Jacques Charles DEBLOIS

Religieux Hennuyer

 Depuis la fin du XVIième siècle existe à VAILLY  un couvent de Jacobins. C’est le 2 septembre 1487 qu’une bulle du pape Innocent VIII contresignée par Charles VIII à institué ce monastère.

On lui a donné une maison, des masures, des jardins appartenant à l’église de Vailly et à St Précord, la seconde paroisse de la ville. Plusieurs habitants généreux ont concouru à cette fondation par des dons en espèces et en terres. L’acte qui a authentifié ces libéralités est établi par Maître Guillaume REGNISSON, tabellion royal.

 

Ces Jacobins appartiennent à l’ordre de St Dominique, ou frères prêcheurs, le nom de Jacobins trouve son origine dans sa maison mère située rue St Jacques à Paris.

 

Ils sont vêtus de blanc et portent le manteau noir, leur rôle est surtout évangélisateur.

 

Au milieu du XVIIIè siècle, arrive chez les Jacobins de Vailly un religieux hennuyer : Jacques DEBLOIS. Il est né en 1709, certainement dans le Hainaut Il est fils de Jacques DEBLOIS, perruquier à Valenciennes et de Marie Anne BELLOT.

 

Dès 1762, il exerce souvent son ministère à Braine ou bien honore de sa présence certaines cérémonies paroissiales Le 13 août de cette même année nous le voyons conduire en terre Nicolas MAGNAN, Bourgeois âgé de 84 ans en compagnie des deux fils du défunt : Jean Baptiste César MAGNAN, curé de BRAINE  et Jean Baptiste MAGNAN, avocat du Roy, aux traites foraines.

 

En 1785, le 20 novembre, Jacques, Charles DEBLOIS, est qualifié « Prieur des Jacobins de Vailly ». En cette qualité, il assiste à un mariage à Braine, celui de Nicolas, Michel COPINEAU, marchand chapelier, et de Marie, Jeanne, Claude CHARLIER.

 

Deux années plus tard, Jacques, Charles DEBLOIS devient desservant de Brenelle, petite succursale dépourvue de curé et située à 2 kilomètres de Braine.

 

Le monastère de Vailly périclitant, il n’y a plus qu’un seul religieux pour l’occuper, à la veille de la révolution.

 

DEBLOIS se retire définitivement à Braine sans toutefois renoncer à son titre de prieur auquel il semble beaucoup tenir. Il vient « fixer son ménage » dans le faubourg St Nicolas, église paroissiale.

 

Le prieur supplée souvent le curé de Braine, quand maladies ou voyages motivent son absence. Le 7 février 1789, il assiste dans ses derniers instants « Dame Alexandrine Augustine de GOUDIN DE LABORY, épouse de messire Jean, Anne, Alexis de MONTGEOT, chevalier, vicomte de Saint Euphraise, et la Forte-Maison, seigneur d’Anguilcourt »

Le 20 décembre 1789, il signe, avec les prémontrés de Braine, l’acte de décès de Jean Baptiste César MAGNAN, docteur en Théologie, le très vieux curé de la paroisse.

 

Quelques semaines plus tard, le 27 janvier 1790, il met en terre « frère Hugues, Nicolas LORIOT, religieux profés, dominicain de la maison de Dijon, confesseur des Dames religieuses de Braine »

 

La révolution va profondément modifier le statut de l’Eglise de France et singulièrement celui des ordres religieux.

Dans les trois cas qui suivent, Jacques Charles DEBLOIS abandonne son titre de Prieur, et ne paraît plus que comme desservant de Brenelle.

C’est en cette qualité seulement qu’il procède à l’inhumation de Christophe BOURDIN , le 9 février 1790, « 87 ans, vertueux, paisible et laborieux, en présence de députés des officiers municipaux de Braine, et d’un détachement de la Garde Nationale commandé par MORIZE son capitaine « 

L’ancien Prieur doit certainement être quelque peu scandalisé par une innovation tout à fait insolite dans le cérémonial mortuaire. Il est obligé de coucher sur son registre la mention suivant : « la couronne civique, dont le cercueil était décoré, a été, à l’instant, remise à Marie anne BOURDIN, veuve de Antoine LE BRUN et fille du défunt « .

 

Son dernier acte daté du 15 juin 1791, est la sépulture d’Etienne GUERIN, un jeune vicaire âgé de 28 ans.

 

La terreur ne semble pas trop l’inquiéter, mais sans doute en est il autrement de la persécution religieuse ultérieure.

 

Le 27 ventôse an II, Jacques, Charles DEBLOIS éprouve le besoin de se marier, il épouse devant le maire de Braine, Marie BECARD veuve de Jean VOISELLE, de Presles la Commune, village de la vallée de l’Aisne, situé à quelques kilomètres du chef-lieu de Canton.

            DEBLOIS, à l’époque, à 85 ans. Les épousailles n’offrent, sans doute, qu’une valeur toute relative. Peut être ne furent elles que le moyen licité d’échapper à la déportation, voire même de battre en brêche l’interdiction du sacerdoce public. Et puis l’intéressé n’était il pas, malgré tout : »prêtre pour l’éternité »

 

Le 11 Vendémiaire an V, l’ « ex-religieux », « le pensionnaire de la République » ainsi que l’énonce l’Etat civil laïc Brainois, meurt en sa maison située au « Bourg de la Réunion » et devant « l’église Nicolas ».

C’est Marie BECARD qui annonce le décès au Juge de Paix de Braine.

 

Les héritiers étant, pour le moment,  inconnus, le magistrat appose les scellés et inventorie le maigre mobilier de cette victime de la Révolution. Il y trouve :

 

« 45 vieux volumes de livres piété et autres dépareillés »

« un tableau dans son cadre doré représentant des fruits »

« un Enfant Jésus dans une grotte »

« un livre d’Office »

« un vieille chaise de commodité »

« trois vieilles perruques »

« un bonnet carré »

« un tableau ou portrait représentant un ci-devant évêque »

« un vieux tabernacle ».

 

Le juge omet de mentionner le linge et les habits. Ces effets ont été vendus par DEBLOIS en viager, à Maître TARTENSON, ci-devant curé de Couvrelles, et à Marie, Eugénie TARTENSON, veuve de François PINSON , sa sœur.

Les héritiers de l’ex-Prieur habitent tous le Hainaut ; ce sont ses deux sœurs, toutes deux mariées : l’une à PAPIN, homme de lois à Mons, époux de Marie Catherine Louise DEBLOIS. L’autre, Marie Josèphe, Victoire DEBLOIS, veuve RICHEBE, demeure à « Gemapes »

 

 

Sources : manuscrit état civil de Braine et registres paroissiaux

Archives de la Justice de Paix de Braine

Imprimés : Bulletin de la sté Historique de Soissons, tome III ‘ème série, Histoire de Vailly par le général VIGNIER.

Fiche : Marie-Claude Vogel d’après Roger Haution