L'EXPLOSION DE LA CITADELLE DE LAON
Récit basé sur le livre de Gustave Dupont du même titre

Elle eut lieu le 9 septembre 1870 alors que le corps d'armée du Duc de MECKLEMBOURG, armée prussienne, prenait possession de la citadelle.
Cet évènement eut un grand retentissement et produisit une vive impression. Dans les premiers moments, l'opinion publique à Paris y vit un exploit héroïque qui attestait les dispositions exaltées des populations face à l'ennemi, mais la réalité est tout autre.
Cet évènement marqua profondément le canton de Rozoy Sur Serre car la plupart des victimes en étaient originaires.

La liste des victimes parmi les mobiles

la page de la commune de Montcornet montrant la colonne de mobiles
  • Le 7 Août 1870, face au risque d'envahissement, le gouvernement fait, dans une proclamation, un "Appel suprême à l'énergie de la Nation". On réorganise la garde sédentaire, on appelle la garde mobile et l'on commence à mettre Paris en état de défense.
    Pour les départements du nord, l'envahissement est imminent, et l'Aisne se trouve parmi les premiers exposés . Or, Laon n'était pas organisé. Le commandement de l'Aisne était alors confié au Général THEREMIN D'HAME.
    Les approvisionnements manquaient, les armes aussi. Les soldats manquaient d'instruction militaire.
    Autre difficulté : la loi en vigueur qui interdisait au commandant d'une citadelle assiégée ou bloquée de capituler sauf si la garnison, après un premier assaut, est hors d'état d'en subir un second et après épuisement complet des vivres et munitions.
    Or, l'unique force dont disposait la citadelle est un bataillon de gardes mobiles et la garde nationale sédentaireà peine formés. L'autorité militaire décide donc de se borner à prendre des mesures provisoires en attendant une force régulière qui viendrait occuper la place.
    Le 20 Août , le Général THEREMIN réunit le Comité de défense et y appelle le prefet Mr Joseph FERRAND et le Maire du Chef lieu, Mr VINCHON.
  • Le 23 Août les préfets des 17 départements du Nord reçoivent du ministère l'ordre de tenir et de retarder l'ennemi par tous les moyens possibles. La même dépêche est reçue dans l'Aisne le 25.
    Le temps presse et les évènements se précipitent. Le 27 Août le Préfet de Chateau-Thierry annonce que l'armée du Prince Royal de Prusse occupe Chalons et prend la direction de Reims et d'Epernay. Le même jour à 11 heures du soir, on annonce que l'ennemi va paraître devant Laon.
    A Laon, on hâte les dispositions propres à mettre la ville à l'abri d'un coup de main de cavalerie mais toute la force armée consiste en un bataillon de mobiles non encore exercés au feu, sans un homme d'artillerie ni d'infanterie.Le Préfet, Monsieur Ferrant fait deux proclamations : l'une disant aux hommes de armes de tenir à tout prix et l'autre engageant les fonctionnaires à se préparer à se defendre. Il reçoit pour ces déclarations des éloges de tous les points du territoire, éloges qu'il ne cherchait probablement pas, n'ayant fait que ce qu'il pensait n'être que son devoir.
    Il se crée alors une sorte de Conseil de guerre qui prend la résolution de tenir et le 29 Août un procès verbal rédigé par ce conseil est amené à Theremin, blessé et affligé car il était en droit de commander et d'être obéi mais la confusion et l'indiscipline se glissaient partout.
  • L'invasion avance...Le 30 Août le gouvernement ordonne l'envoi de tous les pompiers du département à Paris. Cette décision crée des mouvements de panique, les gens essaient de s'armer.
  • Le 2 Septembre le colonel DUPOUET arrive à Laon pour préparer une position de défense sous les murs de la ville. Le lendemain la division de MAUD'HUY commence à descendre des convois à la gare de Laon.
    Vers 11 heures une dépêche annonce 300 chevaux ennemis dans le canton de Rozoy sur Serre.
    Il n'y a que deux choix : lutter jusqu'au bout ou s'incliner en essayant de négocier.
  • Le 4 Septembre des voyageurs répandent le bruit que le gouvernement impérial va être renversé. Une dépêche circule bientôt annonçant le rétablissement de la République. Mr FERRANT se retire alors du pouvoir mais encourage à continuer la lutte et décide de rester en tant que soldat.
  • Dans la nuit du 5, le Général Vinoy arrive à Laon. Une dépêche l'attend lui ordonnant de revenir avec son corps d'armée et de se mettre à la disposition du gouvernement.
    Le 6 au matin, le départ des troupes commence. Il ne reste plus à Laon que le bataillon de mobiles. La population se sent abandonnée. ..les soldats fatigués ....
    Vingt huit Uhlans entrent bientôt à Vaux et se présentent à la porte du même nom. Une bataille s'engage et les cavaliers fuient.
  • Le 7 Septembre au soir, un Uhlan avec drapeau blanc apparait, il demande la reddition de la citadelle.
    Theremin avait reçu une dépêche lui enjoignant de se retirer vers Soissons si Laon était menacé. Mr Ferrand l'engage à se retirer également mais le général refuse de partir sans en avoir informé son supérieur. Il lui envoie un télégramme.
    Un nouveau télégramme arrive lui disant te tenir jusqu'au bout...A 3 heures , un nouveau parlementaire se présente. Il s'agit du colonel VON ALVENSLEBEN, chef de l'Etat Major du corps d'armée commandé par le Duc de MECKENBOURG. Il détient une sommation écrite avec signature du Prince de se rendre dans un délai de 18 heures et de livrer armes et matériels sans quoi la ville serait brûlée passé ce délai.
    La désertion continue parmi les mobiles, la population s'affole. On tente d'empêcher Theremin d'agir.
  • A 11H30, l'armée allemande entre dans la ville, monte à la Citadelle et en prend possession. Les mobiles commencent à défiler en posant leurs armes. Les deux généraux , Theremin et Meckenbourg vont signer la capitulation lorsqu'une effroyable détonnation se fait entendre. La poudrière avec quelques 26.000 Kg de poudre vient de sauter.
  • Portes, murailles et bâtiments sont renversés...pierres et poutres volent...les victimes gisent par centaines...
    A l'entrée de la citadelle, un groupe de jeunes officiers git, couchés, sanglants, affreusement mutilés, le fusil encore à la main...Plus loin, une ligne de soldats couchés et en face un certain nombre de prussiens....Les deux généraux portés à terre se relèvent, blessés, le Général Theremin plus gravement à la tête (il en mourra quelques semaines plus tard).
    Partout alentour des monceaux de morts, des mourants et blessés qui crient de douleurs sous un ciel blaffard. Un vent de tempête souffle et la pluie tombe à torrent. Au milieu des flaques d'eau , la boue jaunâtre se teinte de sang au milieu des débris humains.
  • Parmi les Français on comptera 11 officers et 230 mobiles tués, 10 officiers et 150 mobiles blessés
    Chez les Prussiens 30 morts, 2 officiers et 65 soldats blessés.
  • Le Préfet Ferrand tente d'expliquer au colonel Von Alvensleben que les autorités sont étrangères à cette explosion. Le général Meckenbourg quant à lui croit à l'attentat et veut mettre la ville à feu et à sang mais Von Alvensleben réussit à le calmer. Le Général déclare alors qu'il se contentera de 10 otages choisis parmi les notables de la ville qui répondront sur leur vie de la sûreté des troupes allemandes.
  • Tout semblait donc terminé, la ville fut épargnée grâce à l'intervention pressante de Von Alvensleben. Le prefet Joseph FERRAND fut tout de même arrété par les Prussiens pour avoir proceder à des opérations de conscription et comme complice de différents attentats commis contre l'armée allemande. Il fut conduit à Coblenz et enfermé dans la forteresse d'Ehrenbreitsbein, il resta prisonnier de guerre pendant 5 mois.
  • Quant à l'explosion de la poudrière, elle aurait été provoquée par un dénommé Henriot, garde du génie qui avait les clés de la poudrière et dont on ne retrouva pas le corps.

Ainsi se termine l'histoire telle que nous la raconte Mr Gustave Dupont dans son livre.

Jean Boury, instituteur de Dagny Lambercy et auteur de la monographie du village offre une vision beaucoup plus romanesque :
Une capitulation livrait Laon aux Allemands. Le grand duc de Mecklembourg allait pénétrer dans la Citadelle à la tête d'un bataillon de chasseurs allemands,quand tout à coup, une formidable explosion se produisit , détruisant les murs du fort et ébranlant les maisons sur leurs fondations. Une fumée noire et épaisse forma sur la ville un nuage sinistre. Des débris de toutes sortres, des pierres, des poutres,volèrent dans les airs, pêle mêle avec des membres humains, des corps sanglants et déchiquetés. Les Allemands crièrent à la trahison, au get-apens et se ruèrent instantanément sur les malheureux mobiles qu'ils massacrèrent dans les rues et presque dans les maisons. Ce fut une scène d'horrible sauvagerie où nos deux appelés de Dagny -Lambercy trouvèrent la mort (Les mobiles du Canton de rozoy ayant été les derniers évacués furent presque tous tués)
Parmi les morts, on ne put retrouver le garde d'artillerie Henriot. C'était un vieux soldat, médaillé de Crimée et d'Italie qui, chargé de livrer les poudres aux prussiens ne s'en était pas senti le courage. Il avait attendu que la garnison eût évacué le fort, puis croyant l'ennemi en place avait mis le feu

Toutefois, l'histoire du Laon et du Laonnois confirme la version selon laquelle, s'il en eut envie, le Duc de Mecklembourg ne mit pas la ville à feu et à sang.

A Montcornet fut inauguré en 1872 dans le cimetière la colonne des mobiles en hommage aux jeunes soldats du canton tués dans l'explosion.

Sources :
  • L'explosion de la citadelle de Laon - Gustave DUPONT - Archives Départementales de l'Aisne
  • Monographie de Dagny- Lambercy -J Boury
  • Histoire de Laon et du Laonnois -Direction Michel Bur- Archives départementales de l'Aisne

Article écrit par N Pryjmak