- Le 7 Août 1870, face au risque d'envahissement,
le gouvernement fait, dans une proclamation, un
"Appel suprême à l'énergie de la
Nation". On réorganise la garde
sédentaire, on appelle la garde mobile et l'on
commence à mettre Paris en état de défense.
Pour les départements du nord, l'envahissement
est imminent, et l'Aisne se trouve parmi les
premiers exposés . Or, Laon n'était pas
organisé. Le commandement de l'Aisne était
alors confié au Général THEREMIN D'HAME.
Les approvisionnements manquaient, les armes
aussi. Les soldats manquaient d'instruction
militaire.
Autre difficulté : la loi en vigueur qui
interdisait au commandant d'une citadelle
assiégée ou bloquée de capituler sauf si la
garnison, après un premier assaut, est hors
d'état d'en subir un second et après
épuisement complet des vivres et munitions.
Or, l'unique force dont disposait la citadelle
est un bataillon de gardes mobiles et la garde
nationale sédentaireà peine formés.
L'autorité militaire décide donc de se borner
à prendre des mesures provisoires en attendant
une force régulière qui viendrait occuper la
place.
Le 20 Août , le Général THEREMIN réunit le
Comité de défense et y appelle le prefet Mr
Joseph FERRAND et le Maire du Chef lieu, Mr
VINCHON.
- Le 23 Août les préfets des 17 départements du
Nord reçoivent du ministère l'ordre de tenir et
de retarder l'ennemi par tous les moyens
possibles. La même dépêche est reçue dans
l'Aisne le 25.
Le temps presse et les évènements se
précipitent. Le 27 Août le Préfet de
Chateau-Thierry annonce que l'armée du Prince
Royal de Prusse occupe Chalons et prend la
direction de Reims et d'Epernay. Le même jour à
11 heures du soir, on annonce que l'ennemi va
paraître devant Laon.
A Laon, on hâte les dispositions propres à
mettre la ville à l'abri d'un coup de main de
cavalerie mais toute la force armée consiste en
un bataillon de mobiles non encore exercés au
feu, sans un homme d'artillerie ni
d'infanterie.Le Préfet, Monsieur Ferrant fait
deux proclamations : l'une disant aux hommes de
armes de tenir à tout prix et l'autre engageant
les fonctionnaires à se préparer à se
defendre. Il reçoit pour ces déclarations des
éloges de tous les points du territoire, éloges
qu'il ne cherchait probablement pas, n'ayant fait
que ce qu'il pensait n'être que son devoir.
Il se crée alors une sorte de Conseil de guerre
qui prend la résolution de tenir et le 29 Août
un procès verbal rédigé par ce conseil est
amené à Theremin, blessé et affligé car il
était en droit de commander et d'être obéi
mais la confusion et l'indiscipline se glissaient
partout.
- L'invasion avance...Le 30 Août le gouvernement
ordonne l'envoi de tous les pompiers du
département à Paris. Cette décision crée des
mouvements de panique, les gens essaient de
s'armer.
- Le 2 Septembre le colonel DUPOUET arrive à Laon
pour préparer une position de défense sous les
murs de la ville. Le lendemain la division de
MAUD'HUY commence à descendre des convois à la
gare de Laon.
Vers 11 heures une dépêche annonce 300 chevaux
ennemis dans le canton de Rozoy sur Serre.
Il n'y a que deux choix : lutter jusqu'au bout ou
s'incliner en essayant de négocier.
- Le 4 Septembre des voyageurs répandent le bruit
que le gouvernement impérial va être renversé.
Une dépêche circule bientôt annonçant le
rétablissement de la République. Mr FERRANT se
retire alors du pouvoir mais encourage à
continuer la lutte et décide de rester en tant
que soldat.
- Dans la nuit du 5, le Général Vinoy arrive à
Laon. Une dépêche l'attend lui ordonnant de
revenir avec son corps d'armée et de se mettre
à la disposition du gouvernement.
Le 6 au matin, le départ des troupes commence.
Il ne reste plus à Laon que le bataillon de
mobiles. La population se sent abandonnée. ..les
soldats fatigués ....
Vingt huit Uhlans entrent bientôt à Vaux et se
présentent à la porte du même nom. Une
bataille s'engage et les cavaliers fuient.
- Le 7 Septembre au soir, un Uhlan avec drapeau
blanc apparait, il demande la reddition de la
citadelle.
Theremin avait reçu une dépêche lui enjoignant
de se retirer vers Soissons si Laon était
menacé. Mr Ferrand l'engage à se retirer
également mais le général refuse de partir
sans en avoir informé son supérieur. Il lui
envoie un télégramme.
Un nouveau télégramme arrive lui disant te
tenir jusqu'au bout...A 3 heures , un nouveau
parlementaire se présente. Il s'agit du colonel
VON ALVENSLEBEN, chef de l'Etat Major du corps
d'armée commandé par le Duc de MECKENBOURG. Il
détient une sommation écrite avec signature du
Prince de se rendre dans un délai de 18 heures
et de livrer armes et matériels sans quoi la
ville serait brûlée passé ce délai.
La désertion continue parmi les mobiles, la
population s'affole. On tente d'empêcher
Theremin d'agir.
- A 11H30, l'armée allemande entre dans la ville,
monte à la Citadelle et en prend possession. Les
mobiles commencent à défiler en posant leurs
armes. Les deux généraux , Theremin et
Meckenbourg vont signer la capitulation
lorsqu'une effroyable détonnation se fait
entendre. La poudrière avec quelques 26.000 Kg
de poudre vient de sauter.
- Portes, murailles et bâtiments sont
renversés...pierres et poutres volent...les
victimes gisent par centaines...
A l'entrée de la citadelle, un groupe de jeunes
officiers git, couchés, sanglants, affreusement
mutilés, le fusil encore à la main...Plus loin,
une ligne de soldats couchés et en face un
certain nombre de prussiens....Les deux
généraux portés à terre se relèvent,
blessés, le Général Theremin plus gravement à
la tête (il en mourra quelques semaines plus
tard).
Partout alentour des monceaux de morts, des
mourants et blessés qui crient de douleurs sous
un ciel blaffard. Un vent de tempête souffle et
la pluie tombe à torrent. Au milieu des flaques
d'eau , la boue jaunâtre se teinte de sang au
milieu des débris humains.
- Parmi les Français on comptera 11 officers et
230 mobiles tués, 10 officiers et 150 mobiles
blessés
Chez les Prussiens 30 morts, 2 officiers et 65
soldats blessés.
- Le Préfet Ferrand tente d'expliquer au colonel
Von Alvensleben que les autorités sont
étrangères à cette explosion. Le général
Meckenbourg quant à lui croit à l'attentat et
veut mettre la ville à feu et à sang mais Von
Alvensleben réussit à le calmer. Le Général
déclare alors qu'il se contentera de 10 otages
choisis parmi les notables de la ville qui
répondront sur leur vie de la sûreté des
troupes allemandes.
- Tout semblait donc terminé, la ville fut
épargnée grâce à l'intervention pressante de
Von Alvensleben. Le prefet Joseph FERRAND fut
tout de même arrété par les Prussiens pour
avoir proceder à des opérations de conscription
et comme complice de différents attentats commis
contre l'armée allemande. Il fut conduit à
Coblenz et enfermé dans la forteresse
d'Ehrenbreitsbein, il resta prisonnier de guerre
pendant 5 mois.
- Quant à l'explosion de la poudrière, elle
aurait été provoquée par un dénommé Henriot,
garde du génie qui avait les clés de la
poudrière et dont on ne retrouva pas le corps.
Ainsi se termine l'histoire telle que nous la raconte
Mr Gustave Dupont dans son livre.
Jean Boury, instituteur de Dagny Lambercy et auteur de
la monographie du village offre une vision beaucoup plus
romanesque :
Une capitulation livrait Laon aux Allemands. Le grand duc
de Mecklembourg allait pénétrer dans la Citadelle à la
tête d'un bataillon de chasseurs allemands,quand tout à
coup, une formidable explosion se produisit , détruisant
les murs du fort et ébranlant les maisons sur leurs
fondations. Une fumée noire et épaisse forma sur la
ville un nuage sinistre. Des débris de toutes sortres,
des pierres, des poutres,volèrent dans les airs, pêle
mêle avec des membres humains, des corps sanglants et
déchiquetés. Les Allemands crièrent à la trahison, au
get-apens et se ruèrent instantanément sur les
malheureux mobiles qu'ils massacrèrent dans les rues et
presque dans les maisons. Ce fut une scène d'horrible
sauvagerie où nos deux appelés de Dagny -Lambercy
trouvèrent la mort (Les mobiles du Canton de rozoy ayant
été les derniers évacués furent presque tous tués)
Parmi les morts, on ne put retrouver le garde
d'artillerie Henriot. C'était un vieux soldat,
médaillé de Crimée et d'Italie qui, chargé de livrer
les poudres aux prussiens ne s'en était pas senti le
courage. Il avait attendu que la garnison eût évacué
le fort, puis croyant l'ennemi en place avait mis le feu
Toutefois, l'histoire du Laon et du Laonnois confirme
la version selon laquelle, s'il en eut envie, le Duc de
Mecklembourg ne mit pas la ville à feu et à sang.
A Montcornet fut inauguré en 1872 dans le cimetière
la colonne des mobiles en hommage aux
jeunes soldats du canton tués dans l'explosion.
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