
Jean Nicolas LOISON ouvrier papetier demeurant à la grande
cailleuse, hameau de St Pierre, et Marie Madeleine LACOURT sa femme, obtinrent
le 23 avril 1771, des héritiers de Jean Merlet, seigneur de Franqueville,
moyennant un surcens rachetable et portable au château, durant les fêtes de
noël, de six jalois de blé (le jalois pesait 40 kilos) ou de trente livres à la
volonté des preneurs, pour les six premières années, la concession d’un pré
d’un jalois (24 ares 33 centiares 200m) contigu au chemin de Franqueville, à la
grande cailleuse, et riverain du Vieux Bouvard ou Rieu Bouvart, très faible
affluent du ruisseau de Beaurepaire, sous la condition expresse d’y établir
dans les trois mois « un moulin à papier, allant, tournant et travaillant
à leur frais et dépens et de l’entretenir en bon état » la rente devait
être exigible en grains après les six premières années
Le moulin fut construit peu de temps après par Charles
LOISON, charpentier à Vervins. Son mécanisme consistait en trois pots de chacun
trois maillets mus par une petite roue de chêne d’un diamètre de huit pieds et
demi avec une lanterne proportionnée à cette roue
Les époux Loison y confectionnèrent ensemble, à l’aide
d’emprunts et sans avoir recours à d’autres ouvriers, du papier à la forme,
blanc en hiver, gris dans les autres saisons, ainsi que du cartonnage à
destination de Liesse. Ils cédèrent le 19 novembre 1787, leur petit
établissement de Franqueville à leur gendre, Jean Louis Créplet, après lui
avoir fait abandonner la profession de mulquinier, l’acte de cession signale
clairement le peu d’importance de la papeterie dont la force motrice était trop
souvent due à la lente action d’un mauvais cheval qui remplaçait
avantageusement celle du moulin à eau réduit à de fréquents chômages.
L’immeuble consistait en 5 espaces bâtis.
de bois et de terre couverts de chaume, estimés avec la
papeterie et le pré à 800 livres ; deux espaces étaient réservés, au choix
des vendeurs, pour leur habitation et leur ménage, sous la condition expresse
que s’imposa volontiers Jean Louis Loison, de travailler de son métier et de
l’apprendre à son gendre. Ce dernier s’obligeant en retour, de fournir le
mobilier nécessaire. Cette dernière charge n’était pas bien lourde ; réuni
au matériel de l’usine, le mobilier atteignait à peine une valeur de 200
livres. Les acquéreurs s’obligeaient au paiement de la rente stipulée dont
trois annuités redues grevaient l’immeuble avant le 15/11/1787.
La fabrication du papier dura
peu. Les époux Loison suivirent alors leur gendre à la papeterie de Gercy et l’y
aidèrent de leur travail et du reste de leur avoir.

Une autre papeterie. Charles Antoine PLAT, ouvrier maçon et
charpentier, ° le 7 octobre 1757 à Franqueville de Pierre François Plat, maître
maçon et de Jeanne Lebègue, épousa le 22 mai 1780 Marie Marguerite MADOULET fa
de Jean Baptiste Madoulet et Marie Magdeleine Denis(contrat du 14 mai 02 1780
par Pillon).
Il acheta deux jours après, de Pierre Mennechet, mulquinier,
un petit jardin et une maison tombant en ruines et bâtie de bois et de terre.
Il conçut ensuite le projet d’établir une papeterie et acquit de Marie Anne
Merlet, dame de Franqueville et épouse d’Alexandre Jean Baptiste Alissan de la
Tour, un pré d’environ 160 verges et un droit de cours d’eau.
PLAT amena à son usine, qu’il construisit lui-même, et munie
de seize maillets, les eaux d’une fontaine assez abondante ; sa papeterie,
pourvue d’une seule cuve, fonctionna la même année.
Ces cinq ouvriers confectionnèrent annuellement près de
10.000 kilos de papier.
La nécessité de nourrir une famille nombreuse, dans des
temps fort difficiles, contraignit Plat à s’associer avec Jean Catillon et
Marie Rose Lavisse, ouvriers papetiers de l’usine de Rougeries (18 décembre
1797) l’harmonie dura peu, dès le 17 octobre 1798, la société fut dissoute. Plat
crut mieux servir ses intérêts en louant le 15 Octobre 1801 à ses associés, la
jouissance devait commencer le 16 avril, mais les ressources des locataires
étaient très modiques.
PLAT revint à l’usine avec sa famille. Il y occupait en
1807, trois de ses enfants pendant huit à dix mois de l’année à la confection
de papier gris d’emballage que les colporteurs débitaient dans les deux
départements de l’Aisne et du Nord. Plat confectionnait en 1812 trois cents
rames de papier valant 1800 francs. Il lui fallait pour cela 4000 kilos de
chiffons, 300 kilos de colle, 25 kilos d’azur, 30 kilos d’alun et 5 kilos de
vitriol
Le salaire moyen des cinq ouvriers était d’un franc 25 par
jour. L’exploitation gênée par l’invasion n’occupait plus en 1815 que deux
ouvriers gagnant chacun 50 centimes par jour, ils confectionnèrent 540 rames de
papier gris picard (demi-rame) et de carré bleu pour les épiciers
En 1824 Charles Antoine PLAT épousa Marie Rose Euphrasie
Lefèvre et reprit l’exploitation à titre de locataire pour 18 ans. Il employa
d’abord trois ou quatre ouvriers et dès 1826 sept ou huit en établissant une
seconde cuve et une nouvelle presse. Les ouvriers dont le salaire journalier
était de deux francs travaillèrent du papier d’emballage et une faible quantité
de papier pot et de carré d’impression jusqu’au premier juin 1830, époque ou
Plat fils cessa son exploitation conformément à la rétrocession faite les 20 et
21 avril précédent de son bail de la papeterie à Jacques Louis Denis FLAMANT et
à Marie Louise Salaberge LEVASSEUR
PLAT père étant mort à Franqueville le 22 juillet 1832, son
fils vendit l’usine l’année suivante à ses locataires ; ceux-ci
fabriquèrent d’abord du papier commun à la forme de leurs prédécesseurs ;
ils cessèrent l’exploitation en 1852

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