
Jean
Louis de Viefville des Essars
Par David Delfosse
Cousin de Camille Desmoulins,
député du Tiers-Etat au baillage du Vermandois en 1789
Né le 29 février 1744 à Malzy, fils de Pierre de Viefville et Marie Marguerite Carlier
Décédé le 13 décembre 1820 à Guise
Jean louis, cousin germain de Camille Desmoulins est issu d’une famille
d’agriculteurs et receveurs originaires de Gauchy . Son grand-père Jean
De Viefville, receveur des dames et chanoinesses de Maubeuge viendra se
fixer à Malzy.
Tant par les diverses fonctions qu’il occupera que par ses appuis
familiaux, il va devenir peu à peu un personnage très influent pour la
région mais sera également déclamé comme « obscur député du Vermandois
». « Ses opinions sur l’affranchissement des noirs dans les colonies ,
contre l’impôt sur le sel ou encore sa position contre la mort du roi
en font à la fois un défendeur des droits de l’homme et des plus
modestes comme un monarchiste constitutionnel. »
Ses frères et sœurs (comme ses descendants) occuperont des places importantes.
Parmi eux citons :
-Son frère Pierre curé de Villers les Guise et de La Capelle.
-Son frère François qui épousera la fille du ministre de la Marine Georges Réné Le pelley de Pléville.
De son mariage le 26 janvier 1773 à Villers les Guise avec Denise
Suzanne Charlotte Desforges des Essars , il prendra le titre des
Essarts. Son épouse est issue d’une vieille famille très réputée à
Guise car elle a été annoblie pour fait d’armes lors du siège de cette
ville en 1650. C’est également la nièce du grand recteur Coffin,
parente de Boileau mais également cousine avec Condorcet et Desmoulins.
Parmi les témoins à ce mariage figure Jean Nicolas Benoît Desmoulins le
père de Camille.
Personnage très remarqué au baillage de Guise comme à Paris où il
débute comme avocat au parlement, il obtiendra par la suite dans ces
mêmes villes tous les postes tant convoités : celui tout d’abord de
procureur fiscal de la maîtrise des Eaux et Forêts puis celle en 1781
de subdélégué à Guise pour l’Intendance de Soissons .
Auguste Matton nous dit que : « depuis qu’il exerçait les fonctions de
subdélégué à Guise, il s’était distingué par une remarquable aptitude
avec la maturité du jugement, qualités indispensables aux bonnes
solutions. Son mérite le fit nommer membre de l’assemblée provinciale
du Soissonnais où il représenta dignement le Tiers-Etat. »
Puis il ajoute : « De Viefville s’attira la profonde estime de ses
collègues, qui ne prirent aucune décision sur les travaux publics, sans
l’avoir entendu. Sa sage expérience était très précieuse aux nouveaux
pouvoirs, ardents promoteurs des réformes utiles. »
Sa plus importante décision avant celle de député sera la suppression
des tribunaux d’exception décidée le 8 juin 1788 par le Conseil d’Etat.
« De Viefville la fera enregistrer au Greffe de l’Election le 8 août et
à celui du grenier à sel le 13. »
Nous savons par ailleurs de même source que suite à la grêle tombée
dans la région le 13 juillet 1788 qui détruisit les récoltes et de la
dureté de l’hiver qui allait suivre, une grande partie de la population
de Guise et de ses environs « seraient contraints à survivre avec de
l’herbe et du son délayés dans l’eau. »
« Jean -Louis qui avait déjà donné 200 livres aux malheureux
moissonneurs et aux pauvres de Guise, 50 jalois de blé » obtint du
ministre des finances Necker 3500 livres par le biais du maire de Laon
le Carlier et de son cousin Jean louis Adrien de Viefville maire de
Guise.
Malheureusement, Necker devant démissionner chacun de nous connaît les suites qui enclencheront les processus de la Révolution… <
« La multiplicité de ses fonctions l’ayant pourvu de fortune, lui
aurait permis selon Fleury de disposer d’une partie de sommes
nécessaires à la première éducation de Camille Desmoulins. »(Camille
desmoulins fréquentera dès 11 ans, le 1er octobre 1771 , le prestigieux
Lycée Louis le Grand après avoir séjourné dans un pensionnat de
bénédictins au Cateau Cambraisis.)
Mais nous savons d’après Matton que fort de « cet heureux résultat »
après son élection de second député du Tiers-Etat représentant le
Vermandois devant le maire de Laon Le carlier le 20 mars 1789, il fera
part néanmoins à l’intendant de Soissons le 26 mars que :« son
intention n’était pas d’en profiter, s’il n’obtenait son approbation et
qu’il le priait de lui permettre de s’absenter , sauf à lui procurer
pour l’intérim, une personne digne de confiance.L’intendant exprima à
de Viefville le plaisir qu’il éprouvait de cette confiance méritée et
accepta son offre de désignation. »
Depuis son élection de député aux Etats Généraux siégeant à versailles,
« Jean-louis loge alors à Paris, quai des Théathins, près de
saint-Sulpice, où son jeune cousin Camille lui rend souvent visite. »
Il deviendra de même, un membre actif au sein du comité féodal où il
traitera différents sujets avec « savoir et talent »selon Fleury.
Le 16 septembre1789 :il donnera ses opinions en faveur de la supression
de la gabelle puis le 23 octobre 1789 sur la propriété des biens du
clergé.
Le 14 janvier 1791 : il proposera des « idées sur l’organisation de la
marine et sur les changements et réformes dont elle est susceptible
dans différentes parties. »
Et surtout le 11 mai 1791 : il s’ affirmera par discours et projet de
Loi pour « l’affranchissement des nègres et adoucissement de leur
régime avec réponse aux objections des colons »provoquant une véritable
révolution pour l’époque à l’assemblée puisque traitant de l’abolition
de l’esclavage. (même si certaines voix comme celles de Montesquieu,
Voltaire ou Condorcet s’étaient déjà élevées en vain contre ce fléau au
XVIIIème siècle )
Entre temps, le 29 décembre 1790, « il signe aux côtés de Danton ,
Robespierre , Lameth,Brissot, Barnave et Pétion le contrat de mariage
de Camille et Lucile. »
Durant la Terreur , Jean-louis n’échappera pas aux menaces qui pèsent
sur tous les personnages au pouvoir mais il sauvera sa tête.
En août 1792 , Jean Louis est accusé à Guise d’avoir eu des contacts
avec des émigrés.Ce genre d’acusation était très fréquent et très utile
pour éliminer les personnages influents sous la terreur en réponse à la
fuite de Varennes. (cf. procès de Danton , camille desmoulins mais
surtout l’affaire Dillon) Camille en est informé par lettre adressée
par Fouquier Tinville également cousin de De Viefville qui lui fait
part de « cette fâcheuse position ».
De plus ,après la fuite de Varennes et surtout lors du procès du roi
louis XVI en 1792 de cette même année, Jean-Louis envoie un mémoire de
protestation à ses collègues de la Constituante le 10 décembre dans
laquelle il réclame « le respect des principes constitutionnels , la
liberté de la famille royale ainsi que le maintien des droits du
monarque. »
Dès lors, Jean Louis sera arrêté le 21 janvier 1794 , traduit devant un tribunal révolutionnaire puis condamné à mort.
Peut-on penser qu’il est eu l’appui de ses cousins : Fouquier Tinville
ou Desmoulins ou doit-on penser comme il est écrit dans Le manuel
contemporain de M.Devismes « qu’il fut l’objet d’un quiproquo ou d’une
méprise avec un autre individu qu’on appelait également au supplice » ?
« Cette situation le laissera en suspens de sa condamnation en prison
jusqu’au jour du 9 Thermidor an 2(27/07/1794)où il sera libéré » après
la chute de Robespierre par les députés modérés de la Convention ,selon
les propos d’un anonyme de l’annuaire de l’Aisne de 1822 .Ce même
anonyme précise qu’après être rentré dans ses foyers et repris ses
fonctions d’aministrateur des forêts tout bascula de nouveau après
plusieurs coups d’Etat dont celui du 18 fructidor an 5 (4 septembre
1797) par le Directoire contre les royalistes des deux assemblées . En
effet, les élections de 1797 ont permis le retour de députés modérés
favorables à la monarchie.(dont le prétendant louis XVIII frère de
louis XVI)
Mais les anciens montagnards de la Convention (dont Barras notamment)
n’en veulent pas d’autant que beaucoups ont été compromis durant la
terreur en accumulant profit et richesse.
Les Directeurs Barras, Larevellière et Reubell, partisans de la manière
forte, renvoient les ministres favorables à la droite dès juillet 1797
et puis procèdent à une vague d’arrestations dont Pichegru,Ramel et de
Barthélémy :
« Jean-louis , fidèle à son passé courageux aurait blâméses arrestations ».
Menacé de destitution et de déportation à Cayenne (comme 53 autres
députés) il en réchappera de nouveau grâce à l’appui de son beau père
Le Pelley de Pléville ministre de la Marine .
De nouvelles mesures de répression sont prises par ailleurs contre les
prêtres réfractaires qui refusent la Constitution civile du clergé et
contre les émigrés. C’est le cas de son frère Pierre déjà déporté en
septembre 1792 qui sera rayé de la liste des émigrés le 16/12/1801 ,
contraint de démissionner.
Sous le Consulat , après le coup d’Etat du 18 brumaire an 7
(09/11/1799)et la prise de pouvoir de Bonaparte, Jean Louis retrouvera
tout le talent de son passé courageux de monarchiste constitutionnel
qui lui avait jusqu’à présent attiré que des ennuis.Il sera nommé
conservateur des eaux et forêts puis maire de Guise (1800). Il entrera
également au Conseil général de l’Aisne qu’il présidera douze ans et
sera même élu par deux fois sénateur de l’Aisne.
L’Empire lui proférera également le titre de baron et par décret du 15
mai 1813 il sera appelé (malgré son âge avancé et sa maladie depuis
1800)aux fonctions de sous-inspecteur des forêts à Brême pour finir
conservateur des eaux et forêts du 26ème arrondissement en résidence à
Amiens mais avec cependant l’autorisation de rester à Guise.
Ses armes sont : Ecartelé au 1 et 4 d’azur, à une palme d’argent posée
en pal et accostée de deux clefs du même,le tout soutenu de 3
coquillages d’or rangées en fasce. Au 2 et 3 de sinople, à 3 besants
d’argent au 3,2 et 1.
Le 12 décembre 1820, Jean Louis est frappé d’une attaque d’apoplexie. Il décèdera le lendemain dans sa 73ème année.
Il repose encore actuellement en compagnie de sa femme et d’une partie
de sa famille dans le caveau familial du cimetière de Malzy.
Il existe de lui un portrait de profil établi par Dejabin dont
l’original au crayon se trouve aux Archives Nationales et un second en
ma possession qui a été gravé par le procédé à l’eau forte.
David Delfosse
Merci à Nathalie Pryjmak pour ses relévés et à Jean-Noël Guiard sans qui cette courte biographie n’aurait pu être écrite.
Quelques Sources:
Le site de Gallica http://www.gallica.fr qui offre de nombreuses ressources sur Jean Louis de Viefville des Essarts.
Sur ce site on trouve notamment :
Bailliage du Vermandois [Document électronique] : élections des Etats
généraux de 1789, procès-verbaux, doléances, cahiers et documents
divers / publiés par la Société académique de Laon ; précédés d'une
introd. et suivis de notes biographiques par Edouard Fleury (avec une
notice sur de Viefville dont cette biographie est très largement
inspirée.)
Histoire de la Ville de Guise par l’abbé Pêcheur.
Archives parlementaires de 1787 à 1860 : recueils complets des débats législatifs et politiques des Chambres françaises.
Des articles parus dans l’Aisne nouvelle (en 1988 notamment) par l’historien local Jean Noël Guiard.
Histoire de la ville de Guise et de ses environs par l’excellent
archiviste de l’époque A. Matton(réimpression Ed. Le livre
d’histoire)
Archives départementales de l’Aisne (registres paroissiaux de Malzy série E )
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.
La révolution en Picardie de Claude Vaquette , Ed. Martelle
Le dictionnaire des membres du comité de Salut Public de Bernard
Gainot, Ed.Tallandier 1989 , agenda de l’histoire, Cometec
International Editions
Société archéologique historique de Vervins et de la Thiérache. Les
mémoires de Jean-Louis de Viefville des Essars, Constituant. notable de
Guise par Mme Claudine Vidal,1993.