes de 1571 et 1583. Nous nous bornerons a vous représenter
que notre commune a acquis successivement tous les droits seigneuriaux surtout
son territoire. Qu'elle en a joui paisiblement jusqu'en 1661 ; qu'en sieur
d'Estrées, lieutenant général des armées du Roy avait obtenu des lettres
patentes confirmatives d'un prétendu contrat de vente qu'il s'était fait faire
on ne sait par qui ni comment des Seigneurs de Bruyères, Vorges et Chérêt.
Malgré la facilité avec laquelle on commettait
40
des injustices sous
l'ancien régime, notre commune eut l'avantage en payant de ne plus être
troublée dans ses possessions par le comte d'Estrées.
Nous osons croire, Messieurs, qu'avec des titres
semblables on ne peut point nous contester les droits que nous réclamons, et
puisque l'Assemblée Nationale a décrété l'affranchissement des biens nationaux
de tout droit quelconque ; qu'elle demeure responsable du rachat des dits
droits suivant les règles présentes et dans le cas déterminée par les lettres
patentes du Roy sur le décret du 8 May 1790, le rachat doit se faire des
premiers deniers des ventes, article 7 des lettres patentes du 17 mai sur le
décret du 14 du même mois. La suppression de ces droits, ceux de nos franchises
nécessitent cette réclamation. Les dépenses que nous faisons pour réparer notre
ville en entier sont un puissant motif pour vous déterminer a songer
sérieusement a la position dans laquelle nous nous trouvons."
Suivent les signatures
des officiers municipaux.
Pendant l'année 1793,
d'importantes collectes furent faites à Bruyères en faveur des familles pauvres
des volontaires partis pour la défense de la patrie.
Une note de 1329 livres
11 sous montant des sommes payées à 14 familles existe aux archives de la
commune.
Les évènements politiques et militaires de 1793 eurent
leur contre-coups à Bruyères. Les amis de l'humanité , comme
s'appelaient les patriotes de Bruyères, brisent les trois grosses cloches de
l'église,
41
livrent aux flammes six
grands tableaux représentant la Passion (On voit encore les crochets de
suspension dans la nef principale), abattent la croix de fer qui surmontait le
clocher et réclament avec insistance l'autorisation de démolir les trois
absides de l'église.
Le mobilier de la fabrique et des confréries est mis au
pillage. On danse dans l'église ; on mutile les statues des saints ; on brise
les verrières.
Puis l'église fut convertie en écurie ; elle devint
caserne de cavalerie.
Des excès furent aussi commis contre la propriété. Le
bois de Corneille est dévasté par les habitants de Bruyères et des villages
voisins. Ce domaine étant confisqué par la Nation, il en coûta 900 livres
d'indemnité à Bruyères.
Le château de la Bove et celui de Parfondru sont a peu
près dévalisés. Il y a 30 ans, on pouvait encore voir chez différents
particuliers de Bruyères de splendides meubles provenant de la Bove. Les
brocanteurs en ont fait profit. M. Charles Hidé, de la société académique de
Laon, qui a glané après eux en a meublé sa maison du haut en bas. Le 12
septembre 1793, 1200 Laonnoir et 40 Bruyèrois se portent sur Guise au devant de
l'armée ennemie qui menaçait cette place et Vervnis. Leurs rangs se grossissent
le long de la route et c'est une véritable armée qui arrive à Guise.
Cette levée en masse eut pour résultat de sauver le pays
des partis de coureurs ennemis.
Les volontaires
rentrèrent ensuite dans leurs foyers.
42
Enfin de 1793, le blé est
très cher ; l'année suivante la disette est extrème.
Après cette date, on ne
trouve plus trace de documents importants.
Un seul registre de
délibération de l'an 9 a 1815 subsiste et ne présente aucun fait saillant.
Il convient de noter
cependant six enrôlements volontaires pour le 4e Régiment hussards ) la date du
19 avril 1815. Les jeunes gens de Bruyères n'avaient par perdu confiance dans
l'avenir du premier empire qui pourtant allait s'écrouler pour la deuxième fois
à Waterloo.
Depuis, Bruyères a vécu
de la vie nationale, fêtant avec éclat les triomphes de la Patrie, pleurant ses
malheurs et supportant toujours avec courage et énergie sa part des dangers et
maux.
Aujourd'hui, Bruyères se
souvient que sous la royauté, pendant cinq siècles, il a vécu de la vie
démocratique. Aussi est il fermement et sagement républicain. Du reste, les
Bruyèrois ne sont-ils pas ceux que Henri IV a nommés les Messieurs de Bruyères
?
____________
2/ Personnages
célèbres auxquels elle a donné naissance, qui l'ont habitée ou qui y ont été
inhumés.
Bodin d'Angers,
conseiller au presidial de Laon, se retirait volontiers à Bruyères ou il avait
une maison de campagne (1570-1590). Il reste avéré que c'est au milieu de cette
vaillante démocratie que ce publiciste a composé son livre "De la
Républiqueé. Il ne pouvait certes s'inspirer à meilleure source.
43
Bruyères a donné
naissance en 1728 à Olivier Antoine Harent, mort le 20 janvier 1818 à Martigny.
Harent fut longtemps
précepteur au château de la Bove chez la duchesse de Narbonne.
Harent a laissé une
grammaire française et une tragédie inédite "Crispus". Le journal de
l'Aisne en a donné un compte rendu très étendu. Plusieurs morceaux sont
remarquables. On reproche à cette tragédie de trop rappeler la chèvre de
Racine.
De nos jours, le
littérateur Arsène Houssaye président de la Société des gens de lettres, a vu
le jout ) Bruyères (1814), qu'il revient habiter chaque année pendant la belle
saison.
Son frère, Edouard
Houssaye, ancien journaliste fondateur du "Courrier de l'Aisne"
agronome distingué habite la ferme de Montbérault.
Une des nobles victimes
de la guerre de 1870-1871 repose dans le cimetière de la commune : le général
Thévenin d'Hame, comandant de la place de Laon en 1870 et victime de
l'explosion de la citadelle (1)
(1) Sa veuve habite
toujours Bruyères.
3/ Pierres, roches et
grottes consacrées par une croyance populaire
On a retrouvé sur les
pentes du mont Pigeon, et de la colline des Gueules d'anciennes grottes. Elles
sont maintenant à peu près disparues. On y a rencontré des silex taillés et
polis.
4/ Voies gauloises et
voies romaines
Il existe encore des
traces de l'ancienne voie gauloise dite "chemin de barbarie". Elle
passait dans le fossé nord du retranchement de Montbérault et pénétrer dans
Bruyères par les Romerets (lieu dit) pour se diriger sur Laon. Elle suivait la
droite de la route actuelle vers Ardon en traversant les bois de la Moncelle.
Cette voie fut ensuite réparée par les Romains, puis s'appela chemin de Ste
Salabage
44
Elle entrait à Laon par
la poterne d'Ardon.
Cette voie partant de
Reims, passait à Thil, Villers, Frauqueux, Cormicy, Cheneux, Bouconville,
Bièvres, Chérêt, Bruyères et Ardon.
5/ Existe-t-il quelque
lieu portant le souvenir d'un champ de bataille ?
Néant.
6/ Trouve-t-on dans la
commune d'anciens monuments remarquables, murailles très épaisses , statues ou
fragments de figures en pierre ou en bronze ?
Quelques pans des
anciennes murailles de Bruyères existent encore. Les portes monumentales ont
été démolies en 1848. Les anciennes casemates proches des murailles servent
aujourd'hui de celliers.
L'Hôtel de l'Ours, une
maison sise au haut de la place, une autre située à la porte de Vorges, sont
très anciennes. Ces deux dernières se disputent l'honneur d'avoir abrité Henri
IV et Sully. Il s'y trouvait encore, il y a 30 ans, de curieuses mosaïques. Les
archéologues ont butiné et il ne reste à voir maintenant que de belles
cheminées monumentales.
Les restes du cadran
solaire érigé en 1757 et le buste de Louis XV, qui le surmontait ont
complètement disparu.
7/ A-t-on retrouvé un
ancien cimetière ? Quel est l'âge des sculpteurs, quelles en sont leurs
particularités ?
En 1864, M Ch Hidé,
propriétaire à Bruyères fit la découverte entre Vorges et Bruyères, lieu dit
"la croix Mathias" d'un cimetière mérovingien. On a recommencé à fouiller aux mois d'octobre en et novembre
1884. On a trouvé des tombes en pierre, quelques unes ornementées, beaucoup
d'ossements, quelques poteries assez bien conservées, des colliers de
verroterie, des anneaux en cuivre, en argent et en or. Quelques couteaux des
stylés en cuivre, en argent et en
or ornés de pierres
précieuses.
45
L'église était fortifiée
et entourée de murailles. Les espaces restés libres ont longtemps servi de
cimetière.
Un autre cimetière a
existé à gauche de la porte de Reims. Il ne reste rien de ces anciennes
sépultures. Depuis plusieurs siècles déjà, on a bâti sur ces terrains. Le
cimetière actuel est du siècle courant.
Vers la fin du siècle
dernier il a été a plusieurs endroits découvert des monnaies et médailles
romaines au milieu d'ossements.
A Montbérault, en 1770,
découverte de tombes, poteries et monnaies romaines, vases et meules (Note de
M. Brayer, Annuaire de l'Aisne 1826-1828).
8/ La commune
possède-t-elle une ou plusieurs églises ?
Bruyères possède une
seule église datant de la fin du XIe siècle. C'est un curieux monument à
étudier. On y remarque de très interessantes sculptures, d'anciennes traces de
peintures murales et une verrière anciennes (Voir la description de cet édifice
dans un opuscule de M. Charles Hidé (1).
9/ Y a t-il dans la
commune une ancienne abbaye ?Qu'en reste-t-il ?A quel ordre religieux
appartenait-elle ?
Quelques couvents de
femmes ont existé sur l'étendue de la commune de Bruyères : Vallon de
St-Pierre, aujourd'hui disparu ; entre Bruyères et Chérêt se trouvait le
couvent de Ste Anstrude, habité ensuite par les templiers, puis par les moines
rouges.
___________________________________________________________________________
(1) Cette église, de
style ogival est des XIe, XIIe et XIIIe siècles. Elle est très solidement bâtie
et dans de grandes proportions ; elle est très correcte dans son ensemble et
d'une élévation aussi hardie qu'élégante. Le transept est surtout très
remarquable ; il se trouve terminé par deux magnifiques chapelles dont chaque voûte
repose sur une élégante colonne en pierre. Le clocher carré servait de donjon,
dans l'ancienne enceinte du Petit Fort. Il est très grand, d'une hauteur assez
imposante ; il est surmonté d'une galerie ouverte au dessus de laquelle s'élève
la couverture pyramidale très haute en ardoise, à base quadrangulaire mais
terminée en faîtage assez en pointe. (Léon Barbier).
46
10/ Décrire les
chapelles isolées.
Néant
11/ Hospice ou
hôpital.
Dès les premiers temps de
la commune, dans le XII siècle, un Hôtel bien fut établi à Bruyères. Il était
tenu par des religieuses Bernardines. Il fut doté par les libéralisés de
quelques personnes charitables. La commune fournissait un subside annuel. Cet
édifice existe encore. Les ornements de la façade, le dessin du portail et des
fenêtres indiquent l'architecture de la fin du XIIe siècle.
L'Hôtel-Dieu de Bruyères
fut supprimé par édit de Louis XIV (1). Les biens de l'établissement furent
réunis à l'hospice de Laon ou la commune envoya des lors les malades. Pendant
ce siècle, l'Hôtel-Dieu de Bruyères fut converti en fabrique de bonneterie.
12/ Y a-t-il une
maladrerie ? Faire connaître les traditions qui s'y rattachent.
En même temps que
l'Hôtel-Dieu s'élevait une léproserie non loin du cimetière actuel. Il ne
paraît pas que le nombre de lépreux ait jamais été élevé. C'était la commune
qui subvenait aux charges de nourriture et d'entretien des malheureux renfermés
à la léproserie (Un procès du XIVe siècle en témoigne).
__________________________________________________________________________
(1) Cet édit est du 10
juin 1695. Il ordonna la réunion des biens de l'ancienne Maladrerie de Bruyères
(tombée depuis longtemps en désuétude), qui avaient fait retour à l'Hôtel-Dieu
de cette ville, à l'Hôtel-Dieu de Laon, à charges par celui-ci de recevoir les
malades indigents de Bruyères, Vorges et Chérêt; D'après cartulaire des biens
de l'Hôtel-Dieu dressé en 1704, d'après arpentage fait en ___ 1598 ces biens
réunis étaient d'une contenance de 1267 verges 1/3 _______________ toujours de
son droit. (L.B)
47
13° Dans le cimetière
actuel signaler les calvaire, croix ou inscriptions curieuses.
Néant
14° Existe-t-il une
fontaine visitée par les malades ? Nature des maux dont la guérison lui est
attribuée. Souvenirs et légendes qui se rattachent à cette fontaine.
Bruyères possède une
fontaine minérale de tout temps réputée pour guérir "les enfloures et
mauls de gorge" et pour fortifier les tempéremments faibles. De très
ancienne date, elle était visitée par les habitants d'alentour. Les eaux en
sont sulfureuses (1). La tradition veut que Blanche de Castille, vers 1250 soit
venu faire une cure ) cette fontaine et qu'elle retourna guérie à Paris.
15° S'il existe un
arbre célèbre, faire connaître son origine et sa légende.
Néant
16° S'il existe un
ancien château dire s'il est fortifié ; en donner les dimensions, la
description, l'histoire. Rapporter les traditions populaires qui s'y
rattachent.
Néant
17° Faire l'inventaire
des documents historiques de toute nature qui se trouvent dans les Archives
Communales, paroissiales, dans les notariats ou chez les particuliers.
Archives communales Bruyères
possède dans ses Archives de précieux documents ; malheureusement les
collectionneurs, les archéologues ont depuis une cinquantaine d'années, enlevé
de la mairie nombre de parchemins curieux et importants.
Voici la liste des
parchemins existants;
____________________________________________________________________
(1) Il paraît que les
eaux d'une seconde source (ferrugineuse ont été ajoutées à celles de l'ancienne
fontaine dans le courant de ce siècle ; mais très certainement le soufre domine
sur le fer (L. B.)
48
3° Charte de Charles V
portant privilèges et foires ;
4° Lettres royaux de
Henri II et Henri III accordant indemnités ;
5° Titres concernant la
léproserie et l'Hôtel-Dieu ;
6° Nombreux procès
verbaux d'élections municipales ;
7° Nombreuses pièces
d'administration et comptabilité ;
8° Pièces judiciaires
(jugements des maires juges) ;
9° Procès de la duchesse
de Narbonne ;
10° Liste des maires et
jurés (complète, Registre )
11° Un registre de
délibérations municipales (1789-1790)
12° Un registre de
délibérations municipales (1801-1815)
13° Pièces diverses.
Les plus anciens
parchemins portent de larges cachets de cire très curieux (1)
Archives paroissiales Les archives de l'église renferment les actes de
donations, libéralités et les noms des curés. Elles sont peu intéressantes.
Notaire Le notariat conserve également de très vieux
titres de propriété, de ventes de biens communaux etc …. Avec les noms des
notaires royaux.
Particuliers Enfin quelques particuliers conservent des pièces
rares complétant les archives communales ; en première ligne, M. Charles Hidé.
M. Roussel, ancien
greffier de la Mairie avait fait un relevé vers 1820 des documents des
archives. Son livre est perdu ou tout au moins disparu.
18° Les écoles : leur
ordre d'enseignement ; sont-elles ecclésiastiques ou laïques ? Date de leur
fondation, nombre d'élèves, description des bâtiments. Historique de
l'instruction dans la commune.
Bruyères possède
actuellement deux écoles primaires un pour les garçons, dirigée par un
instituteur laïque ; l'autre pour les filles, dirigée par des religieuses de
l'ordre de la Providence de Laon.
_____________________________________________________________________
(1) Ils pendent à
l'extrémité d'un sorte d'écheveau de soie sont l'autre extrémité est scellée
sur le parchemin (L.B.)
49
Enfin une école maternelle
réunit les enfants des deux sexes jusqu'à 6 ans; Cette dernière école est de
création récente (1874-1875) Elle a été transformée en 1887 en école enfantine.
Les enfants y seront reçus à l'avenir jusqu'à 7 ans.
Aucune trace certaine des
écoles ni des maîtres avant la Révolution n'a été trouvée. Un seul nom de
maître d'école figure dans les archives paroissiales, celui de Jean-Pierre
Marcq. La note porte reçu de 151 livres pour assistance aux obits et autres
offices.
En 1791, MMes Cappy et
Pilloy sœurs du couvent du Sauvoir, viennent s'établir ) Bruyères à titre
d'institutrices libres.
M. Roussel fut
instituteur laïque de 1807 à 1820, puis M. Chenu, M.Lefèvre. Mais il n'est
relaté aucun renseignement sur leur traitement sur leurs charges.
L'école de garçons est
installée dans un vieux bâtiment ayant autrefois servi de bergerie. Les murs en
sont épais, bâtis en grès et pierres.
La salle de classe est
bien aménagée et parfaitement éclairée. Le logement de l'instituteur est mal
distribué, incommode. Une petite cour de 125 mètres carrés entouré d'un
buanderie et des cabinets d'aisances ne suffit pas pour les jeux et les
mouvements de la population de l'école.
L'école de filles est un
peu mieux disposée, quoique établie également dans une ancienne maison.
50
La salle d'asile, toute
récente, forme un élégant pavillon renfermant deux salles avec bans et gradins,
qui sont très bien installées pour la commodité des enfants. Une cour par
devant et une autre par derrière en font une école très confortable.
La population scolaire de
6 à 13 ans est du dixième de la population locale, soit 100 élèves des deux
sexes ) répartir par moitié entre les deux écoles.
L'école maternelle reçoit
60 enfants des deux sexes de 2 à 6 ans (1)
____________________________________________________________________
(1) La répartition de ces
nombre est maintenant quelque peu modifiée par suite de la transformation de
l'école maternelle en classe enfantine (L.B.)
Manque page 51 et 52
53
6° Culture de toutes
espèces
Les petits cultivateurs outre
l'asperge, vivent encore de grandes ressources de la culture des haricots,
pommes de terre, navets, oignons et autres légumes.
Tous ces produits
trouvent un débouché facile et rémunérateur dans les marchés de la petite
ville, celui de Laon et dans l'exportation
pour le Nord de la France et l'Angleterre.
7° Les défrichements
Néant
8° Biens communaux
Les biens communaux
occupent une grande étendue, mais n'ont qu'une valeur médiocre (1). Ils
occupent un terrain bas à sous-sol imperméable ; la couche arable est fournie
en grande partie de terre de bruyère. De maigres pâturages couvrent ces
terrains. En beaucoup d'endroits, les joncs et les bruyères empêchent toute
autre végétation. Néanmoins en quelques endroits il a été possible de faire des
plantations de peupliers, particulièrement le long des ruisseaux et des fossés
d'écoulement. Ces arbres poussent bien et promettent de sérieux revenus à la
commune.
____________________________________________________________________
(1) La superficie des
biens communaux imposables est de 104 hectares 98 ares 65les ; leur revenu
cadastral est de 966f,20. Ils consistent en prairies, bois et terres.
Les propriétés communales
non imposables (sol de bâtiments communaux, cimetière, places publiques, jeu de
paume etc… sont de 1 hectare 22 ares, 77les.
Le bureau de bienfaisance
ou aumônerie possède 4 hectares 09 ares 28les de terres, près et bois dont le
revenu cadastral est de 134f,55.
La fabrique de l'église
possède 15 hectares 7 ares 63les de près, bois et terres d'un revenu cadastral
e 393f,63 (L. Barbin)
54
9° Animaux
domestiques.
Très approximativement,
ils peuvent se chiffrer ainsi d'après la statistique agricole de 1887 :
10° La chasse et la
pêche. Leur produits, conditions auxquelles elles sont soumises.
Seuls les communaux sont
réservés. Chaque chasseur paye un droit de 10 f par an pour la durée de la
chasse dans la pâture. Le lièvre, le lapin, la perdrix, la bécasse et la
bécassine sont le gibier le plus ordinaire. C'est un revenu d'environ 250 f
pour la commune.
La pêche est nulle (il
n'y a pas de ruisseaux sur le territoire)
11° Sociétés
agricoles, agences, comices, foires, marchés francs, abattoirs.
Point de sociétés
agricoles, agences, comices ni abattoirs.
De temps immémorial,
Bruyères compte trois foires annuelles (voir partie historique) qui se tiennent
en octobre, février et mai. Elles sont bien déchues de leur importance
d'autrefois. Les vins, les chanvres ont disparu du commerce local.
55
Néanmoins il se traite
encore des affaires importantes sur les chevaux, vaches, porc, toiles étoffes
de toutes sortes, etc ….
Un marché hebdomadaire se
tient chaque vendredi sur la place de l'Hôtel de ville. On y vend : œufs,
beurre, fromage, volailles, légumes, étoffes etc ….
12° Carrières, mines
et minières.
Il n'existe plus de
carrières sur le territoire de Bruyères. Autrefois, la roche du plateau de
Montbérault a été exploitée.
On a retrouvé des
carrières souterraines et d'autres existent encore à ciel ouvert.
13° Usines et
manufactures : conditions des ouvriers
Cette commune est peu
industrielle. On n'y trouve qu'une seule fabrique d'huile peu importante.
Autrefois la bonneterie y était florissante.
Cette industrie à disparu de la localité depuis environ ans.
(Fin)
______________________
Voir plan ci-inclus (page suivante)
Dressé par Léon Barbier.
______________________________
Léon Barbier
Instituteur public
Bruyères et Montbérault Avril-Mai 1888