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Hyacinthe
Paraclet LEFEBVRE |
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Un Prêtre musicien Soissonais |
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Vénérable et
discrète personne Hyacinthe Paraclet LEFEBVRE, chanoine titulaire de la
cathédrale de Soissons, aurait été très surpris, au cours du siècle dernier, si
on lui avait prédit que, cent ans après sa mort, on évoquerait encore sa
mémoire dans le docte « Bulletin périodique de N’est il pas équitable cependant de rappeler, si brièvement que possible, le rayonnement spirituel, à la fois sacerdotal et artistique, d’un homme de cœur, ayant consacré toute sa vie – tant qu’il en eut la force- à l’éducation religieuse et morale des jeunes, comme à leur formation musicale, et cela en grande partie à Soissons même ? Né à Sissonne le 9 juin 1810, le jeune garçon avait été remarqué par le curé doyen de cette paroisse, l’abbé MARECHAL. Celui-ci le présenta bientôt au petit séminaire, tout proche, de Notre Dame de Liesse. L’enfant, entré en classe de sixième dit preuve dès son arrivée, non seulement d’une belle régularité, mais aussi et surtout du foi solide et d’une fervente piété ; qualités qui devaient s’épanouir ensuite au petit séminaire de Laon (où se poursuivaient alors les études secondaires), puis au Grand Séminaire de Soissons, rue de Panleu. Le jeune homme ayant manifesté de réels dons pour la musique et plus spécialement la musique religieuse, on aima lui confier, au cours des offices liturgiques de la cathédrale, certaines mélodies grégoriennes ou autres : on appréciait sa belle voix de ténor, mais surtout l’expression qu’il savait donner à leur interprétation. St Augustin ne dit il pas : « Bien chanter, c’est prier deux fois…. » Les chroniques de l’époque soulignent que l’abbé LEFEBVRE « comme à son habitude, chante avec âme… » Ordonné prêtre le 20 Mai 1837, il fut nommé directement vicaire à la cathédrale de Soissons. Le curé archiprêtre, le chanoine Jean DELABARRE (1793.1858), l’accueillit avec joie. Ce fut une chance et une grâce pour l’abbé LEFEBVRE d’inaugurer son ministre en compagnie d’un vrai pasteur, homme de Dieu, d’une foi profonde, humble, affable, généreux et dévoué, ayant à cœur de visiter, chaque année, toutes les familles de sa paroisse avec autant de discrétion que de bonté. Le zèle du jeune vicaire, son éloquence, son affabilité comme sa distinction (très apprécié à l’époque dans tous les milieux) lui gagnèrent rapidement la confiance de la paroisse. Chargé, entre autres, de la préparation des jeunes garçons à leur première communion, nous le voyons toujours prêt à aider, stimuler, expliquer, avec une admirable patience, ayant à cœur de suivre, un par un, chaque enfant : Comme l’abbé DELABARRE , son discret modèle, il sait discerner et découvrir les germes naissants de vocations sacerdotales ou religieuses. Il le fera d’ailleurs toute sa vie pour le plus grand bien du diocèse de Soissons et de l’Eglise… En 1884, Monseigneur de SIMONY lui confie la direction de
la maîtrise de la cathédrale, que l’éminent helléniste, le chanoine CO Cette sympathique manécanterie avait été réorganisée, dès 1809 par Mgr LEBLANC De BEAULIEU. D’une vingtaine d’élèves au point de départ, elle en comptait une cinquantaine, trente ans plus tard. Après avoir occupé plusieurs logements de fortune entre 1809 et 1816, période souvent troublée par les événements extérieurs, la Maîtrise devait connaître son apogée place du Cloître, pendant plus de soixante ans. C’est là que l’abbé LEFEBVE devait donner toute sa mesure, non seulement dans la direction des chants, pais aussi en imprimant à sa « maison » un esprit apostolique, au point que la Maîtrise devint une véritable « pépinière de vocations ». C’est plus de trente prêtres qui, plus tard, se plaisaient à dire qu’ils devaient leur vocation sacerdotale à l’abbé LEFEBVRE. Tous avaient gardé le plus affectueux souvenir de leur père spirituel, aimant à évoquer le professeur à la parole correcte et élégante, le maître de chapelle plein d’entrain et de justesse, le prêtre, à la fois doux et ferme, prudent et sage qui les avait formés à la science et à la musique, mais aussi à l’excellente tenue et à la modestie. Il avait su obtenir facilement une discipline consentie : on craignait de le peiner, on l’aimait….N’est ce pas le plus bel éloge qu’on puisse faire d’un maître et d’un éducateur ? En 1848, la veille du sacre à la cathédrale de Mgr de GARSIGNIES, coadjuteur de Mgr de SIMONY (qui devait décéder en 1849) l’abbé LEFEBVRE était nommé chanoine honoraire : ce fut une joie pour ses amis et ses élèves…cependant dès les premières années de son épiscopat, le nouvel de Soissons voulut avoir près de lui son petit séminaire. Rappelons simplement ici que Mgr de GARSIGNIES avait, dès 1850, racheté l’abbaye St léger (en triste état depuis la révolution française) pour en faire, d’abord un collège, puis en octobre 1855, un petit séminaire. Nul n’aurait trouvé à redire à cette acquisition et à cette heureuse création, si, pour ce faire, l’évêque n’avait supprimé les petits séminaires de Laon et d’Oulchy, et pratiquement la maîtrise de la cathédrale devenue simple maison d’instruction primaire. Ce fut pour l’institution, comme pour son directeur, un coup terrible. En effet, l’internat et les classes secondaires (latin-grec) furent fermées : Monsieur le Chanoine (honoraire) LEFEBVRE n’était plus supérieur de cette école primaire (bientôt confiée aux Frères des Ecoles Chrétiennes) mais seulement maître de Chapelle. De cette époque date la maladie de cœur qui devait être, pour lui, une occasion de nouveaux mérites…Il dut quitter « sa » maison en 1857. Après trois années de semi-repos dans la cure de Prémontré, au milieu de magnifiques ombrages, l’ancien directeur de la Maîtrise fut nommé curé-doyen d’Oulchy – le – Château, en 1860. Rapidement très aimé de ses paroissiens, H.LEFEBVRE fut heureux de pouvoir de nouveau, - c’était un besoin de son cœur comme bienfaisant devoir de son sacerdoce – préparer de jeunes enfants, non seulement à leur première communion, mais aussi, pour beaucoup, à leur entrée au séminaire.. Désireux de souligner les mérites de ce bon prêtre, Mgr
DOURS nommé l’Abbé LEFEBRE chanoine titulaire de Hélas ! Il lui fallait maintenant, pour ménager son pauvre cœur, marcher lentement, à petits pas ! Il en souriait doucement, remerciant Dieu, au soir de sa vie, de n’avoir qu’à traverser la place du Cloître pour célébrer sa messe, chaque matin, en cette maison de la Maîtrise, si chère à son cœur. Aussi, on devine sa douleur, en apprenant, un jour d’octobre 1877, que « la Fabrique de la cathédrale de Soissons se proposait : 1 – d’acquérir une maison, sise à Soissons, rue de la Buerie (ancienne pension DAVRIL) pour y établir la Maîtrise ainsi que le logement de MM. Les vicaires ; 2 – d’aliéner une autre maison, pise place du Cloître, où se trouve actuellement la Maîtrise…. » Le produit de ladite vente devant servir « à payer en partie » cette nouvelle acquisition. Quelques mois plus tard, n’ayant pu supporter cette dure épreuve, ajoutée à bien d’autres, le bon chanoine-musicien expirait subitement, sans agonie, prêt depuis longtemps à paraître devant Dieu, pour participer enfin aux joies de la psalmodie éternelle. C’était le samedi 9 mars 1878…. |
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Fiche : Marie-Claude Vogel d’après Henri Doyen |