LATILLY

 

Par Guy Viet

 

Latilly (latiliacum) placé à l’extrémité d’un petit vallon plein de fraîcheur, qui descend dans la vallée de l’Ourcq, ne manque pas comme site, d’un certain agrément, surtout lorsqu’on le regarde du chemin qui monte à la Croix.

 

Son église, dont les fondations reposent sur d’énormes blocs de grés à découvert, le domine et le couronne d’une manière très pittoresque. C’est un édifice roman par son clocher en bâtière, percé, sur ses quatre faces, de deux ouvertures divisées par une colonnette médiane, sa corniche ornée de modillons et par son portail, mais appartenant au style ogival pur par son transept voûté du XIIIème siècle et les arcatures qui le terminent, et enfin au style du XVIème siècle par la fenêtre absidale du sanctuaire. L’autel en marbre rouge et noir est du siècle dernier, ainsi qu’un banc cantoral sculpté. On remarque dans le croisillon de droite un petit bas-relief représentant au fond un édifice, et, sur le premier plan, cinq personnages dont deux clercs, un archevêque et un évêque tenant un encensoir, une dame au milieu, qui doit être une donatrice présentée par les deux prélats.

 

On voit aussi dans l’église de Latilly, dédiée à Saint-Laurent, une grande dalle funéraire représentant deux personnages en costume du XVIIème siècle gravés au trait et ayant les mains jointes sur la poitrine. Elle porte cette inscription :

Ci gist honorable home Nicolas Chéron recepvr admodiateur de la terre et segnerie d’Armentier et depandace dicel qvi rendit son ame a Diev le 42 ans de son age le 28 x février 1636 et Anne Gavltier sa femme qui décéda le 23 mares 1650 prie Diev povr leurs ames. Requiescant in pace.

 

Après avoir fait partie du pagus Vicensis, Latilly entre dans la circonscription du comté, puis duché de Valois. Il était de l’archidiaconné de Tardenois, et fut compris dans le doyenné de Neuilly-Saint-Front, lorsque celui-ci fut créé par dédoublement du doyenné d’Ouchy. L’autel, c’est-à-dire la paroisse de Latilly, fut donné ou confirmé à Saint Jean des Vignes par Lysiard, évêque de Soissons, mais il paraît lui avoir été enlevé ; car, lorsque Joslein de Vierzy, successeur de ce prélat, le lui fit rendre. Il déclara, dans la charte qu’il donna en 1339, à cette occasion, que lui-même en avait attribué une partie à l’archidiacre Ebale, que l’autre partie était possédée par un chevalier nommé Meunier et que ce fut à la prière d’Ebale et ensuite de la restitution du chevalier, que l’autel fut attribué au monastère.

 

L’Abbé de Saint-Jean présentait à cette cure, et les dimes sous la commende, demeurèrent aux religieux sur Latilly et sur Nantheuil sur Ourcq ou Nantoy, sauf la partie attribuée au curé pour sa portion congrue. Latilly avait pour annexe ce dernier village que desservait un religieux joanniste, vicaire de Latilly, et dont l’église est dédiée à Saint-Quentin (1) selon l’état du diocèse qui nous fournit ce détail.

Nantoy était en franc alleu, et avait dans son étendue le fief de Brancourt appartenant à M. de Grimbert, seigneur de Belleau. On voit encore à Latilly le grand presbytère ou prieuré où demeurait le prieur-curé joaniste.

 

Un curé de Latilly, nommé Raoul, y fonda, en 1265, dans l’église paroissiale, une chapelle ou chapellenie qu’il dota richement. Il voulut que le chapelain qui la desservirait et en percevrait les revenus, fût toujours un joanniste, lequel demeurerait avec le prêtre paroissial du lieu et que, s’il arrivait qu’il y eût à Latilly un curé séculier, les religieux ne perdissent rien de leurs droits sur la chapelle, dont les charges s’acquitteraient en ce cas dans l’abbaye même (2).

 

La chronique de Saint-Jean mentionne en 1517, sous l’abbé Nicolas Prudhomme, un religieux nommé Bernard de Vendières qui fut curé de Latilly, argentier de l’abbaye, mourut à Paris et fut inhumé dans le monastère des chanoines réguliers de Saint-Victor. Vers la même époque, vivait aussi un chanoine de Saint-Jean nommé Pierre Mauroy, de la Ferté Milon, qui prit l’habit religieux le 30 octobre 1530, devient cellérier, sous-prieur, pitancier, argentier (3) prévot de Saint-Jean, enfin prieur-curé de Latilly et d’Arcy. Celui-ci mourut également à Paris, tandis que Soissons était entre les mains des Huguenots, et fut inhumé le 1er mars en l’église du collège de Dormans ou de Beauvais, qui dépendait du monastère. Après ces deux personnages, viennent Jean Vigne, des Crouttes sous Cugny, qui fut reçu religieux le 16 avril 1542, à l’âge de vingt ans, et mourut curé de Latilly où il fut inhumé ; Pierre le Dieu qui lui succéda, et Jean Morel, de Soissons, qui prit l’habit le dernier jour de novembre 1553, fut sous-prieur, pitancier, curé de Rozoy, d’Ostel, de Louâtre et enfin de Latilly où il mourut ; Pierre Dalissam, qui prit l’habit en 1574, assista au chapitre général de Saint-Jean en 1599, y provoqua une mesure importante, celle de la visite des paroisses rurales joannistes par le prieur claustral, telle qu’elle était pratiquée autrefois par les abbés réguliers et mourut curé de Latilly. Le dernier curé mort dans cette paroisse au XVIème siècle, est Brice Gadiffer, de Bézu Saint-Germain, qui avait été fait religieux en 1581, à l’âge de dix-sept ans.

 

On pourrait sans nul doute donner une liste des prieurs-curés joannistes de Latilly, à l’aide des archives municipales. Nous nous bornons à ceux qui figurent dans la chronique du Père Legris, auxquels nous ajouterons le nom de De Loüen, auteur d’une histoire de Saint-Jean des Vignes.

 

Nous avons cru devoir consacrer un article particulier à cet écrivain, et un autre à Pierre de Latilly, homme d’état originaire de ce village dont il forme la principale, pour ne pas dire la seule véritable illustration.

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1         - Etat du diocèse de Soissons.

2         - Chronic S. Johan, in vin., P. 139.

3         - L’argentier, dans les monastères, était le religieux chargé des recettes en argent, et le pitancier celui qui devait fournir les réfections appelées pitances.

LATILLY

 

 

LATILLY, LATTILLY, Latiliacum (12ème siècle), Latiniacum.

 

Village de l’ancienne Brie pouilleuse, situé sur un plateau élevé, à 75 kilomètres au Sud de Laon et 15 de Soissons, autrefois de l’intendance, des bailliages, élection et diocèse de cette ville, aujourd’hui du canton de Neuilly-Saint-Front, arrondissement de Château-Thierry, même diocèse.

 

Patron : Saint-Laurent.

 

Culture en 1760, 14 charrues ne rapportent que du froment, 9 arpents de vignes, 30 arpents de prés, 155 arpents de bois.

 

Population :        1760 : 54 feux

1800 : 257 habitants

1818 : 244 habitants

1836 : 307 habitants

1856 : 337 habitants.

 

Ce village est la patrie de Pierre de Latilly, aumônier de Charles-le-Bel, chancelier et garde des sceaux, évêque-comte de Châlons, pair de France, mort en 1327.

 

 

 

 

Seigneurs de Latilly

 

 

1166                         Adam de Latilly

 

1241                         Gautier de Latilly. Femme : Ermengarde.

 

1440                         ? Jean de Vassaux, écuyer, seigneur de Vareille et Latilly.                Femme : Adriette de Cochet. Enfants : Pierre et Barthélémy.

 

15..            Barthélémy de Vassaux, seigneur de Latilly.

 

1649                         Louis de Vassaux, écuyer, seigneur dudit.

 

1674                         Charles de Rouvroy, écuyer, seigneur de Latilly, capitaine                d’infanterie, blessé au siège de Douai.

 

En dernier lieu, le duc d’Orléans.

 

Eglise de Latilly

 

 

Au moyen-âge, la paroisse de Latilly dépendait de l’archidiacre de Tardenois et du doyenné d’Oulchy-le-Château.

 

L’église du village, dédiée à Saint-Laurent, appartenait aux moines de Saint-Jean-des-Vignes dès le commencement du XIIème siècle, car l’évêque Lisiard leur en confirma la propriété en 1110 (1). Cette mention ne peut s’appliquer qu’à un édifice antérieur à l’église actuelle, bâtie vers la fin du règne de Louis VI. Dans la suite, l’autel de Latilly fut donné à l’archidiacre Ebalus ; mais un chevalier, nommé Robert Le Meunier, s’empara des revenus de ce bénéfice. Grâce à l’évêque Josselin, l’abbaye de Saint-Jean des Vignes put rentrer en possession de l’église en 1139, et le pape Innocent II reconnut la validité de cette restitution la même année (2). Les religieux recouvrèrent une partie de la dîme en 1145, et l’église se trouve encore citée dans une bulle d’Adrien IV, datée de 1156 (3). L’abbé de Saint-Jean conserva toujours le droit de présenter à la cure, qui fut gratifiée d’une donation de terres, en 1217, par un chevalier nommé Renard (4). Vers 1240, le curé Raoul fonda dans l’église une chapellenie dont le titulaire devait desservir l’annexe de Nanteuil-sur-Ourcq (5). Pierre de Latilly, qui devint évêque de Châlons au XIVème siècle, était né dans le village.

 

L’église comprend une nef, deux bas côtés, un transept surmonté d’un clocher et un chœur carré (6). Dans son état primitif, le sanctuaire devait s’arrondir en hémicycle, et le plan de l’édifice était conforme à celui de l’église de Bonnes (Aisne). La nef, recouverte d’un plafond, renferme quatre travées : sa construction peut remonter à l’année 1135 environ. Ses grands arcs en tiers-point, fermés d’un double rang de claveaux, s’appuient sur des massifs rectangulaires flanqués de deux pilastres, comme dans les églises de Chelles (Oise), de Cierges, de Courmelles, de Laffaux, de Saconin et de Sergy (Aisne). Les tailloirs qui reçoivent la retombée des aroades, sont ornés d’un listel, d’un cavet et d’une baguette. Six fenêtres en plein cintre, bouchées à l’époque moderne, s’ouvraient dans l’axe des piles, suivant une disposition déjà signalée à Pernant (Aisne), à Béthisy-Saint-Martin et Orrouy (Oise). On aperçoit une baie du même genre au-dessus de la porte principale (7). Les bas côtés, dépourvus de voûtes et reconstruits sans aucun art, ne méritent pas d’attirer l’attention.

 

Au centre du transept, s’élève une croisée d’ogives, encadrée par un grand arc en tiers-point à double ressaut, qui s’appuie sur deux colonnes et sur deux petits fûts. Les nervures de la voûte, ornées d’un méplat entre deux boudins, sont soutenues par quatre colonnettes engagées. On distingue sur les chapiteaux deux oiseaux qui ressemblent à des chouettes, des fruits d’arum, des palmettes et des feuilles d’eau. Le profil des tailloirs se compose d’un listel et d’une baguette reliés par un cavet, et les bases étaient revêtues d’une gorge entre deux tores. Cette partie de l’église fut achevée pendant le second quart du XIIème siècle, mais au XIIIème siècle, les croisillons furent rebâtis. Leurs voûtes d’ogives à tore aminci et leurs formarets en lancettes retombent sur des colonnettes et sur des chapiteaux à crochets. Des baies en tiers-point éclairent les bras du transept, et des arcatures de la même forme décorent les murs de fond.

 

Le chœur, encadré par un arc moderne, est une œuvre du XIIIème siècle. La voûte d’ogives qui le recouvre est soutenue par des faisceaux de colonnettes surmontées de chapiteaux à crochets. Dans ces dernières années, les meneaux de la grande fenêtre du chevet furent retaillés, mais le remplage gothique des baies latérales est encore intact. La façade a conservé ses anciens contreforts et ses baies primitives. A l’époque moderne, on a mutilé le portail en plein cintre, dont l’archivolte retombait sur un bandeau de feuillages : la fenêtre supérieure est entourée de pointes de diamant. Les murs de la nef sont cachés sous les combles, et l’élévation latérale ne présente aucun intérêt. Des petites fleurs épanouies et un cordon mouluré accompagnent les baies du transept et du chœur.

 

Le clocher central, bâti vers 1135, se compose d’un seul étage rectangulaire qui repose sur quatre arcs de décharge en tiers-point (8). Deux baies en plein cintre, flanquées de deux colonnettes et entourées d’une moulure à double biseau, s’ouvrent sur chaque face du clocher. Leur archivolte encadre deux arcades secondaires de la même forme qui s’appuient sur une colonnette isolée et sur deux fûts engagés dans les pieds-droits. Les clochers de Glaignes, d’Orrouy (Oise), de Chavigny, de Coucy-la-Ville et de Monthiers (Aisne) présentent des dispositions identiques. A chaque angle de la tour, deux colonnettes superposées adoucissent la sécheresse des arêtes. La décoration des chapiteaux se compose de godrons  de volutes ou de feuilles d’eau : les tailloirs sont ornés d’un listel et d’une doucine séparés par une baguette : on remarque sur les bases, une scotie entre deux tores. Les masques grimaçants qui soutiennent la corniche alternent avec des modillons frustes. Il est curieux de faire observer que les pignons du toit en batière s’élèvent au-dessus des croisillons, au lieu d’être tournés du côté de la façade et de l’abside.

 

 

1         - Bibl. nat. Latin II004, fol. 28.

2         - Bibl. nat. Collection de Picardie t.CCXCVI, chartes n°7et8.

3         - Bibl. nat. Latin, II001, fol. 37. – Arch. Nat. L. 229.

4         - Bibl. nat. Latin II004, fol. 51.

5         - Abbé Pécheur. Annales du diocèse de Soissons, tome IV, P. 104.

6         - Voici les principales dimensions de l’église : longueur totale 24,05 m ; longueur de la nef 13,65 m ; longueur du transept 15,25 m ; largeur totale 12,30 m ; largeur de la nef 5,45 m ; hauteur de la voûte du transept 8,10 m.

7         - Le dallage de la nef renferme la tombe de Nicolas Chéron, receveur de la seigneurie d’Armentières, mort en 1669.

8         - La hauteur du clocher est de 20,45 m et la cage mesure 4,38 m sur 3,95 m à l’intérieur.

 

 

Le 7 octobre 1793, cette commune livra les fontaines ainsi que les petite et moyenne cloches. Ces bronzes furent descendus de leur domaine aérien en présence du maire, des officiers municipaux et du « citoyen Carron (sic), curé-notable qui ont consenti (sic) à la dite descente ». La petite cloche pesait 564 livres, la moyenne 843.

 

Il y a eu un atelier de lessivage du salpêtre à Latilly. Cet atelier fut abandonné à la fin du mois de brumaire an III (1).

 

Le 2 fructidor an IV, 80 perches de terre situées sur le terroir de Latilly et venant de l’émigré Gilles Grimbert furent vendues au sieur François Bourguin, cultivateur à Béancourt (2).

 

Au mois d’octobre 1814, Chain, maire et Beaumont, adjoint prêtèrent serment au nouveau gouvernement (3).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(1 et 2) Archives communales de Latilly.

(3) Archives nationales Fte III, Aisne 13.

VAREILLES

 

 

VAREILLES autrefois VAREILLES.

 

Ferme dépendant de Latilly. C’était jadis un fief.

 

 

1196                             Jean de Vareilles.

 

Vers 1440                    Jean de Vassaux, seigneur de Vareilles et Latilly.

Femme :  Charlotte de Guise.

 

1490                                                 Barthélémi de Vassaux, écuyer, seigneur de Vareilles. Femme : Michelle de Créqui.

Enfants : Pierre, Nicolas.

 

15..                      Pierre de Vassaux, seigneur dudit.

Femme : Alison Boulonnais.

Enfants : Jacques, François, mort au service sans alliance, Jérôme, mort jeune, Marguerite, morte sans s’être mariée.

 

Vers 1575         Jacques de Vassaux, seigneur de Vareilles.

Enfants : Jean, André.

 

16..                      Jean de Vassaux, seigneur dudit.

Femme : Jeanne Poulet.

Enfant : Jean.

 

1660                                                 Jean II de Vassaux, seigneur dudit.

Femme : Elizabeth de Conflans.

 

16..                      Jean II de Vassaux, seigneur dudit, colonel et maître de camp de cavalerie.

Femme : Barbe du Fresnoy

dont deux enfants,

Il vivait encore en 1706.