SAPONAY

 

 

L'étymologie de ce nom paraît bien latine, Saponiacum, elle indique des fabriques de savon, ou un lieu propre aux plantes (la Saponaire) servant jadis à le fabriquer. Comme presque tous nos villages, Saponay ne retrouve la trace de son existence dans le passé que par les chartes de ses anciens seigneurs :

en 1153, Hugues de Saponay

     1208, Clarembaud de Saponay, chevalier;

     1250, Guyard de Saponay.

     1286, Jean II de Saponay,

     1329, Colard de Saponay, Saponay passe aux seigneurs de Cramailles.

     1347, Guillaume de Cramailles;

               Pierre Bureau de Cramailles, ensuite Guy et quelques autres seigneurs de Cramailles.

A partir de 1438, on connaît mieux les seigneurs de Saponay qui furent les Conflans de Vieils-Maisons :

              Barthélémy de Conflans, 1438, seigneur de Cramailles et Saponay par son mariage avec Marie, fille de Baudoin de Cramailles.

              Jean III de Conflans.

              Jean de Conflans IV épousa Madeleine Lucas en 1530.

              Antoine de Conflans épousa en Marie de Conflans en 1550.

              Blandin de Vieils-Maisons, 1550.

              Josué de Vieils-Maisons, 1666.

              Jacques de Vieils-Maisons, 1694.

              Desmarets de Vaubourg, 1695.

 M. de Mési, qui en 1766, loua le château de Saponay à Pierre-Eloi Hutir, laboureur. On ne  retrouve le nom d'aucun de ces seigneurs dans les registres de baptême de Saponay qui ne remontent du reste qu'en 1665.

 

EGLISE

On ne voit aucun reste de l'église primitive de Saponay, altare de Sapionaco, qui fut donnée au prieuré de Coincy en 1098 par Hugues, évêque de Soissons. Cette église était, comme la date l'indique, de style roman.

Saponay souffrit moins dans ses édifices que les autres villages pendant les guerres des Armagnacs; car le cartulaire de Coincy ne mentionne pas, comme il l'a fait pour toutes ses autres possessions, la moindre ruine à Saponay. On y voit plusieurs actes concernant cette église, mais ils ont simplement trait aux dîmes que le monastère de Coincy affermait tous les neuf ans à un habitant de Coincy qui les percevait à ses risques et périls. En 1656, dom Louis de Sainte-Marthe, bénédictin de Coincy (il appartenait à une famille illustre dans les lettres), louait les dîmes à de Saponay à Poncelet et Hutin, moyennant 500 livres, deux paires de poulets et deux lapereaux.

L'église actuelle fut construite aux XIIIème et XIVème siècles, en même temps que le château qui y est contigu. Il n'y a dans l'église aucune inscription indiquant la sépulture des seigneurs, et cela s'explique très facilement : la plupart des seigneurs de Saponay l'étaient en même temps de Cramailles et de Vieils-Maisons; on les inhumait toujours dans leur principale terre.

On remarque dans l'église quelques restes de vitraux coloriés, dont le vent emporte un à un les derniers vestiges; des traces de peinture murale sont encore visibles. Un portrait du Sauveur se voit contre un pilier de la nef. Quelques pierres tombales dont les inscriptions sont à peu près effacées sont celles d'anciens curés du lieu.

Il y eut autrefois une nombreuse confrérie de Saint-Hubert, en l'honneur duquel il y a encre un autel. Le tableau, qui représente le saint dans un costume Louis XIII, semble avoir été donné par le seigneur, qui aurait servi de modèle au peintre. On ne peut dire quel est ce seigneur, mais à coup sûr il n'était pas protestant. On sait qu'il y avait à Saponay une maison de culte protestant, et nous avons vu que le valet de M. de Vieilsmaisons, nommé Daniel Batteux, demeurant à Saponay, vint abjurer dans l'église de Fère la religion prétendue réformée en  1666.

Peu d'anciennes familles sont demeurées à Saponay, pourtant on peut en citer quelques-unes qui y  sont encore ou dans les environs : Pierre Bordet, fils de Denis, Pierre Fontaine, Robert L'Enfant, Bochet, Dutrou, Manscourt, Thieffry en 1663.

Le 13 février 1814, les Russes de Sacken, qui battaient en retraite, envahirent Saponay, pillèrent tout le village et l'église. Plusieurs montèrent dans le clocher pour observer le mouvement de l'armée française qui les poursuivait. Le lendemain, une vive fusillade se fit entendre dans la plaine vers Oulchy; c'était le général Colbert qui arrivait avec dix ou douze mille hommes. Les Russes se hâtèrent de quitter Saponay, Colbert s'arrêta lui-même dans sa poursuite, et après avoir examiné le mouvement des alliés, il se replia le soir sur Oulchy-le-Château.

Le 3 juillet 1815, un régiment prussien traversa Saponay sans piller, mais les habitants furent accablés de réquisitions. Le 14 juillet, des Russes vinrent pour y séjourner, ils y demeurèrent trente neuf jours, c'était de la cavalerie; ils ne commirent aucun désordre, mais il fallait les nourrir eux et leurs chevaux. Les habitants n'avaient plus de grain, il fallait aller couper de l'avoine et la battre encore verte pour fournir aux réquisitions des Russes.

 

RESTES DE L'ANCIEN CHÂTEAU

Ces restes offrent encore à l'œil du visiteur des arcades imposantes. Tout porte à croire que ce vaste édifice fut élevé en même temps que la tour de Cramailles, la seule qui soit encore debout. L'habitation seigneuriale de Saponay, avec ses massives murailles presque sans autres ouvertures que celles de ses mâchicoulis qui sont à plus de 30 pieds de hauteur, présentait un système de défense qui devait être réputé formidable avant l'invention du canon. En 1703, le château avait encore son grand et son petit parc.