Emile DETRAIGNE

Gérant du Quotidien de l’Est

  A la recherche d’une identité….

         ou l’histoire d’une enquête…celle concernant Emile DETRAIGNE … !

 

Plantons tout d’abord le décor…Nous sommes en 1884 / 85.                                                                                   Je dispose d’un nom « DETRAIGNE » ; son prénom m’est inconnu ?

Je sais qu’il exerçait alors la profession de gérant-imprimeur du quotidien « L’Avenir de l’Est »… !

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Ces quelques rares éléments d’enquête, ainsi définis, il convient que je précise comment j’en suis arrivé à m’intéresser à l’histoire croisée d’un DETRAIGNE et d’un quotidien dont le 1er N° parut le 1er Juin 1881 !

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Un jour de 2004, alors que je consultais l’annuaire Matot -Braine des années 1884 / 85 à la Médiathèque de Reims-Cathédrale, je ne me doutais pas que j’allais me lancer dans une enquête destinée à faire la lumière sur un fait vieux de 120 ans… « l’éventualité d’un lien familial entre ma grand-mère Isabelle et ce DETRAIGNE » 

Le « challenge » était intéressant, mais comment faire lorsque l’on ne dispose que d’un patronyme et du titre d’un journal à présent disparu ?

Ce DETRAIGNE que je supposais issu d’un ancêtre né à BERLISE dans l’Aisne, pouvait très bien avoir un lien avec les « DETRAIGNE » de Witry-les-Reims ou avec d’autres branches dont le  premier élément fut Joseph DETRAIGNE, maître d’école vers 1720 !

J’entrepris alors de glaner un maximum d’informations afin de cerner ce personnage. Je frappais à différentes portes, les Archives Municipales

de Reims, qui s’avérèrent ne pas disposer de collections de journaux ; l’UNION, en tant que confrère d’un journal certes diparu, mais pour autant, un de ses prédécesseurs…Pas de réponse ! La Médiathèque ?

Ses archives, dans ce domaine, concernaient un quotidien de 1899 qui avait lié sa destinée à celle de « La Croix » puisqu’on le retrouvait sous un titre mixte « La Croix de Reims et l’Avenir » !

Je décidais d’interroger le spécialiste des cartes postales et ouvrages régionaux de l’A.L.C. « Pierre Cosnard ». Il me confirma la présence en 1885 d’un DETRAIGNE à la tête de l’Avenir de l’Est, mais toujours sans prénom…et avec l’éventualité d’une variante au niveau du nom DESTRAIGNE au lieu de DETRAIGNE ?     

Il me restait à tenter ma chance auprès des Archives Départementales de Châlons- en- Champagne, sachant que la « cote 173 » ( référence du classement du quotidien l’Avenir de l’Est ) était susceptible de m’apporter une réponse à mon interrogation. Les documents mis à ma disposition concernaient l’année 1881, en fait les tous premiers numéros, puisque ce journal vit le jour le 1er Juin ; son obédience « républicaine-radicale » se traduisit par une double datation  faisant appel au calendrier républicain à savoir 13 Prairial an 89 !

J’eus alors le secret espoir de voir mentionné le nom ( et surtout le prénom ) recherché ! J’en trouvais bien un… mais pas le bon ! A cette époque le gérant se nommait André Chauvin et était domicilié au siège de l’Avenir de l’Est, 17 rue Cérès. Au recensement de 1886 - que je consultais ultérieurement - le nom du nouveau gérant était Devaux. Entre-temps il y avait eu ce DETRAIGNE !

Poursuivant ma consultation des numéros de Juin et Juillet 1881, je découvris tout d’abord que les débuts de l’Avenir de l’Est coïncidaient avec ce qui fut certainement la plus grande fête jamais organisée à Reims. Elle se déroula le Dimanche 5 Juin sous le nom de « CAVALCADE de REIMS ». « Reims à travers les ages », ce fut, 1400 Personnages, 350 Chevaux et Bœufs, 24 Chars et Motifs qui firent de cette fête de bienfaisance, une journée haute en couleur, avec pour objectif de collecter des fonds destinés à ceux que les grèves de 1880 avaient plongé dans la misère. J’évoquerai plus longuement cette Cavalcade dans un article spécifique.         

Le second constat beaucoup plus « troublant » par rapport à mes recherches...

le N° du 6 Juillet 1881, date de naissance de ma grand-mère Isabelle ne figurait pas dans la collection !?

Cela voulait-il dire qu’un lien existait effectivement entre le DETRAIGNE gérant en 1884 / 85 et ma grand-mère ? Je commençais à m’en persuader mais il fallait à présent confirmer cette impression !

Conseillé par les Archives Municipales de Reims, je pris, tour à tour contact avec la Chambre de Commerce espérant y découvrir trace de la Société qui avait présidé à la création de l’Avenir de l’Est. Cela ne donna rien sinon le conseil de m’adresser au Tribunal de Commerce. Je n’eus pas plus d’informations qu’auprès de la C.C.I. mais, là encore, je fus invité à me mettre en rapport avec l’I.N.P.I. de Lille ; je devais cette fois-ci pouvoir espérer une indication tangible sur les entreprises créées à la fin du 19° siècle.

Courrier, téléphone, mail.. toute la gamme des contacts possibles y passa ! 

Sans succès, sinon, à nouveau, un judicieux conseil…la consultation des Registres Analytiques des Sociétés    ( l’équivalent au 19° siècle des R.C. actuels) aux Archives Départementales de Chalons en champagne.

J’avais alors la sensation de jouer mes dernières cartouches !

Cela se passa en deux temps…une consultation par mail suivie d’une réponse m’indiquant qu’il existait bien en sous-série 2 T ( classement concernant les imprimeries, librairies et la presse ) une déclaration notifiant la création d’un dossier « Avenir de l’Est » et la mention d’un certain DETRAIGNE… - sans prénom, une fois de plus – gérant en 1884 … !  

Je me retrouvais alors à mon point de départ !

La seconde réponse des A. D.  m’apporta, enfin, la précision tant recherchée !

À défaut d’un prénom, une « INITIALE » et pas n’importe laquelle, un  « E » comme « Emile » !

Je touchais d’autant plus au but qu’un contact parallèle avec J-Y Sureau, - éditeur de « La Vie Rémoise » - ( ouvrage d’Eugène Dupont traitant de la vie à Reims à la fin du 19° siècle et au début du 20°)  venait de m’apprendre qu’ Emile, Zéphyrin, Constantin était décrit comme un politicien républicain-radical ; il avait par ailleurs la réputation d’avoir le verbe haut et de tenir le « crachoir » plus souvent qu’à son tour dans les réunions de quartiers organisées par le « parti » ;Eugène Dupont dit également de lui qu’il arborait une coiffure « à la Gonzalle » (*)…cheveux noirs bouclés et flottants. Si l’on ajoute à cela, le fait que « L’Avenir de l’Est » affichait des convictions « républicaine-radicale », il n’y avait plus de doute à avoir …Emile, Zéphyrin, Constantin DETRAIGNE était bien le personnage après lequel je « courais » depuis plusieurs mois !

Il fut donc aux commandes de l’Avenir de l’Est à partir de 1884 jusque fin Septembre ( le dernier N° où figure son nom est daté du 24 Septembre 1885). La collection des Archives Départementales ne reprend que le 4 Octobre de la même année sous la signature de DEVAUX, nouveau gérant.

Quelle en fut la raison…une durée de mandat limitée à 2 ans ? 

Peu importe, mon enquête avait abouti – au delà d’ailleurs de mes espérances - puisqu’il s’avérait être le grand-père de ma grand-mère Isabelle !

Né le 3 Septembre 1832 à Berlise, il se maria le 24 Septembre 1856 à Reims avec Victoire MIGNON, née de son côté à Reims le 2 Octobre 1830.

Ils eurent quatre enfants, Marie-Rose, Paul Gaston Valentin, par qui se poursuivit notre lignée, Jean-Baptiste Victor, décédé alors qu’il n’avait que 15 jours et enfin Paul-Emilien.

À ce jour,  je n’ai pu déterminer la date de son décès…  A suivre donc ! 

 

(*)Eugène Dupont dans « La Vie Rémoise » trace un portrait humain et physique d’Emile, Zépyrin, Constantin DETRAIGNE. Il évoque implicitement l’admiration que ce dernier devait porter à Jean-Louis Gonzalle, à moins qu’il ne s’agisse, à l’époque, que d’un phénomène de mode… !                                            Le fait de le présenter, arborant une coiffure digne des « romantiques de la fin du 19°siècle » m’incite à évoquer ce personnage « hors du commun », poète-ouvrier, issu d’un milieu modeste du quartier Fléchambault, ami de Lamartine et auquel la Ville de Reims a consacré une rue.

Né en cette localité en 1815 de parents pauvres, il apprit à lire et à écrire chez les Frères. Avec sa mère, il lit Homère, Thucydide, Tacite, Montesquieu, Corneille, Racine et les poètes modernes. A 12 ans, il perdit sa mère et reçut comme protecteur son médecin, M. Savatier, qui mourra aussi quelques années plus tard. Ensuite, Gonzalle devint cordonnier et il consacra ses maigres revenus à l’achat des livres. Il dut faire face à des maladies successives. Après 1848, il dirigea un Comité électoral de la Démocratie Rémoise, mais révisa ses positions et devint Bonapartiste.

Il laissa des recueils de poésies, ainsi qu’une histoire de Reims en 20 volumes manuscrits, légués paradoxalement à la Bibliothèque de Châlons-en-Champagne. Il mourut en 1879.

 

Daniel Boussin