Joseph DUGUET

Curé de Parfondeval pendant la période révolutionnaire
Son nom n'est pas resté dans les mémoires mais le personnage haut en couleur est digne d'un roman !!!

  • Né le 7.2.1743 à Dizy le Gros
  • Il devient curé de Parfondeval en 1769 et selon certains fit un bien immense et inspira à tous ses paroissiens une foi solide.Mais intransigeant avec les impies, il eut à partir de 1789 de nombreux tracas.
  • Invité à prêter , comme tous les curés, le serment à La constitution Civile du Clergé en 1790, il accepte d'abord avec restrictions puis se retracte.
    Voici que que l'on lit de lui dans le journal révolutionnaire "Le courrier de Paris de Gorgas ":
    " Il y a un curé nommé Duguet dans la paroisse de Parfondeval. Ce Duguet est le plus drôle de corps de tout son district ; tantôt il jure, tantôt il crie, tantôt il bondit comme un pantin. A l'epoque du serment, le cher homme monte en chaire et après beaucoup de ah ! et de hélas! il le prête avec des restrictions, mais en faisant une si etrange grimace que les dévotes crurent qu'il avait une arête de brochet dans le gosier. La municipalité, qu'il a pour ainsi dire excommuniée, envoie son serment restrictionnel au Directoire du Département ; à cette nouvelle son mal empire ; il monte en chaire, et le voilà qui fait des signes de croix et des gestes ; il défend à ses paroissiens d'aller à la messe à d'autres qu'à lui, il leur promet de la dire pour eux dans les caves.
    Ce n'est pas tout, on lui signifie la nomination de M. Marolles à l'évéché et qu'il faut chanter un Te Deum. oh! pour le coup, sa pauvre tête pète tout à fait ; imaginez vous le diable à qui on voudrait faire chanter des litanies ou prendre de l'eau bénite. Le voilà dans son église et d'un saut dans sa chaire. Au lieu de la proclamation, il lit la Pastorale de l'ex-monseigneur de Sabran, et il bat l'air de ses deux bras ,et il excommunie la municipalié !
    Tout cela ne se passe pas sans sauts, sans pleurs, et sans grincements de dents. quand il est las de lancer la foudre, il joue une autre farce, il s'écrie douloureusement que tout est perdu, que "le diable emporte le bon Dieu sur la montagne", et voilà mon pauvre Duguet qui fond en larmes avec les paroissiens et qui les exhorte à s'armer, à courir après les ravisseurs et à les tuer tous ;
  • ensuite, il chante la messe et au lieu de Te Deum, il enfourne un Parce Populo et le Miserere, pendant lequel il sanglotte d'une manière pitoyable ; il descend en fin du choeur et vient se coucher à plat ventre dans le beau mileu de la nef, il y reste une demi-heure, c'est à dire il y fait pendant une demi-heure des sauts de carpe; il se releve en hurlant quelques Oremus, jette de l'eau bénite au nez de ses paroisseins et rentre chez lui en bramant comme un cerf qui a perdu sa biche et ses petits. Nous ignorons le parti qu'on va prendre sur ce pauvre curé ; en attendant nous le recommandons aux prières des bonnes âmes (Ed.Fleury : "Le clergé du département de l'Aisne pendant la Révolution")
  • Déchu de ses fonctions, l'abbé Duguet se retire à Ognies chez son frère mais garde un grand ascendant sur ses paroissiens si bien que la commune de Parfondeval est bientôt coupée en deux. De violentes querelles éclatent et la municipalité fait arrêter Duguet le 1er mai 1791, mais il est relâché par ordre du district de Laon
  • Apres de nouvelles plaintes, Duguet est encore poursuivi et arreté à Ognies en juillet 1791 puis relâché. Nouvelle arrestation fin septembre, il est frappé et menacé de mort mais réussit à s'enfuir pendant la nuit
  • Pendant plus de deux ans, il ne reparaît pas à Parfondeval, se cache dans les bois et maisons où il se sait en sûreté, il sillonne en tous sens la Thiérache. Arrété à nouveau , il est conduit à la prison de Vervins et condamné à mort mais la chute de Robespierre lui sauve la vie.
  • Durant 3 ans , infatigable il continue à "missionner" près de sa paroisse jusqu'à ce qu'une escouade de 22 gendarmes vint l'arrêter dans une maison de Parfondeval. Après trois mois de prison, il est élargi et continue ses travaux de mission
  • Porté sur la liste des emigrés de 1793, il demande sa radiation de cette liste
  • en 1802, il est nommé Curé-doyen de Vailly, Supérieur du Grand séminaire de soissons en 1806
  • Il meurt d'une attaque d'apoplexie le 22.12.1807.

Extraits et sources : "le Canton de Rozoy et ses environs" IP MIEN