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On remarque à environ 800 mètres en amont du moulin
à blé d’Harcigny, les traces du moulin à blé de Thoinin, détruit lors des
guerres de religion, et d’une papeterie sur laquelle j’ai pu recueillir
quelques renseignements.
Robert WAMAIN, meunier à Houry, fit ressortir à
Nicolas Debray, receveur de la seigneurie d’Harcigny possédée par l’Abbaye de
Bucilly, les avantages que présentait cet emplacement contigu au territoire de
Plomion. Dès le 19 avril 1617, concession fut faite à ce meunier du cours d’eau
et du pouvoir d’y édifier, avant le premier octobre suivant, sur sis
jalois et demi de terrain (2hectares 32 ares 37 centiares 760 mètres) une usine
à son choix, moyennant une rente annuelle de 35 livres payée à l’Abbaye précitée
et de 8 livres au comte de Bancigny. Robert Wamain établit un moulin à blé.
Cette construction fut-elle trouvée gênante pour la banalité d’Harcigny et de
Plomion ou simplement plus convenable au fonctionnement d’une papeterie ?
Toujours est-il que l’abbaye de Bucilly en provoqua la destruction devant la
justice.
Le meunier, condamné d’avance, protesta
respectueusement par notaire contre cette énormité, menaçant de réclamer des
dommages-intérêts. L’habile receveur, excité par la convoitise, interposa si
bien ses offices qu’il devint acquéreur avec sa femme, Roberte Lesains, de
l’immeuble en litige. Il y fit fabriquer sur les formes préparées par Jean
Naudet et Marin Taute du papier de diverses sortes.
Après sa mort, ses nombreux enfants s’entendirent
avec Mongin Colin, maître façonnier de papiers à Landouzy la Cour
et sa femme Marion Deglaire, et leur louèrent pour 27 ans le moulin à papier de
Thoinin et ses dépendances, sous la condition de le rendre bien tournant et
bien travaillant à l’expiration du bail. Colin le prit dans l’état fort
chétif où la guerre l’avait réduit et stipula que, si l’usine venait à être
brûlée par les héritages ès-mains desdits bailleurs (21 février 1639). Ces
prévisions ne se réalisèrent point. Mongin Colin put monstrer et enseigner
à Jean, fils de Nicolas Vincent , marchand chapellier à Harcigny, le mestier et
art de papetier pendant trois ans, à dater du ler octobre 1643.
La nourriture, le coucher et le chauffage étaient
assurés pendant ce laps de temps à l’apprenti, libre de choisir le 1er
octobre 1646, à titre de récompens, ou trente livres de monnaie courante, ou un
habillement de cette valeur (19 septembre 1643). Deux jours après, l’usinier
bien disposé mit fin à une difficulté survenue avec Jeanne Debray, l’une des
filles de l’ancien papetier, au sujet d’une chute d’eau d’un conduit que ce
dernier avait établi dans un pré pour amener à la papeterie les eaux de
fontaines voisines.
Colin exerçait encore sa profession au moulin
Thoinin lorsqu’il donna à cheptel, pour trois ans, le 17 novembre 1648, à Jean
Brasseur, laboureur à Landouzy la Cour, une vache de poil rouge et brun et une
omaille (génisse) de poil baillot (de diverses couleurs) sous la condition de
recevoir, pendant chacune des deux dernières années, douze livres de beurre
frais de bonne qualité et du partage égal des fruits à l’expiration du bail.
Ils vendirent la papeterie à Claude Legros et à
Jeanne Debray, sa femme, moyennant une somme principale de 205 livres 6 sous
tournois et destination d’une pistole aux vins et de 15 deniers à Dieu (5
novembre 1657) Ces usiniers cédèrent vers 1670 à leur fils Jean, époux de
Marguerite Bernier, leur moulin à papier dont l’exploitation cessa avant le
commencement du 18ème siècle.

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