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Jean Nicolas MENNESSON |
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Homme de loi |
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Jean Nicolas MENNESSON, né à NEUCHATEL SUR AISNE en 1782, y décédé à 73 ans, tint du 6 Avril 1808 au 6 Mai 1846, soit pendant près de 40 ans, l’office notariale de NEUCHATEL, à lui cédé par son frère consanguin Philippe Joseph. Au cours de cette longue carrière terminée par l’honorariat il recueillit, à mainte et mainte reprises des preuves indiscutables de l’estime générale de ses confrères et de leurs confiances en ses lumières, dans sa fermeté et dans son esprit de justice. En effet, dès le 22 Mai 1823, les notaires de l’arrondissement de LAON le nommaient président de leur chambre de discipline pour une année et ils lui renouvelèrent le même mandat neuf fois. Il était encore à leur tête lorsqu’il se démit de sa charge[1]. Très versé dans la connaissance du droit civil et de la jurisprudence, rompu à la pratique des affaires par un long stage assidus dans l’étude d’un notaire expérimenté de LAON, aussi scrupuleusement attaché à ses devoirs professionnels que dévoué à la défense des intérêts à lui confiés, aussi laborieux que prudent et réfléchis, il assura à bref délais à son office une clientèle des plus stables et des meilleurs. Il l’avait acheté trois mille francs, il le vendit moyennant un prix de cent mille francs. En sa qualité de président de la chambre de discipline, il a soutenu contre le parquet de LAON, avec une énergie qui jamais ne se lassait, des luttes épiques au sujet des droits et privilèges des notaires. Dans l’accomplissement d’une tache aussi délicate et aussi ardue, il a manifesté au plus au degré, comme le prouvent les procès verbaux de divers séances et délibérations de cette chambre, l’indépendance et la ténacité qui étaient dans l’essence de son tempérament moral. Jean Nicolas MENNESSON a été conseiller municipal du bourg de NEUCHATEL d’Avril 1812 à 1815, de 1821 à 1824, et sans interruption de fin 1834 au 8 Août 1851, date à laquelle il a donné sa démission. En dernier lieu, il avait été élu premier conseillé au premier tour de scrutin le 6 Avril 1848 par 141 suffrages sur 183 exprimés. Nommé conseiller municipal aux élections du 18 Septembre 1831, il n’avait point à cette époques ces fonctions. Adjoint au maire de NEUCHATEL sous le premier empire en 1813 et 1814 et au cours des 100 jours en 1815, il a été maire de ce bourg du 11 Avril 1848 au 8 Août 1841. Nommé à ces dernières fonctions qu’il n’avait ni recherchées ni désirées, d’abord par arrêté préfectoral du 11 Avril puis le 24 Août suivant par 9 suffrages de conseillers municipaux sur 10 exprimés, il ne crût pas devoir les refuser à une époque où les passions politique étaient vivement surexcitées et où le poids de son autorité moral sur ses concitoyens pouvait n’être pas superflu pour prévenir tout excès local. Il a, sans interruption, remplis de 1833 à 1848 les fonctions, dont il avait été investi par les suffrages des électeurs du canton de NEUCHATEL, de conseiller d’arrondissement. Le 26 Septembre 1830, au cours des essais de constitutions de la garde nationale, ses concitoyens le nommèrent leur capitaine par 78 voix sur 81. En 1832, lors de l’organisation de cette milice bourgeoise, ils le choisirent pour leur chef de bataillon (par 55 suffrages sur 62). Ils lui donnèrent la même marque d’estime en 1834 et 1837. Il demeura à leur tête, en cette qualité, pendant environ 7 ans. Républicain ardent, Jean Nicolas MENNESSON a pris une part active à toutes les luttes politiques électorales qui se sont engagées en France depuis sa jeunesse jusqu’à son décès. Il avait accueilli avec joie la nouvelle de la chute en juillet 1830 de la branche ainée des bourbons, et, avec confiance dans l’avenir, celle de l’élévation du duc d’Orléans au trône, par lui considéré comme un acheminement vers une République Démocratique. Moins clairvoyant que son cousin germain, Amand Maximilien MENNESSON, l’un des délégués de la ville de VILLERS COTTERETS auprès du gouvernement provisoire issu des journées de 1830, il avait cru naïvement à la sincérité des déclarations et promesses faites à LAFAYETTE, à l’Hôtel de Ville de PARIS, par le duc d’Orléans devenu Lieutenant Général de la France ; son illusion dût être de courte durée. Après le 2 décembre 1851, plus d’un proscrit vint lui demander et reçut ostensiblement asile chez lui en prenant le chemin de l’exil. Dans ses mémoires que nous sommes heureux de posséder et ou il a reproduit une grande partie des lettres et proclamations par lui écrites et des discours et allocutions par lui prononcées soit comme simple particulier, soit comme administrateur, soit comme capitaine ou chef de bataillon de la garde nationale, éclatent à chaque pages la rectitude du jugement, la netteté des idées, la richesse et la solidité de l’argumentation. L’ardeur des sentiments exprimés, jointe à la franchise d’un langage où vibraient son patriotisme, son amour du progrès social, son attachement au bien public, enflammait sa plume ou sa voix, communiquait à la phrase une chaleur persuasive. Jean Nicolas MENNESSON a épousé en 1811 une des filles d’un riche propriétaire de NEUFCHATEL, Pierre LOUIS, dont la famille habitait le pays de temps immémorial. Pierre LOUIS, né à NEUFCHATEL en 1741, et qualifié dans l’acte d’état civil y dressé le 4 janvier 1776 pour constaté le décès de son père Charles LOUIS « officier chez le roy » titre qui lui avait été conféré moyennant un prix de trente milles livres. Il avait pour frère unique Gabriel LOUIS, décédé à LAON en 1830, président honoraire du tribunal civil de LAON à la tête duquel il était demeuré du 7 novembre 1790 jusqu’en 1829, magistrat dont le portrait à l’huile, fait par le peintre Garnier décore l’une des salles du palais de justice de LAON et dont son biographe a dit : « il était un modèle vivant de toutes les vertus ». Jean Nicolas MENNESSON n’ajoutait pas plus de foi aux dogmes du catholicisme qu’aux contes de PERRAULT ses parents, disait-on n’avaient jamais pu, pendant sa plus tendre enfance, lui inspiré la crainte du diable quand il commettait quelques espiègleries répréhensibles. Pour témoigner clairement de son indépendance d’esprit en matière religieuse il s’était plus à donner à plusieurs de ses enfants des prénoms bizarres empruntés à l’Antiquité payenne ou à la société arabe (Sémiramis, Mahommet). Mais il était trop respectueux de la liberté de conscience pour n’avoir jamais songé à apporter la moindre entrave aux pratiques de dévotions de son entourage féminin. Jean Nicolas MENNESSON, sa femme, leur fille ainée Amable et leur gendre Désiré Joseph MENNESSON repose dans le même caveau, sis dans la partie supérieur du cimetière de NEUFCHATEL et au dessus duquel une croix de marbre blanc porte cette simple inscription : « famille MENNESSON-LOUIS » |
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[1] Président de la chambre de discipline des notaires du 22 Mai 1823 à Mai 1826, du 21 Mai 1829 à Mai 1832, du 17Mai 1838 à Mai 1841 et du 6Mai 1845 eu 6 Mai 1846, date à laquelle il a cessé d’être notaire.